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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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Cette fois on l'applaudit carrément. Il le mérite ! Rendons hommage sans restriction à l'intelligence et au bon sens béruréens.

Il déguste les acclamations et d'un geste seigneurial me fait signe de poursuivre.

— Catherine de Médicis avait un faible pour son fils Henri. Elle l'appelait « Mes yeux » ! Comme au départ, vu son ordre chronologique dans la famille, il n'était pas destiné à devenir roi de France, elle avait intrigué pour le faire élire roi de Pologne, le trône étant vacant ; un petit lot de consolation, quoi ! Quand un acteur ne fait plus rien à Paris, il va tourner des films à Rome.

— Une maman-gâteau, en somme ! résume Béru. Note bien que la Pologne, faut se la farcir, surtout l'hiver.

— En tout cas, il était roi, et c'est ce que la vieille Médicis souhaitait. Henri, ça ne l'emballait pas outre mesure car il était follement amoureux de Marie de Clèves, princesse de Condé et l'idée de la quitter…

— Stop ! fait le Mahousse. Faut éclairer not' lanterne, Gars. Henri III, tout le monde le sait et toi-même t'en causais y a pas un instant, était de la jaquette flottante. Et voilà que tu prétends qu'il aimait une princesse ! Dis : elle avait des moustaches, la princesse, pour justifier !

Je calme l'ardeur de mon ami.

— Le propre de l'homme, c'est de devenir ce qu'il est en puissance, philosophe-je. Henri III, au départ, semblait avoir des mœurs orthodoxes. Il aimait les femmes et se comportait au plumard comme un vrai bonhomme. La preuve en était qu'il adorait la princesse Marie. Il a eu le cœur déchiré lorsqu'il est allé régner sur les Polaks. Mais sa bonne étoile veillait. A peine installé, voilà qu'un courrier de Madame sa Dabuche lui annonce que le frère Chariot est mort et qu'il est devenu roi de France en jouant au bilboquet à Cracovie. Jamais faire-part de deuil n'a causé plus de joie à quelqu'un.

Il s'est mis à gambader dans son palais de glaces en clamant : « Mon grand frère est mort, mon grand frère est mort. » Les Polaks ont pris peur. C'était le manque de bol, avouez ! Ils venaient de se faire débloquer un monarque et déjà ce dernier rentrait chez sa mère ! Henri III a été obligé de s'enfuir de Pologne à la sauvette, sinon ils l'auraient gardé de force, boulonné à son trône.

— C'eût z'été de la couennerie, affirme Bérurier. Quand t'as plus envie de rester sur le trône, t'as plus envie, voilà tout !

— Il est donc revenu en France à brides abattues. Sa Maman est allée l'attendre à Bourgoin (Isère), petite ville renommée pour la qualité de ses brioches et qui s'est couverte de gloire en donnant le jour à mon illustre confrère Frédéric Dard. Effusions, mimis mouillés, fanfares, Te Deum, banquets, feux d'artifice ! Ça commençait bien. Mais voilà-t-il pas que quelques jours plus tard, alors que ce brave Henri III se promettait des retrouvailles à ta cosaque (revenant de Pologne il était conditionné) avec sa Marie, il apprend que la pauvre dame est morte en couches à la fleur de l'âge.

— C'est pas possible, sanglote Berthy.

Les demoiselles reniflent éperdument. Il y a de l'émotion plein le salon. La petite flûte de l'orchestre se mouche avec un bruit de saxo ténor.

— Et alors ? questionne froidement Béru que les bandes dessinées de France-Soir ont endurci sur le plan amours déçues.

— Le pauvre Riri s'est effondré. On a craint que sa raison ne chavire. La mère Médicis n'en menait pas large. Et un qui se frottait déjà les paluches, c'était le duc d'Alençon, le jeune frère du roi ! Il se voyait déjà roi de France itou, contre toute attente. Son rêve ! Il commençait à se dire, le pauvre, en voyant tous ses aînés défiler sur le trône les uns après les autres, comme des anciens combattants sur celui du restaurant où ils célèbrent leur banquet annuel, que son tour à lui allait fatalement arriver, que c'était mathématique. Il en voulait, de la couronne. Y'avait pas de raison qu'il reste en rideau sur la voie de garage, sans sceptre et sans numéro ! Au besoin il était prêt à aider la providence réticente. Un petit coup d'arsenic dans le potage du frangin, ça n'engage à rien ! La neurasthénie d'Henri ça lui semblait de bon augure à d'Alençon (qui d'ailleurs avait pris le titre de duc d'Anjou depuis l'avènement de son dernier frère). Il jouait Carambolage avant la lettre. Faut avouer qu'il y avait de l'espoir. Notre Henri faisait de l'eau de toutes parts. Au lieu de gouverner l'État, il brodait des napperons, ce pauvre trognon. Le point d'Alençon, justement c'est son fort, un comble, non, ou un présage ! Catherine de Médicis, qui ne s'était jamais payé la moindre layette malgré sa tripotée de lardons, n'en revenait pas. Elle a réagi vilain et a obligé son petit chouchou à se marier, se disant que ce serait bon pour ce qu'il avait, une épouse.

— Il a marida le capitaine de la garde ! plaisante aimablement le Gros.

— Pas du tout, il s'est farci Louise de Vaudémont, une belle Lorraine dont il avait subi le charme avant son stage en Pologne. Mais la chère petite n'a pas su le garder dans le droit chemin. Aussitôt marié, Henri s'est lancé dans la noire débauche avec ses Mignons. Ç'a été tout de suite des orgies crapuleuses et le style fraise, boucles d'oreilles, bilboquet. Bref, c'est donc à partir de son mariage, qu'Henri III est devenu reine de France !

Les trois Henri III de la soirée se font toutes petites dans leur coin, effarouchées, les chères biquettes, par l'attention goguenarde dont, elles sont brusquement l'objet. La plus futée remise son bilboquet dans son falzar où il doit se sentir bien seul, le pauvre.

— Et quoi t'est-ce qu'il s'embourbait, Riton ? demande l'Hénorme, y avait du cheptel correspondant à ses vices à la Cour ?

Béru ne me laisse pas le temps de répondre et continue sur sa lancée baveuse :

— C'est vrai qu'un roi a tous les droits. Les larbins et les seigneurs s'exerçaient sûrement mine de rien dans leurs appartements afin d'être parés pour si des fois le Roi leur donnait leur chance. Au lieu de travailler leur deltoïdes, le matin, au lever, ils devaient s'exercer au bilboquet maison !

— Béru ! sermonné-je, tu t'exprimes devant des jeunes filles.

Mais il secoue sa noble tête fourmillante d'idées neuves.

— Je pense à toutes ces jolies duchesses qui faisaient ballon. On a dû enregistrer une chute verticale des naissances à cette période-là, non ? Y avait plus que les manœuvres qui faisaient encore l'amour comme leurs papas ; tous les autres se mettaient au diapason, c'est recta.

Il rigole :

— Qu'est-ce que je dis « recta » ; c'est recto qu'il faut employer ! Faisait pas bon être page au château ! Des pages, il en a tourné quelques-uns, ce sagouin !

— Catherine de Médicis se faisait un sang d'encre, reprends-je. Surtout que son plus jeune fils venait de mourir et qu'Henri III n'avait pas de descendant.

— Attends, attends ! clame le Mastodonte, tu dis que son plus jeune chiare venait de canner, c'est du duc d'Alençon que tu causes ?

— Oui, monsieur.

— Alors lui aussi il était construit en pâte de verre ? Quand je te disais qu'ils avaient chopé la myxomatose dans cette famille ! Leur Henri II de père devait avoir des charançons dans les valseuses, probable. Ou alors c'est la vieille Catherine qu'avait importé un virus napolitain. Sur le lot, si je récapitule, y avait tout juste l'Henri III qui possédait la santé, comme quoi le turlututu ça conserve son homme !

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