Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Celui-l� aussi a cru � la joie comme donn�e par les provisions. Simplement savourer le printemps. Mais n'est que faible la saveur du printemps si tu te fais v�g�tal pour la subir. Comme la saveur de l'amour si tu attends d'un visage qu'il te remplisse. Car l'�uvre qui t'apporte quelque chose est d'abord souffrance et comment saurait retentir en toi le chant des gal�riens et de l'absence si tu n'as point construit d'abord l'absence en toi par mille d�chirements et les gal�res par l'inexorable de ta destin�e?
Celui-l� qui longtemps a ram� sans espoir vers l'aube �prouve le chant des gal�res et celui-l� qui eut soif dans le sable �prouve le chant de l'absence. Mais il n'est rien � te donner si tu n'as pas souffert car il n'est personne en toi.
Et le village n'est point ce po�me dans lequel tu te peux installer tout simplement dans la chaleur de la soupe du soir et la fraternit� des hommes et la bonne odeur du b�tail rentr�, et te r�jouissant du feu de joie sur la place � cause de la f�te � car que nouerait la f�te en toi si elle ne retentit point sur autre chose? Si elle n'est point souvenir de lib�ration apr�s l'esclavage, amour apr�s la haine, ou miracle dans les d�sespoir. Tu ne serais ni plus ni moins heureux que l'un de tes b�ufs. Mais le village en toi s'est lentement construit et pour atteindre ce qu'il est, tu as lentement gravi une montagne. Car je t'ai fa�onn� dans mes rites et mes coutumes, et par tes renoncements et tes devoirs et tes col�res obligatoires et tes pardons, et tes traditions contre d'autres � et ce n'est point ce fant�me de village qui te fait ce soir chanter le c�ur � il serait trop facile d'�tre homme � c'est une musique lentement apprise et contre quoi tu as lutt� d'abord.
Mais toi, tu vas dans ce village et ces coutumes, et, de t'en r�jouir tu les pilles, car elles ne sont point amusements et jeux, et si tu t'en amuses nul n'y croira plus. Et il n'en restera rien. Ni pour eux-m�mes ni pour toi�
LXV
�L'ordre, disait mon p�re, je le fonde. Mais non point selon la simplicit� et l'�conomie. Car il ne s'agit point de gagner sur le temps. Que m'importe de conna�tre si les hommes deviendront plus gras en b�tissant des greniers au lieu de temples et des aqueducs au lieu d'instruments de musique, car m�prisant toute humanit� ladre et vaniteuse m�me si la voil� opulente, il m'importe de conna�tre de quel homme d'abord il s'agira. Et celui-l� qui m'int�resse est celui-l� qui aura baign� longtemps dans le temps perdu du temple, comme � contempler la Voie Lact�e qui le fait vaste, et aura exerc� son c�ur � l'amour par l'exercice de la pri�re � laquelle il n'est point r�pondu (car la r�ponse payant la pri�re ferait l'homme plus ladre encore) et en qui aura souvent retenti le po�me.
�Car le temps que j'�conomise sur la construction du temple, lequel est navire qui va quelque part, ou l'embellissement du po�me qui fait retentir le c�ur des hommes, il faudra bien que je l'emploie � ennoblir plut�t qu'engraisser l'esp�ce humaine. Et donc j'inventerai les po�mes et les temples.
�Ainsi sachant le temps perdu en fun�railles, car des hommes creusent la terre pour y enfermer la d�pouille du mort, lesquels eussent pu consommer ce temps � labourer et moissonner, j'interdirai cependant ces b�chers o� l'on br�le les cadavres, car peu m'importe le temps gagn� quand j'y perds d'abord l'amour des morts. Car je n'ai point trouv� de plus belle image pour le servir que la tombe o� les proches vont cherchant � petits pas la pierre des leurs parmi les pierres, et le sachant rentr� en terre comme une vendange, et redevenu p�te naturelle. Et sachant cependant qu'il reste de lui quelque chose, une relique dans son ossuaire, la forme d'une main qui a caress�, l'os du cr�ne, ce coffre aux tr�sors, vide sans doute mais qui fut rempli par tant de merveilles. Et j'ai ordonn� que l'on b�t�t, quand cela �tait possible, encore plus inutile et co�teuse, une maison pour chaque mort afin que l'on y puisse se r�unir aux jours de f�te et comprendre, non avec sa seule raison, mais dans tous les mouvements de l'�me et du corps, que morts et vivants se joignent l'un l'autre et ne font qu'un arbre qui grandit. Ayant coutume de voir le m�me po�me, la m�me courbe de car�ne, la m�me colonne traverser les g�n�rations en s'embellissant et en s'�purant, car l'homme certes est p�rissable si nous le regardons de face, comme des myopes qui se tiennent trop pr�s, mais non dans l'ombre qu'il projette, dans le reflet qu'il laisse de lui. Et si j'�conomise le temps perdu � ensevelir les cadavres et � leur b�tir une demeure, et que, ce temps perdu, je d�sire le faire servir � lier la cha�ne des g�n�rations, pour qu'� travers elle la cr�ation monte droit vers le soleil comme un arbre, si je d�cr�te cette ascension plus digne de l'homme que l'accroissement du tour de ventre, alors le temps gagn� dont je dispose, je le ferai servir, ayant bien pes� son usage, � l'ensevelissement des morts.
�L'ordre que je fonde, disait mon p�re, c'est celui de la vie. Car je dis qu'un arbre est en ordre, malgr� qu'il soit � la fois racines et tronc et branches et feuilles et fruits, et je dis qu'un homme est en ordre, malgr� qu'il ait un esprit et un c�ur, et ne soit point r�duit � une fonction, comme le serait de labourer ou de perp�tuer l'esp�ce, mais qu'il soit � la fois celui qui laboure et qui prie, qui aime et r�siste � l'amour, et travaille et se repose, et �coute les chansons du soir.
�Mais tels ont reconnu que les empires glorieux �taient en ordre. Et la stupidit� des logiciens, des historiens et des critiques leur a fait croire que l'ordre des empires �tait m�re de leur gloire, quand je dis que leur ordre comme leur gloire �tait le fruit de leur seule ferveur. Pour cr�er l'ordre je cr�e un visage � aimer. Mais eux se proposent l'ordre comme une fin en soi, et un tel ordre, quand on dispute sur lui, et le perfectionne, devient d'abord �conomie et simplicit�. Et l'on t'�lude ce qui est difficile � �noncer, alors que rien de ce qui importe v�ritablement ne s'�nonce et que je n'ai point connu encore un professeur qui s�t me dire simplement pourquoi j'aimais le vent dans le d�sert sous les �toiles. Et l'on s'accorde sur l'usuel car est ais� le langage qui exprime l'usuel. Et l'on peut dire sans craindre un d�menti qu'il vaut mieux trois sacs d'orge qu'un seul. Bien que je pense apporter plus aux hommes si, simplement, je les oblige, pour qu'ils aient bu de ce breuvage qui rend vaste, de marcher quelquefois la nuit sous les �toiles dans le d�sert.
�L'ordre est le signe de l'existence et non sa cause. De m�me que le plan du po�me est signe qu'il est achev� et marque de sa perfection. Ce n'est point au nom d'un plan que tu travailles, mais tu travailles pour l'obtenir. Mais eux qui disent � leurs �l�ves: �Voyez cette grande �uvre et l'ordre qu'elle montre. Fabriquez-moi d'abord un ordre, ainsi votre �uvre sera grande�, quand l'�uvre alors sera squelette sans vie et d�tritus de mus�e.
�Je fonde l'amour du domaine et voil� que tout s'ordonne et la hi�rarchie des m�tayers, des bergers et des moissonneurs et le p�re � la t�te. Comme s'ordonnent les pierres autour du temple quand tu leur imposes de servir � glorifier Dieu. Alors l'ordre na�tra de la passion des architectes.
�Ne tr�buche donc point dans ton langage. Si tu imposes la vie tu fondes l'ordre et si tu imposes l'ordre tu imposes la mort. L'ordre pour l'ordre est caricature de la vie.�
LXVI
Cependant il me vint le probl�me de la saveur des choses. Et ceux de ce campement-ci fabriquaient des poteries qui �taient belles. Et ceux de cet autre, qui �taient laides. Et je comprenais avec �vidence qu'il n'�tait point de loi formulable pour embellir les poteries. Ni par d�pense pour l'apprentissage, ni par concours et honneurs. Et m�me je remarquais que ceux-l� qui travaillaient au nom d'une ambition autre que la qualit� de l'objet, et m�me s'ils consacraient leurs nuits � leur travail, aboutissaient � des objets pr�tentieux et vulgaires et compliqu�s. Car en fait, leurs nuits de veille, il les accordaient � leur v�nalit� ou � leur luxure ou � leur vanit�, c'est-�-dire � soi-m�me, et ils ne s'�changeaient plus en Dieu en s'�changeant contre un objet devenu source de sacrifice et image de Dieu, o� les rides et les soupirs et les paupi�res alourdies et les mains tremblantes d'avoir tant p�tri et les satisfactions du soir apr�s le travail et l'usure de la ferveur vont se confondre. Car je ne connais qu'un acte fertile qui est la pri�re, mais je connais aussi que tout acte est pri�re s'il est don de soi pour devenir. Tu es comme l'oiseau qui b�tit son nid et le nid est ti�de, comme l'abeille qui fait son miel et le miel est doux, comme l'homme qui p�trit son urne par l'amour de l'urne, donc par amour, donc par pri�re. Crois-tu au po�me qui fut �crit pour �tre vendu? Si le po�me est objet de commerce, il n'est plus po�me. Si l'urne est objet de concours elle n'est plus urne et image de Dieu. Mais image de ta vanit� ou de tes app�tits vulgaires.