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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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— Eh bien, il vit sur le domaine juste à côté. C’est déjà un point. L’énergie nécessaire pour la stéréovision est quasi nulle : aussi avons-nous la possibilité de nous trouver ensemble par stéréovision toute la journée, dans n’importe quel endroit, quand nous le voulons, sans aucune difficulté. Nous faisons de longues promenades ensemble ; oui, enfin, nous en faisions autrefois.

— Je n’aurais jamais pensé que vous puissiez vous promener avec qui que ce soit.

Gladïa rougit jusqu’à la racine des cheveux.

— Mais je vous ai dit : par stéréovision ! Oh ! j’oublie toujours que vous êtes un Terrien. Bon, alors, que je vous explique : la vision par déplacement libre s’effectue par une mise au point uniquement centrée sur la personne : aussi, pouvons-nous aller où nous voulons, sans interrompre la liaison. Je me promène dans mon domaine, lui dans le sien, et pourtant ainsi nous nous promenons ensemble.

Et redressant le menton :

— C’est d’ailleurs très agréable !

Brusquement, elle eut un petit rire :

— Ce pauvre Jothan !

— Pourquoi : pauvre ?

— Je viens de me rendre compte de ce que vous pensiez tout à l’heure : nous promener ensemble, sans utiliser la vision simultanée. Il en mourrait s’il savait que quelqu’un a pu s’imaginer pareille chose !

— Pourquoi ?

— Dans ce domaine-là, il est impossible. Il m’a raconté qu’il a cessé de voir les gens en présence effective, alors qu’il avait à peine cinq ans. Il ne voulait entretenir de rapports avec eux que par stéréovision. Il y a des enfants comme ça. Rikaine (elle s’arrêta, toute confuse, puis reprit :) Oui, Rikaine, mon mari, m’a expliqué, un jour où je lui avais parlé de Jothan, qu’au fur et à mesure, il y aurait de plus en plus d’enfants comme lui. Il m’a raconté que c’était dû à une espèce d’évolution favorisant la sélection des êtres agoraphobes. Qu’en pensez-vous ?

— Je ne saurais vous dire, je suis d’une ignorance totale en ce domaine.

— Jothan n’a même pas voulu se marier, Rikaine lui a fait une scène à ce propos, l’a accusé d’être un élément asocial, puisqu’il avait des éléments génétiques nécessaires au fonds commun qu’il se refusait à laisser utiliser. Mais Jothan n’a rien voulu entendre.

— Mais, a-t-il le droit de refuser de se marier ?

— Non, je ne crois pas, dit Gladïa en hésitant. Mais c’est un roboticien de tout premier ordre, vous savez, et les ingénieurs en cette matière sont très influents sur Solaria. Je pense qu’on lui a fait un passe-droit en ergotant sur les textes. C’est, à mon avis, la raison pour laquelle Rikaine allait cesser de travailler avec Jothan. Il m’a dit, un jour, que Jothan était un mauvais Solarien.

— Est-ce qu’il l’a dit à Jothan ?

— Je l’ignore. En tout cas, jusqu’à sa fin, il travaillait toujours avec lui.

— Il estimait que Jothan était un mauvais Solarien parce qu’il refusait de se marier ?

— Rikaine m’a dit, un jour, que le mariage était la pire épreuve que vous réservait la vie, mais que, néanmoins, il fallait l’accepter.

— Et vous, qu’en pensez-vous ?

— Qu’est-ce que je pense de quoi, Elijah ?

— Eh bien, du mariage. Pensez-vous que ce soit la pire épreuve dans une vie ?

Son visage devint progressivement inexpressif, comme si elle s’efforçait de le vider de tout sentiment :

— Je n’y ai jamais songé, dit-elle.

— Vous m’avez dit tout à l’heure que vous faites des promenades en compagnie de Jothan, continua Baley. Puis vous vous êtes reprise et avez mis le verbe au passé. Je dois donc conclure que vous n’avez plus l’occasion de faire ces promenades, n’est-ce pas ?

Gladïa secoua négativement la tête : de nouveau, son visage exprimait ses sentiments qui, pour l’instant, se résumaient à un seul : une profonde tristesse.

— Non ! l’occasion ne s’est plus présentée. Je l’ai contacté une fois ou deux, mais il semblait toujours être plongé en plein travail et je n’ai pas voulu… Vous comprenez ?

— Est-ce ainsi depuis la mort de votre mari ?

— Non. Antérieurement. Quelques mois avant ce décès.

— Pensez-vous que le Dr Delmarre lui ait ordonné de ne plus s’occuper de vous ?

Gladïa parut toute surprise :

— Pourquoi l’aurait-il fait ? Ni Jothan ni moi ne sommes des robots : nous n’aurions pas accepté d’ordre, et d’ailleurs il ne lui serait pas venu à l’idée d’en donner.

Baley n’essaya même pas de lui expliquer pourquoi. Il n’aurait pu le faire qu’en se rapportant à des références terrestres, ce qui n’aurait rien éclairci pour Gladïa. Et même si elle y avait vu un peu clair, elle n’en aurait été que plus choquée.

— Bah ! Je voulais simplement savoir, Gladïa, dit Baley. Je vous contacterai de nouveau après en avoir fini avec Leebig. Quelle heure est-il à propos ?

Il regretta aussitôt sa question. Les robots lui auraient répondu suivant les normes solariennes et Baley était fatigué de révéler à tout instant l’étendue de son ignorance.

Mais, heureusement, Gladïa, comme une femme terrienne, répondit en termes imprécis :

— Le milieu de l’après-midi.

— Ceci est valable également pour le domaine de Leebig ?

— Oui, bien sûr.

— Parfait. Je vous contacterai de nouveau dès que possible et nous conviendrons alors des modalités de l’entrevue effective.

De nouveau, elle parut s’effaroucher :

— Est-ce vraiment bien nécessaire ?

— Oui. Très.

— Bon, alors… répondit-elle à voix basse.

Il fallut un certain temps pour établir la liaison avec Leebig et Baley en profita pour absorber un autre sandwich, qui lui fut apporté scellé dans son emballage d’origine. Mais il était devenu encore plus méfiant et vérifia très soigneusement le sachet et la fermeture avant d’ouvrir, puis inspecta le contenu avec mille précautions.

Il accepta du lait en berlingot plastique et déchira un coin du récipient avec ses dents. Il but, à même, le liquide glacé. Tout au fond de son esprit s’agitaient des pensées moroses : il y avait des poisons inodores indécelables au goût, agissant avec retard, qu’il était facile d’introduire d’une façon presque invisible grâce à une seringue hypodermique ou à un pulvérisateur à haute vélocité. Il se morigéna et refoula ces idées comme relevant d’un pur infantilisme.

Jusqu’à présent, le meurtre et les différentes tentatives de meurtre avaient été commis de la façon la plus directe. Il n’y avait pas de raffinements, pas de subtilité, lorsqu’on vous assenait un coup sur la tête, qu’on déversait dans un seul verre assez de poison pour liquider une douzaine d’hommes, ou qu’on vous décochait une flèche empoisonnée.

Puis des pensées à peine moins lugubres vinrent le hanter : tant qu’il continuerait à passer sans transition d’un fuseau horaire à d’autres, il avait peu de chance de prendre des repas normaux. Ni non plus, si ces démarches devaient continuer, de prendre un tant soit peu de repos.

Le robot s’approcha de lui :

— Le Dr Leebig vous invite à ne l’appeler que demain. Il est occupé actuellement par un travail important.

Baley bondit sur ses pieds et hurla :

— Allez dire à cet individu que…

Il s’arrêta net. Ce n’était pas la peine de hurler en s’adressant à un robot. Oui, enfin, on pouvait crier, si l’envie vous en prenait, mais on n’obtenait pas plus de résultat, ni plus rapidement qu’en chuchotant.

Il reprit le ton de la conversation :

— Allez dire au Dr Leebig, ou à son robot, si vous n’avez pu contacter que ce dernier, que j’enquête sur le meurtre d’un homme qui travaillait avec le Dr Leebig et qui était un bon Solarien. Dites-lui également que je ne puis attendre son bon plaisir. Si je ne suis pas en liaison stéréo avec le Dr Leebig d’ici cinq minutes, je monte en avion et je serai en personne sur son domaine d’ici moins d’une heure. Vous direz bien que j’y serai en chair et en os, qu’on ne s’y trompe pas.

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