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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais avant tout, s'il te donne un ordre il t'humilie et lui-m�me pensera t'humilier pour asseoir mieux son r�gne. Alors que celui-l� seul peut prendre son repas � �galit� en face de toi, t'interroger, admirer ton savoir et se r�jouir de tes vertus, qui est ma�tre comme le mur est mur sans qu'il y ait m�me lieu pour lui de s'en r�jouir puisque simplement cela est.

Ainsi je vais et je puis m'asseoir � la table du plus humble de mes sujets. Et il essuie la table, pose le r�chaud sur la braise, tout illumin� par ma pr�sence. Et quelle pierre de l'�difice reprocherait � la clef de vo�te d'�tre clef de vo�te? Et comment la clef de vo�te m�priserait-elle aucune des pierres? Nous voil� assis l'un en face de l'autre � �galit�. La seule �galit� qui ait une signification. Car si je l'interroge sur son champ ce n'est point bassement pour me le concilier par la mise en jeu de sa vanit� � je n'ai point besoin de son suffrage � mais pour m'instruire. Car celui-l� quand il questionne, s'il ne s'int�resse point � la question c'est qu'il m�prise. Et si l'autre s'en aper�oit il t�te son couteau contre son flanc. Mais moi je voulais conna�tre le poids d'olives d'un olivier, et je l'ai demand� pour recevoir.

Car j'ai rendu visite � l'homme. Et j'ai go�t� l'accueil de l'homme. Et l'homme aussi a re�u de moi et montrera � ses arri�re-petits-enfants la place o� je me suis assis.

Et mieux encore, car mon pouvoir n'est point en cause, et je n'ai pas � freiner ou acc�l�rer mes d�marches pour des mobiles sans grandeur, je puis �prouver la reconnaissance. Et s'il me sourit et m'honore et grille le mouton pour me recevoir, je re�ois quelque chose qui vient de l'homme, quelque chose � �galit� comme il le recevrait de moi. Les dons tir�s comme des fl�ches me peuvent atteindre au c�ur. Ainsi de l'image de Dieu qui re�oit tes plus humbles pens�es et tes actes les plus fugitifs, comme la pri�re du midi du simple mendiant dans son d�sert, tandis que le petit prince discutable, s'il te vient au c�ur de l'honorer, il te faut inventer un cadeau �norme car c'est � l'�normit� de ton cadeau qu'il mesurera sa gloire.

Mais voici que l'autre, s'il tourne la manivelle grin�ante pour remonter le seau du fond du puits, puis le bascule sur la margelle en riant de l'humble victoire � puis pench� le charrie vers moi dans le soleil jusqu'� l'ombre du mur o� j'attends � et qu'il remplit mon verre de cette r�serve de fra�cheur, il me baigne de son amour.

LXIII

Me vint le grand exemple des courtisanes et de l'amour. Car si tu crois aux biens mat�riels pour eux-m�mes tu te trompes. Car de m�me qu'il n'est de paysage entrevu du haut des montagnes qu'autant que tu l'auras toi-m�me construit par l'effort de ton ascension, ainsi de l'amour. Car rien n'a de sens en soi, mais, de toute chose, le sens v�ritable est structure. Et ton visage de marbre n'est point somme d'un nez, d'une oreille, d'un menton et d'une autre oreille mais musculature qui les noue. Poing ferm� qui retient quelque chose. Et l'image du po�me ne r�side ni dans l'�toile ni dans le chiffre sept ni dans la fontaine, mais dans le seul n�ud que je compose en obligeant mes sept �toiles de se baigner dans la fontaine. Et certes il faut des objets reli�s pour que la liaison se montre. Mais son pouvoir ne r�side point dans les objets. Ce n'est ni dans le fil ni dans le support ni dans aucune de ses parties que r�side le pi�ge � renards, mais dans un assemblage qui est cr�ation, et le renard tu l'entends crier car il est pris. Ainsi moi le chanteur ou le sculpteur ou le danseur, je saurai te prendre � mes pi�ges.

Et ainsi de l'amour. Qu'as-tu � attendre de la courtisane? Sinon repos de la chair apr�s conqu�te des oasis. Car elle n'exige rien de toi et ne t'oblige point d'�tre. Et ta reconnaissance dans l'amour quand tu d�sires voler au secours de ta bien-aim�e, c'est qu'ait �t� sollicit� de toi l'archange qui y dormait.

Ce n'est point la facilit� qui fait la diff�rence, car celle-l� que tu aimes, si elle t'aime, il te suffit d'ouvrir les bras pour l'y recevoir. La diff�rence r�side dans le don. Car il n'est point de don possible � la courtisane, puisque, ce que tu lui apportes, elle le consid�re d'avance comme tribut.

Et si l'on t'impose le tribut tu discuteras cette charge. Car c'est le sens ici de la danse qui est dans�e. Et l'arm�e qui s'est distribu�e le soir dans le quartier r�serv� de la ville, avec sa pauvre solde en poche, laquelle il faut faire durer, marchande et ach�te l'amour, comme une nourriture. Et de m�me que la nourriture la fait disponible pour une nouvelle marche dans le d�sert, l'amour achet� lui fait une chair calme, disponible pour la solitude. Mais ils sont tous chang�s en boutiquiers et n'en �prouvent point de ferveur.

Car pour donner � la courtisane il faudrait �tre plus riche qu'un roi, car ce que tu lui apportes elle s'en remercie elle-m�me d'abord et se flatte de sa r�ussite et s'honore soi-m�me d'�tre si habile et si belle qu'elle ait tir� de toi cette ran�on. Et, dans ce puits sans fond, tu peux verser le chargement de mille caravanes d'or sans avoir commenc� de donner. Car il faut quelqu'un pour recevoir.

C'est pourquoi mes guerriers, de la main au dos des oreilles, caressent le soir les renards des sables qu'ils ont captur�s, et vaguement �prouvent l'amour, ayant l'illusion de donner au petit animal sauvage, et ivres de reconnaissance s'il vient � se blottir contre leur c�ur.

Mais dans le quartier r�serv� cherche-moi donc une courtisane qui par besoin de toi se serre contre ton �paule?�

Cependant il arrive que l'un de mes hommes, ni plus riche ni moins riche qu'un autre, consid�re son or comme ces graines que l'arbre d�sire jeter au vent, car il m�prise les provisions, �tant soldat.

Et celui-l� se prom�ne la nuit autour des bouges dans la splendeur de sa magnificence. Comme celui qui va semer l'orge marche � grands pas vers la terre �carlate qui est digne de recevoir.

Et mon soldat dilapide ses richesses, n'ayant point d�sir de se les garder, et il est seul � conna�tre l'amour. Et peut-�tre bien qu'il le r�veille aussi en elles, car il est dans� ici une autre danse et dans cette danse-l� elles re�oivent.

Je te le dis, la grande erreur est d'ignorer que recevoir est bien autre chose qu'accepter. Recevoir est d'abord un don, celui de soi-m�me. Avare non pas celui qui ne se ruine pas en pr�sents, mais celui qui ne donne point la lumi�re de son propre visage en �change de ton offrande. Avare la terre qui ne s'embellit point quand tu y as jet� tes graines.

Courtisanes et guerriers ivres font quelquefois de la lumi�re.

LXIV

S'install�rent alors les pillards dans mon empire. Car personne n'y cr�ait plus l'homme. Et le visage path�tique n'y �tait plus masque mais couvercle d'une bo�te vide.

Car ils sont all�s de destruction d'�tre en destruction d'�tre. Et je ne vois rien, d�sormais, chez eux qui m�rite que l'on meure. Donc que l'on vive. Car ce pour quoi tu acceptes de mourir c'est cela seul dont tu peux vivre. Ils consommaient donc les vieilles constructions, se r�jouissant du bruit de la chute des temples. Et cependant ces temples, s'ils s'effondraient, ne laissaient rien en �change. Ils d�truisaient donc leur propre pouvoir d'expression. Et ils d�truisaient l'homme.

Ou bien tel se trompait sur la joie. Car d'abord il avait dit: �Le village.� Et ses r�sistances et ses coutumes et ses rites obligatoires. Il en �tait n� un village fervent. Apr�s quoi il l'a confondu. Et il a voulu faire sa joie, non d'une structure devenue et lentement p�trie, mais de l'installation dans quelque chose qui f�t provision, comme le po�me. Et l'espoir est vain.

Ainsi ceux qui ayant regard� l'homme comme grand souhaitaient pour lui la libert�. Car ils ont vu les contraintes brimer l'homme fort. Et certes l'ennemi qui te fonde, en m�me temps te limite. Mais supprime l'ennemi et tu ne peux m�me pas na�tre.

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