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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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� Tu veux que je me foute � poil ? ricana-t-il.

� Oh, oui, ce serait bien ! Un beau nu... r�pondit-elle sans ciller.

� Tu plaisantes, l� ?

Il �tait paniqu�.

� Mais oui, je plaisante... Tu es beaucoup trop vieux ! Et puis tu dois �tre trop poilu...

� Pas du tout ! Pas du tout ! Je suis juste poilu comme il faut !

Elle riait.

� Allez. Tombe au moins la veste et desserre ta cravate...

� Pff, j'ai mis trois plombes � faire le n�ud...

� Regarde-moi. Nan, pas comme �a... On dirait que t'as un balai dans le cul, d�tends-toi... Je ne vais pas te manger, idiot, je vais te croquer.

� Oh, oui... fit-il suppliant, croque-moi, Camille, croque-moi...

� Parfait. Garde ce sourire niais. Pour le coup, c'est tout � fait �a...

� C'est bient�t fini ?

� Presque.

� J'en ai marre. Parle-moi. Raconte-moi une histoire pour faire passer le temps...

� De qui tu veux que je te parle, cette fois ?

� De toi...

� ...

� Qu'est-ce que tu vas faire aujourd'hui ?

� Du rangement... Un peu de repassage aussi... Et puis je vais aller me promener... La lumi�re est belle... Je finirai s�rement dans un caf� ou un salon de th�... Manger des scones � la gel�e de myrtilles... Miam... Et avec un peu de chance, il y aura un chien... Je collectionne les chiens des salons de th� en ce moment... J'ai un carnet sp�cial pour eux, un petit Moleskine super beau... Avant j'en avais un pour les pigeons... Je suis incollable en pigeons. Ceux de Montmartre, ceux de Trafalgar Square � Londres ou de Venise, sur la place Saint-Marc, je les ai tous attrap�s...

� Dis-moi...

� Oui...

� Pourquoi t'es toujours toute seule ?

� Je ne sais pas.

� Tu n'aimes pas les hommes ?

� Nous y voil�... Une fille qui n'est pas sensible � ton irr�sistible charme est forc�ment lesbienne, c'est �a ?

� Non, non, je me demandais, c'est tout... T'es toujours habill�e en moche, t'as la boule � z�ro, tout �a...

Silence.

� Si, si, j'aime bien les gar�ons... Les filles aussi note bien, mais je pr�f�re les gar�ons...

� T'as d�j� couch� avec des filles ?

� Oh l�, l�... Plein de fois !

� Tu rigoles ?

� Oui. Allez, c'est bon. Tu peux te rhabiller.

� Montre-moi.

� Tu ne vas pas te reconna�tre. Les gens ne se reconnaissent jamais...

� Pourquoi t'as fait une grosse tache, l� ?

� C'est l'ombre.

� Ah?

� �a s'appelle un lavis...

� Ah ? Et �a, c'est quoi ?

� Tes rouflaquettes.

� Ah?

� Tu es d��u, hein ? Tiens, prends celui-l� aussi... C'est un croquis que j'ai fait l'autre jour quand tu jouais � la Play Station...

Grand sourire :

� Alors, l� d'accord ! L� c'est moi !

� Moi j'aime mieux le premier, mais bon... Tu n'as qu'� les glisser dans une BD pour les transporter...

� Donne-moi une feuille.

� Pourquoi ?

� Parce que. Moi aussi, je peux faire ton portrait si je veux...

Il la d�visagea un moment, se pencha sur ses genoux en tirant la langue et lui tendit son gribouillis.

� Alors ? fit-elle curieuse.

Il avait dessin� une spirale. Une coquille d'escargot avec un petit point noir tout au fond.

Elle ne r�agissait pas.

� Le petit point, c'est toi.

� Je... J'avais compris...

Ses l�vres tremblaient.

Il lui arracha le papier des mains :

� H� ! Ho ! Camille, c'�tait pour rire ! C'est n'importe quoi, �a ! C'est rien du tout !

� Oui, oui, confirma-t-elle en portant la main � son front. C'est rien du tout, j'en suis bien consciente... Allez, vas-y maintenant, tu vas �tre en retard...

Il enfila sa combinaison dans l'entr�e et tira la porte en se donnant un grand coup de casque sur la t�te.

Le petit point, c'est toi...

Trop con, le mec.

2

Pour une fois qu'il ne trimbalait pas un sac � dos plein de ravitaillement, il se coucha sur son r�servoir et laissa la vitesse faire son merveilleux travail de d�sen-crassement : jambes plaqu�es, bras tendus, poitrine au chaud et casque pr�t � se fissurer, il tordait son poignet au maximum pour planter l� ses emmerdes et ne plus penser � rien.

Il allait vite. Beaucoup trop vite. C'�tait expr�s. C'�tait pour voir.

D'aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours eu un moteur entre les jambes et une esp�ce de d�mangeaison au creux de la main et, d'aussi loin qu'il se souvienne, il n'avait jamais envisag� la mort comme un probl�me bien s�rieux. Une contrari�t� suppl�mentaire tout au plus... Et encore... Puisqu'il ne serait plus l� pour en p�tir, quelle importance, vraiment ?

D�s qu'il avait eu trois sous, il s'�tait endett� pour s'offrir des engins beaucoup trop gros pour sa petite cervelle et d�s qu'il avait trois potes un peu d�brouillards, il avait pay� plus cher encore pour gagner quelques millim�tres au compteur. Il �tait calme aux feux rouges, ne laissait jamais de gomme sur le bitume, ne se la mesurait pas avec d'autres et ne voyait aucun int�r�t � prendre un risque idiot. Simplement, d�s qu'il en avait l'occasion, il s'�chappait, partait seul essorer les gaz et accabler son ange gardien.

Il aimait la vitesse. Il aimait vraiment �a. Plus que tout au monde. Plus que les filles, m�me. Elle lui avait offert les seuls moments heureux de sa vie : calmes, apaisants, libres... Quand il avait quatorze ans, couch� sur sa meule comme un crapaud sur une bo�te d'allumettes (c'�tait une expression de l'�poque...), il �tait le roi des petites d�partementales de Touraine, � vingt ans, il s'�tait pay� sa premi�re grosse cylindr�e d'occasion apr�s avoir su� sang et eau tout l'�t� dans un mauvais bouiboui pr�s de Saumur, et aujourd'hui, c'�tait devenu son seul passe-temps entre deux services : r�ver d'une b�cane, l'acheter, la briquer, la fatiguer, r�ver d'une autre b�cane, tra�ner chez un concessionnaire, revendre la pr�c�dente, l'acheter, la briquer, etc.

Sans la moto, il se serait probablement content� de t�l�phoner plus souvent � sa vieille en priant le ciel pour qu'elle ne lui raconte pas sa vie � chaque fois...

Le probl�me, c'�tait que �a n'�tait plus si efficace cette affaire... M�me � 200, la l�g�ret� ne venait plus.

M�me � 210, m�me � 220, son cerveau continuait d'usiner. Il avait beau se faufiler, biaiser, godiller, s'arracher, certaines �vidences restaient coll�es � son blouson et continuaient de lui bouffer la t�te entre deux stations d'essence.

Et aujourd'hui encore, un 1er janvier sec et brillant comme un sou neuf, sans sacoche, sans sac � dos et avec rien d'autre au programme qu'un bon gueuleton avec deux petites grands-m�refs adorables, il s'�tait finalement relev� et n'avait plus eu besoin d'ouvrir la jambe pour les remercier quand des automobilistes pr�venants s'�cartaient en sursaut.

Il avait rendu les armes et se contentait d'aller d'un point � un autre en se repassant toujours le m�me vieux disque ray� : Pourquoi cette vie ? Jusqu'� quand ? Et comment faire pour en r�chapper ? Pourquoi cette vie ? Jusqu'� quand ? Et comment faire pour en r�chapper ? Pourquoi cette vie ? Jusqu...

Il �tait mort de fatigue et plut�t de bonne humeur. Il avait invit� Yvonne pour la remercier et, il faut bien l'avouer, pour qu'elle se cogne la conversation � sa place. Gr�ce � elle, il allait pouvoir se mettre en pilotage automatique. Un petit sourire � droite, un petit sourire � gauche, quelques jurons pour leur faire plaisir et ce serait d�j� l'heure du caf�... Le pied...

Elle passait prendre Paulette dans sa cage et ils avaient rendez-vous tous les trois � l'H�tel des Voyageurs, un petit gastro plein de napperons et de fleurs s�ch�es o� il avait fait son apprentissage puis travaill� autrefois et o� il avait laiss� quelques bons souvenirs... C'�tait en 1990. Autant dire � mille millions d'ann�es-lumi�re...

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