Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
« Donc, vous voyez bien, ils n’auraient jamais dû exécuter l’ordre que j’avais donné.
— Mais vous déraisonnez. Comme les robots ne pouvaient pas savoir que c’était…
Baley se pencha en avant :
— Eh bien ! nous y voilà, et la Première Loi devrait s’énoncer ainsi : Un robot ne peut nuire à un être humain, DE PROPOS DELIBERE, ni laisser sans assistance, SCIEMMENT, un être humain en danger.
— Cela va de soi.
— Eh bien, non. En tout cas, pas pour le commun des mortels, car si cela était évident, n’importe quel humain pourrait se rendre compte aussitôt que des robots ne sont pas incapables d’assassiner !
Leebig était pâle comme un mort :
— C’est de la folie furieuse, vous délirez totalement.
Baley se mit à contempler ses ongles d’un air distrait :
— Un robot peut accomplir une tâche inoffensive, je suppose, une tâche qui n’a pas d’effet destructeur vis-à-vis d’un être humain ?
— Si on lui en donne l’ordre, dit Leebig.
— Oui, bien sûr. Pourvu qu’on lui en donne l’ordre. Et, je suppose toujours, un deuxième robot peut accomplir une autre tâche inoffensive, une tâche qui, elle non plus, n’a pas d’effet destructeur vis-à-vis d’un être humain ? Si on lui en donne l’ordre, bien sûr.
— Oui.
— Mais, si ces deux tâches, chacune totalement inoffensive en elle-même, lorsqu’elles se complètent en arrivent à causer un meurtre ?
— Hein ? glapit Leebig, la bouche déformée par un rictus menaçant.
— J’ai besoin de l’opinion d’un expert comme vous sur ce délicat problème, continua Baley paisiblement. Prenons un cas hypothétique : supposons qu’un homme dise à un robot : « Placez une certaine quantité de ce liquide dans un verre de lait que vous trouverez à tel endroit. Ce liquide est inoffensif, je veux simplement savoir les réactions qu’il entraîne sur le lait. Une fois que je connaîtrai les résultats, je jetterai le mélange. Lorsque vous aurez effectué ce que je vous demande, oubliez tout de cette affaire. »
Leebig, toujours aussi menaçant, ne fit pas de commentaires.
— Si j’avais dit au robot, continua Baley, d’ajouter un mystérieux liquide à du lait, puis d’offrir le breuvage ainsi composé à un homme, la Première Loi l’aurait contraint à demander : « Quelle est la nature de ce liquide ? Est-il inoffensif pour l’homme ? » Et même assuré de son innocuité, la Première Loi pouvait encore obliger le robot à hésiter, même à refuser d’offrir le lait trafiqué. Mais, au contraire, si je lui dis que ce lait va être jeté, la Première Loi n’a aucune raison d’entrer en action. Le robot fera donc ce qu’on lui a ordonné, n’est-ce pas ?
Leebig lui lança un regard meurtrier, mais continua de se taire.
— Venons maintenant au second robot qui, lui, a placé le lait à l’endroit où le premier l’a trouvé. Il ignore que ce lait vient d’être trafiqué. En toute innocence de cause, il l’offre donc à un homme, et ce dernier, buvant la mixture, en meurt.
— Non, s’écria Leebig.
— Allons donc ! Les deux actions sont chacune inoffensives en elles-mêmes. C’est seulement leur conjonction qui est meurtrière. Niez-vous qu’un tel cas puisse se présenter ?
— Mais ce ne sont pas les robots, c’est l’homme qui a donné les ordres qui est un meurtrier, s’écria Leebig.
— D’un point de vue purement spéculatif, oui. Néanmoins, ce sont les robots qui sont les meurtriers directs, les auteurs du meurtre, puisqu’il ne peut être commis que par leur intervention.
— Jamais personne ne donnerait des ordres pareils.
— Je vous demande bien pardon. Quelqu’un en donnerait puisque, en fait, quelqu’un les a donnés c’est exactement de cette façon que la tentative de meurtre sur la personne de l’inspecteur Gruer a dû être commise. Vous avez entendu parler de cette affaire, je pense.
— Sur Solaria, murmura Leebig, tout le monde est au courant de tout.
— Vous devez alors savoir que Gruer a été empoisonné à sa table, pendant son repas, sous les yeux de mon coéquipier, M. Olivaw, d’Aurore, et de moi-même. Pouvez-vous me suggérer toute autre façon dont on ait pu lui verser le poison ? Il n’y avait pas un être humain sur son domaine, lui excepté. En tant que Solarien, il vous est facile d’apprécier cette circonstance.
— Je ne suis pas un détective. Je n’ai pas de théorie.
— Je viens de vous en avancer une et je désire savoir si la réalisation en est possible. Ce que je veux savoir, c’est si deux robots sont capables de faire deux actions distinctes, chacune inoffensive par elle-même, mais dont la conjonction donne un meurtre. C’est vous l’expert, docteur Leebig, je vous le demande. Est-ce possible, oui ou non ?
Et Leebig harcelé, poussé dans ses derniers retranchements, répondit : « Oui » d’une voix si faible que Baley l’entendit à peine.
— Fort bien, donc, dit Baley. Voilà qui fait justice de la Première Loi.
Leebig contemplait Baley d’un air hagard. Sa paupière tombante clignota une ou deux fois sous l’effet d’un tic. Ses mains, qu’il tenait jointes, se séparèrent tout en gardant les doigts recourbés, comme si chaque main se joignait encore à une autre main fantôme. Les paumes se retournèrent et vinrent se poser sur les genoux. Alors seulement les doigts reprirent leur mobilité.
Baley restait perdu dans la contemplation de ces mouvements crispés.
— En théorie, oui, reprit ardemment Leebig. Mais ce n’est qu’une théorie. On ne se débarrasse pas aussi facilement de la Première Loi, monsieur le Terrien. Il faut donner des ordres très astucieux aux robots pour enfreindre impunément la Première Loi.
— Tout à fait d’accord, répondit Baley. Je ne suis qu’un Terrien. Je ne connais pour ainsi dire rien sur la manière de manier les robots. Ce que j’ai dit, comme je l’ai dit, tout cela n’avait qu’une valeur d’exemple. Un Solarien s’y prendrait certainement d’une façon beaucoup plus subtile et beaucoup plus efficace, j’en suis certain.
Leebig n’avait probablement rien écouté de cette phrase ; il continua, en s’animant à mesure qu’il parlait.
— Si l’on peut ainsi manier un robot de façon qu’il mette un être humain en danger, cela veut dire seulement qu’il nous faut étendre les possibilités du cerveau positronique. Bien sûr, on pourrait dire aussi qu’il faudrait rendre les humains meilleurs. Mais c’est du domaine de l’impossible ; aussi ce seront les robots que nous rendrons insensibles aux ordres des déments.
« Nous progressons sans arrêt. Nos robots sont plus diversifiés, plus spécialisés, plus capables, plus inoffensifs encore qu’il y a un siècle. Dans un siècle d’ici, nous aurons fait d’autres progrès encore plus grands. Pourquoi laisser un robot manier des commandes alors qu’il est possible de brancher directement un cerveau positronique sur le tableau de commandes ? Ceci relève de la spécialisation, certes, mais l’on peut tout aussi bien généraliser. Pourquoi ne pas fabriquer des robots aux membres détachables et interchangeables ? Hein, pourquoi pas ? Si nous devons…
— Etes-vous le seul roboticien sur Solaria ? interrompit Baley.
— Ne dites donc pas d’âneries.
— C’était simplement une question que je posais. Après tout, le Dr Delmarre était bien le seul… ah oui, fœtologue de la planète, mis à part son assistant.
— Solaria compte plus de vingt roboticiens.
— Et c’est vous le meilleur ?
— En effet, C’est moi, rétorqua Leebig, sans la moindre gêne.
— Delmarre travaillait avec vous ?
— Oui.
— J’ai cru comprendre, continua Baley, que dans ses derniers jours il avait l’intention de cesser toute association avec vous.