Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Mikael restait immobile. Il se mit lentement debout et alla se recroqueviller dans la forêt, sous les fougères, en pleurant.
C’était presque le crépuscule quand il frappa à la porte d’Agnete et Eloisa.
Elles ne l’attendaient pas. Les yeux d’Eloisa s’illuminèrent de joie. Et l’expression inquiète qu’elle avait depuis son départ disparut du visage d’Agnete.
« Tu pues la merde », dit Eloisa.
Mikael acquiesça.
« Comment ça se fait que tu sois là ? demanda Agnete sans le faire entrer.
— Ojsternig est à la chasse. Je me suis sauvé, dit Mikael.
— Tu dois retourner là-bas, dit Agnete.
— Non ! », s’écria Eloisa.
Mikael la regardait en silence. Puis il dit : « Je peux rester deux jours ». Il avait un ton si décidé qu’Agnete ne répliqua pas.
« Viens manger », lui dit-elle, simplement.
Mikael s’assit à table et mangea sans rien dire.
Eloisa ne le quittait pas des yeux.
« Qu’est-ce qu’il te veut, Ojsternig ? », demanda Agnete à la fin du repas.
Mikael haussa les épaules et ne répondit pas.
Peu de temps après, Agnete éteignit la chandelle et dit que c’était l’heure de dormir.
Alors seulement, dans l’obscurité, Mikael dit : « Bonne nuit, Eloisa.
— Bonne nuit, gros bêta », répondit-elle.
Mikael fut réconforté par sa voix. Mais il n’arrivait pas à s’endormir. Les coups d’Eberwolf commençaient à le faire souffrir.
À un moment, il se leva. Il resta dans le noir, debout, immobile au milieu de la pièce, écoutant la respiration régulière d’Agnete et Eloisa.
Il marcha doucement vers la porte et sortit.
C’était une nuit étoilée. La pleine lune diffusait une lumière si intense que les arbres et les masures projetaient distinctement leurs longues ombres sur l’herbe.
Mikael entendit alors un léger bruit sur sa droite, du côté de l’abri à bois. Il se retourna et vit passer rapidement deux petits rats, qui se cachèrent aussitôt dans la pile de bois. L’instant d’après, l’un des deux revint mettre le museau dehors et renifla dans la direction de Mikael. Il portait autour du cou un petit lacet de cuir rouge, abîmé et délavé.
« Hubertus ! », s’exclama Mikael, la respiration coupée.
Le petit rat s’approcha prudemment.
Une émotion profonde s’empara de Mikael. Il s’agenouilla et se pencha vers Hubertus.
Le petit rat vint jusqu’à lui, renifla ses doigts et grimpa sur sa paume.
« Hubertus ! répéta Mikael. Tu es vivant… » Il eut un sourire de bonheur. L’autre rat avait passé la tête entre deux bûches et poussait des petits cris nerveux, comme s’il appelait Hubertus.
Hubertus descendit de la main de Mikael et s’apprêta à retourner dans la pile de bois.
« Non ! dit celui-ci, qui l’attrapa et le retint. Reste encore un peu avec moi. »
Hubertus n’eut pas peur.
Mais l’autre rat se dressa sur ses pattes arrière et cria plus fort.
Hubertus voulait se dégager.
Mikael resserra sa main. « Non, reste avec moi », répéta-t-il, une note autoritaire dans la voix. Mais aussitôt après, les larmes aux yeux, il ouvrit les doigts et dit : « T’as raison, excuse-moi ». Il posa Hubertus à terre. « Attends, je dois faire une dernière chose. » Il attrapa le lacet de cuir et le cassa. « Maintenant, tu es un rat comme les autres. Tu es libre », dit-il, la gorge nouée.
Hubertus courut vers l’abri à bois, mais dès qu’il l’eut atteint, au lieu de disparaître avec l’autre rat, il s’assit, d’une manière soudaine et maladroite. Puis de sa patte arrière il se gratta furieusement le cou, avec une telle fougue que Mikael, malgré ses larmes, se mit à rire.
« Gros bêta », dit-il.
Hubertus le regarda une dernière fois, remua vivement le museau et disparut.
« Qu’est-ce que tu fais là, dehors ? » La voix d’Agnete le fit sursauter.
Mikael se releva et haussa les épaules. Il s’essuya discrètement les yeux.
Agnete, enveloppée dans une couverture, s’assit sur le tronc de sapin brut qui formait le seuil de la bicoque. Elle tapota le tronc pour que Mikael vienne s’asseoir.
Il fit quelques pas mais resta debout, se balançant sur ses jambes. Puis il s’assit, gêné.
« Plus près », dit Agnete.
Mikael s’approcha un petit peu.
Agnete fit comme si de rien n’était. Elle montra la lune. « On dirait un soleil pâle, non ?
— Ma gouvernante disait que le soleil était… était d’or et la lune d’argent…, dit Mikael, et que… que…
— Et que le soleil, c’était le rire et la lune les pleurs, conclut Agnete. Elle avait raison, la pauvre Eilika.
— Tu la connaissais ? demanda Mikael, étonné.
— Bien sûr. Quand je t’ai fait naître, Eilika était là. Elle a brûlé le placenta de ta mère dans la cheminée. Puis elle t’a pris de mes mains, elle t’a lavé et séché. Et depuis ce jour-là, elle s’est toujours occupée de toi. »
Mikael resta silencieux quelques instants. « Elle n’est plus là, Eilika, dit-il.
— Non. Elle n’est plus là. »
Le silence descendit à nouveau.
Enfin Mikael dit : « Cet homme-là, il a tué mon père.
— T’as pas de père. »
Mikael se tourna pour la regarder. Raphael lui avait dit la même chose.
« Tu ne te souviens pas de ta vie d’avant, continua Agnete. Raphael t’a trouvé sur la Selle de Lom. Tu étais perdu et tu avais une vilaine blessure au front. Et moi, je t’ai acheté au marché de Dravocnik. Maintenant, tu es Mikael Veedon. »
Le silence retomba. Encore plus long que le précédent. Et plus lourd.
« Je le tuerai », dit alors Mikael.
Agnete s’écarta. « Tu ne tueras personne, dit-elle de sa voix rude. Parce que si tu ratais ton coup, ils nous tueraient nous aussi, Eloisa et moi. Je te l’ai déjà dit. »
Mikael se tut, la tête basse.
« Jure-le moi, dit Agnete. J’ai pas peur de mourir, même si j’aime la vie. Mais si ma fille était tuée par ta faute, je ne te le pardonnerai jamais. »
Mikael se souvint qu’elle avait failli mourir à cause de lui, quand elle s’était lavée.
« Jure ! souffla Agnete d’un ton impérieux.
— Je le jure, dit Mikael.
— Viens là, prends pas froid », dit Agnete en ouvrant la couverture.
Mikael s’approcha, timidement.
Agnete l’enveloppa dans la couverture. « Pose ta tête », dit-elle.
Il resta raide, embarrassé. « Ojsternig peut me reconnaître, dit-il doucement. Il m’a vu au château. Il voulait que j’épouse sa fille. »
La main d’Agnete lui serra l’épaule. « Personne te reconnaîtra, sois tranquille. Ils regardent comment t’es habillé et ils te jugent sur ça. L’empereur en personne pourrait venir ici habillé en paysan qu’ils ne le reconnaîtraient pas, même si sa tête est sur toutes les pièces de monnaie qui nous passent entre les mains.
— C’est vrai ? demanda Mikael, tandis que sa fatigue prenait déjà le pas sur la tension.
— Bien sûr, dit Agnete en baissant la voix. Et je suis convaincue que s’il s’habillait comme un serf, même à la cour on le reconnaîtrait pas. Les gens, surtout les riches, c’est des habits qu’ils invitent à dîner, rappelle-toi ça.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Ça veut dire que l’apparence compte plus que l’intérieur. » Mikael posa la tête contre l’épaule d’Agnete. « Pourquoi vous savez toutes ces choses, Raphael et vous ? demanda-t-il.