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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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Il entendit, comme dans un rêve, un chuintement rapide au-dessus de sa tête, suivi d’un claquement sec.

Baley ferma les yeux. Ses doigts agrippèrent une mince racine qui affleurait la surface du sol, tandis que ses ongles griffaient la terre.

Il rouvrit les yeux (quelques instants après, sans doute). Klorissa était en train d’admonester un jeune garçon qui restait à quelques pas. Un robot, silencieux, se tenait à côté de Klorissa. Baley eut juste le temps de remarquer que le gamin tenait un objet muni d’une ficelle dans sa main, avant que ses yeux se révulsent.

Respirant avec difficulté, Baley réussit tout de même à se remettre debout. Il contempla le dard de métal luisant qui était resté planté dans l’arbre auquel Baley s’était adossé. Il le retira et la flèche vint sans difficulté : elle n’était pas entrée très profondément. Il regarda la pointe, mais sans y toucher. Elle était émoussée, mais elle eût suffi à lui égratigner la peau s’il n’était pas tombé à terre.

Il s’y reprit à deux fois pour se déplacer : il s’avança d’un pas vers Klorissa, et appela :

— Vous ! hé, vous, le garçon !

Klorissa se retourna, le visage empourpré :

— C’était un accident. Vous n’êtes pas blessé ?

— Non ! Qu’est-ce que c’est que ce machin-là ?

— C’est une flèche. On la lance avec un arc ; la tension de la corde fournit l’énergie nécessaire à la propulsion.

— On fait comme ça, dit le gamin, avec un parfait cynisme, en décochant une autre flèche en l’air.

Puis il éclata de rire. Il avait des cheveux blonds, le corps souple et agile.

— Tu seras puni. Maintenant file, dit Klorissa.

— Attendez un instant ! s’écria Baley en se frottant le genou qu’il avait meurtri en cognant une pierre lorsqu’il était tombé. J’ai quelques questions à lui poser. Comment vous appelez-vous ?

— Bik, répondit le garçon avec insouciance.

— C’est vous qui m’avez lancé cette flèche, Bik ?

— Exactement.

— Vous rendez-vous compte que vous m’auriez touché si l’on ne m’avait averti à temps pour que j’esquive ?

Bik haussa les épaules :

— C’est vous toucher que je voulais.

Klorissa se mêla brusquement à la conversation :

— Il faut que je vous explique : le tir à l’arc est un sport que nous encourageons. C’est un sport de compétition qui n’exige pas de contact humain. Nous avons des concours de tir entre les garçons, en n’utilisant que la stéréovision. D’accord, je crois bien que certains des garçons s’exercent à viser les robots : cela les amuse et ne gêne pas les robots. Comme je suis le seul être humain de toute la ferme, lorsque ce garçon vous a vu, il a dû vous prendre pour un robot.

Baley écoutait. Ses esprits commençaient à se clarifier et l’amertume habituelle de son visage chevalin se marqua plus encore.

— Bik, dit-il, pensiez-vous que j’étais un robot ?

— Non, dit le gamin. Vous êtes un Terrien.

— Parfait. Vous pouvez partir maintenant.

Bik tourna les talons avec désinvolture et s’en fut en sifflotant. Quant à Baley, il s’adressa cette fois au robot.

— Et vous ? Comment se fait-il que ce gamin ait su que j’étais un Terrien ? N’étiez-vous pas avec lui lorsqu’il a décoché cette flèche ?

— J’étais avec lui, maître. C’est moi qui lui ai dit que vous étiez un Terrien.

— Lui avez-vous expliqué ce qu’est un Terrien ?

— Oui, maître.

— Bon. Alors, qu’est-ce donc qu’un Terrien ?

— Une espèce inférieure d’humains que l’on n’aurait jamais dû admettre sur Solaria, parce qu’elle apporte des maladies, maître.

— Qu’est-ce qui vous a raconté ça, mon garçon ?

Le robot conserva le silence.

— Savez-vous qui vous l’a dit ? reprit Baley.

— Non, maître. Simplement mon bloc de références.

— Bon, passons. Donc, vous avez dit à ce garçon que j’étais un être inférieur, porteur de germes épidémiques. Aussitôt, il m’a lancé une flèche. Pourquoi ne l’en avez-vous pas empêché ?

— Je l’aurais bien empêché, maître. Je n’aurais laissé aucun mal survenir à un être humain, même à un Terrien. Mais il a agi trop vite et je n’ai pu réagir assez tôt.

— Peut-être pensiez-vous qu’après tout je n’étais qu’un Terrien, pas tout à fait un être humain. Aussi avez-vous hésité un instant ?

— Non, maître.

Ceci dit avec le calme et l’impassibilité habituels, mais Baley eut un triste rictus. En toute bonne foi, le robot pouvait nier une telle pensée, néanmoins Baley se rendait trop bien compte que c’était là le facteur crucial.

— Que faisiez-vous avec ce garçon ? continua Baley.

— Je portais ses flèches, maître.

— Puis-je les voir ?

Il tendit la main. Le robot s’approcha et lui en remit une douzaine. Baley déposa soigneusement la première flèche, celle qui s’était fichée dans l’arbre à ses pieds et examina les autres, une à une. Puis il les rendit au robot et reprit la première flèche en main.

— Pourquoi avez-vous donné précisément cette flèche au garçon ? demanda Baley.

— Aucune raison déterminée, maître. L’enfant m’avait demandé une flèche quelques instants plus tôt et il s’est trouvé que c’est celle-là que ma main a prise en premier. Le garçon cherchait une cible : il vous a remarqué et m’a demandé qui était cet étrange être humain. Je lui ai dit…

— Oui, je sais ce que vous lui avez dit. Mais expliquez-moi plutôt pourquoi cette flèche que vous lui avez tendue est la seule à empennage gris. Toutes les autres ont un empennage noir.

Le robot se contenta de le regarder, sans un mot.

— C’est vous qui avez conduit le garçon par ici ? continua Baley.

— Nous avons marché au hasard, maître.

Le Terrien regarda l’intervalle séparant les deux arbres par où la flèche était passée en filant droit sur son but, et demanda :

— Est-ce que, par hasard, ce garçon, Bik, ne serait pas le meilleur archer que vous ayez ici ?

Le robot inclina la tête :

— C’est le meilleur, oui, maître.

Klorissa en resta bouche bée :

— Comment diable avez-vous pu le deviner ?

— C’était forcé, dit Baley sèchement. Observez, je vous prie, cette flèche à empennage gris, d’un côté, et les autres. Elle est la seule à avoir la pointe légèrement luisante, comme passée à l’huile. Excusez-moi si je vous parais mélodramatique, madame, mais j’ose dire que votre avertissement m’a sauvé la vie. Cette flèche, qui m’a manqué de si peu, a été empoisonnée.

13

Un roboticien rébarbatif

— C’est impossible, s’écria Klorissa. Cieux éternels ! C’est radicalement impossible.

— Qu’ils soient éternels, éphémères ou patafiolés, à votre goût ! Simplement y a-t-il un animal dans cette ferme que l’on puisse sacrifier ? Si oui, prenez-le, égratignez-le avec cette flèche. On verra bien le résultat.

— Mais pourquoi est-ce qu’on voudrait attenter…

— Moi, je sais pourquoi, dit Baley d’un ton bourru. Mais j’aimerais savoir qui.

— Personne.

Baley sentit ses vertiges revenir. Il devint franchement insolent et lança la flèche aux pieds de Klorissa. Elle regarda d’un œil hébété l’endroit où le dard était tombé.

— Mais ramassez-la donc ! s’écria Baley. Et si vous ne voulez pas faire l’expérience que je vous ai indiquée, détruisez-moi cet engin. Mais si vous le laissez là, vous aurez un accident parce que les gosses le trouveront.

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