Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Et moi, ne me g�nent point ces divisions pour logiciens. Car celui-l� que je combats dans mon d�sert et enveloppe dans ma haine, j'y ai toujours trouv� le meilleur exercice de l'�me. Nous marchons, redoutables, l'un contre l'autre, avec amour.
LX
Me vinrent des r�flexions sur la vanit�. Car toujours elle m'apparut non comme un vice mais comme une maladie. Et celle-l� que j'ai vue s'�mouvoir de l'opinion de la foule, et se corrompre dans sa d�marche et dans sa voix � cause qu'elle devenait spectacle, et tirait des satisfactions extraordinaires de paroles prononc�es � son propos, celle-l� dont la joue se chargeait de feu parce qu'on la regardait, j'y voyais autre chose que stupidit�: mais maladie. Car comment tirer satisfaction d'autrui si ce n'est par amour et don � autrui? Et cependant la satisfaction qu'elle tire de sa vanit� lui appara�t plus chaleureuse que celle qu'elle tire des biens, puisqu'elle paierait pour ce plaisir au d�triment de ses autres plaisirs.
Maigre joie et malheureuse, comme d'une tare. Comme de celui-l� qui se gratte, si quelque chose le d�mange, et en �prouve du plaisir. La caresse au contraire est abri et demeure. Cet enfant, si je le caresse, c'est pour le prot�ger. Et il en re�oit le signe sur le velout� du visage.
Mais toi, vaniteuse, caricature!
Ceux-l�, les vaniteux, je dis qu'ils ont cess� de vivre. Car qui s'�change contre plus grand que soi s'il exige d'abord de recevoir? Celui-l� ne cro�tra plus, rabougri pour l'�ternit�.
Cependant ce guerrier courageux, si je le f�licite, voil� qu'il s'�meut et qu'il tremble comme l'enfant de ma caresse. Et il n'y a point l� vanit�.
Qu'est-ce qui touche l'un et qu'est-ce qui touche l'autre? Et en quoi diff�rent-ils?
La vaniteuse, si elle s'endort�
Vous ne conna�trez point le mouvement de la fleur qui se secoue dans le vent de toutes ses graines, lesquelles ne lui seront point rendues.
Vous ne conna�trez point le mouvement de l'arbre qui livre ses fruits, lesquels ne lui seront point rendus.
Vous ne conna�trez point la jubilation de l'homme qui livre son �uvre, laquelle ne lui sera point rendue.
Vous ne conna�trez point la ferveur de la danseuse qui livre une danse, laquelle ne lui sera point rendue.
Et de m�me du guerrier qui livre sa vie. Et si je l'en f�licite c'est qu'il a b�ti sa passerelle. Je lui apprends qu'il s'est renonc� dans tous les hommes. Et le voil� content non de soi mais des hommes.
Mais le vaniteux, caricature. Et je ne demande point la modestie car j'aime l'orgueil qui est existence et permanence. Si tu es modeste tu c�des au vent comme la girouette. Puisque l'autre a plus de poids que toi-m�me.
Je te demande de vivre non de ce que tu re�ois mais de ce que tu donnes, car cela seul t'augmente. Et cela ne te commande point de m�priser ce que tu donnes. Tu dois former ton fruit. Et c'est l'orgueil qui pr�side � sa permanence. Sinon tu le changerais, au gr� des vents, de couleur, de saveur et d'odeur!
Mais qu'est-ce qu'un fruit pour toi? Ton fruit ne vaut que s'il ne peut t'�tre rendu.
Celle-l� sur son lit de parade et vivant des acclamations de la populace: �Je donne ma beaut� et ma gr�ce et la majest� de ma d�marche, et les hommes admirent mon passage, lequel est nef merveilleuse de la destin�e. Et je n'ai qu'� �tre pour donner.�
La vanit� d�coule du don faux et qui se trompe. Car tu ne peux donner que ce que tu transformes, comme l'arbre donne les fruits qu'il a transform�s de la terre. La danseuse la danse qu'elle a transform�e de sa marche. Et le soldat son sang qu'il change en temple ou en empire.
Mais la chienne en chaleur n'est rien. Malgr� que les chiens l'entourent et la sollicitent. Car ce qu'elle donne, elle ne l'a point transform�. Et sa joie est vol�e � la joie de la cr�ation. Elle se r�pand sans effort dans les d�sirs des chiens.
Et celui-l� qui �veille l'envie et qui en hume l'ar�me. Heureux s'il est envi�.
Caricature du don. Et il se l�ve pour prendre la parole dans les banquets. Il plie vers les convives comme l'arbre lourd de ses fruits. Mais les convives n'ont rien � cueillir.
Mais il en est toujours qui croient cueillir car ils sont plus sots que le premier, et s'estiment honor�s par lui. Et s'il le sait, le vaniteux, il croit qu'il a donn� puisque le convive a re�u. Et ils se balancent l'un devant l'autre comme deux arbres st�riles.
La vanit� est absence d'orgueil, soumission � la populace, humilit� ignoble. Mais tu cherches la populace pour qu'elle te fasse croire � tes fruits.
Ou celui-l� qu'ennoblit le sourire du roi: �Il me conna�t donc�, dira-t-il. Mais s'il �tait en lui amour du roi, il rougirait de plaisir sans en rien dire. Car ce sourire du roi n'aurait pour lui qu'un sens: �Le roi accepte le sacrifice de ma vie�� Et toute sa vie d'un coup est comme donn�e et �chang�e contre la majest� d'un roi. �J'ai contribu�, pourrait-il dire, � la beaut� du roi qui est beau d'�tre l'orgueil d'un peuple.�
Mais le vaniteux envie le roi. Et si le roi lui a souri il se drape dans ce sourire et se prom�ne comme une caricature pour �tre envi� � son tour. Le roi lui a pr�t� sa pourpre. Car il n'est l� qu'imitation et �me de singe.
LXI
Ceux-l� sont n�s de la morale que t'ont enseign�e les marchands, lesquels veulent placer leurs marchandises. Tu crois que ta joie vient de recevoir et d'acheter, comment te souviendrais-tu du contraire quand on a fait tellement d'efforts pour te cr�er des liens avec l'objet?
Et certes l'objet est grand quand tu te donnes � lui. Quand tu as essay� d'�changer ton travail contre la lumi�re de la pierre. Car elle peut �tre religion. Et j'ai connu cette courtisane qui �changeait contre des perles incorruptibles sa chair p�rissable. Je ne m�prise point un tel culte. Mais l'objet est bas quand tu te le soumets comme un encensoir. Car en v�rit� il n'est rien ' en toi � encenser.
Cependant je donne un jouet � l'enfant et il s'enfuit avec son tr�sor de peur que je le lui reprenne. Mais c'est qu'il s'agit d'une idole pour laquelle d�s les premi�res ronces il saignera.
LXII
Et j'ai song� sur l'absolu et le difficile que la pyramide ne descende pas de Dieu vers les hommes. Car tu prends le chef de l'empire: s'il est absolument le chef tu l'acceptes comme n�cessit� naturelle, de m�me que si tu veux te rendre de la salle du Conseil � la salle du repos dans l'�paisseur du palais de mon p�re, tu empruntes cet escalier et non un autre, pousses cette porte et non une autre, et comment regretterais-tu de ne point choisir un autre chemin puisqu'il ne s'en pr�sente aucun � ton esprit? Et de m�me qu'il n'y a point soumission, l�chet� ou bassesse � te r�soudre � ce circuit et que tu le parcours dans la libert� de ta d�marche, ainsi n'y a-t-il point soumission, l�chet� ou bassesse � te soumettre � l'autorit� du chef de l'empire, laquelle est, simplement, hors de l'arbitraire, comme absolue. Mais si tu te trouves �tre apr�s lui le premier dans l'empire, et s'il se trouve que sa puissance sur toi ne soit point cadre n�cessaire, mais hasard de la politique, fruit de jugements particuliers et discutables, ou r�ussite habile, alors te voil� qui l'envieras. Car n'est jalous� que celui-l� auquel on e�t pu �tre substitu�. Quel n�gre jalouse le Blanc? Quel homme v�ritablement jalouse l'oiseau, de cette jalousie qui forme la haine car elle cherche � d�truire pour remplacer? Et certes je ne critique point ton ambition quand elle peut se manifester car elle peut �tre marque du d�sir de cr�er. Mais je critique ta jalousie. Car te voil� qui intrigueras contre lui et, absorb� dans tes intrigues, en n�gligeras la cr�ation qui est d'abord collaboration merveilleuse de l'un � travers tous. Car te voil� qui, l'ayant jug�, le m�priseras. Car tu admets sans difficult� qu'un autre le puisse emporter sur toi par le pouvoir, mais comment admettrais-tu qu'il l'emporte par le jugement ou l'�quit� ou la noblesse de c�ur? Et si tu le m�prises qui te paiera de ton travail par l'expression de son estime? Elle est injure, l'estime qui vient de qui tu m�prises. Et les relations entre les hommes t'appa-ra�tront irrespirables.