Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Puis il reprit son sandwich.
Les cinq minutes n’étaient pas écoulées que Leebig, ou du moins un Solarien que Baley pensa être Leebig, le fixait avec colère.
Baley rendit regard pour regard. Leebig était mince, très droit, comme maintenu par un corset. Ses yeux noirs, à fleur de peau, semblaient contempler des abstractions tout en révélant, pour le moment, une fureur rentrée. Une des paupières était légèrement tombante.
— C’est vous le Terrien ? dit-il.
— Elijah Baley, dit Baley, inspecteur, échelon C. 7, chargé de l’enquête sur le meurtre de feu le Dr Rikaine Delmarre. Comment vous appelez-vous ?
— Je suis le Dr Jothan Leebig. Comment osez-vous venir me distraire dans mon travail ?
— Très facile, croyez-moi, répondit Baley calmement. Je fais mon travail.
— Allez-vous faire voir ailleurs !
— J’ai tout d’abord quelques questions à vous poser, docteur. Je crois que, vous étiez assez intime avec le Dr Delmarre. Oui ou non ?
L’une des mains de Leebig se ferma brutalement en un poing. Il marcha rapidement vers une fausse cheminée où de minuscules rouages d’horlogerie cliquetaient en des mouvements récurrents compliqués. L’œil s’y attachait en une sorte d’hypnose.
La mise au point restait fixée sur Leebig, si bien que la silhouette ne bougea pas du centre du bloc tridimensionnel, même en marchant. Mais la pièce, derrière lui, semblait se déplacer à reculons avec de légers mouvements de haut en bas et de bas en haut, réglés sur les pas du roboticien.
— Si c’est vous l’étranger que Gruer nous a menacé de faire… commença Leebig.
— C’est moi, coupa Baley.
— Vous êtes là contre mon gré. Communication terminée.
— Non, pas encore. Ne coupez pas la liaison, proféra Baley en élevant sèchement le ton, accompagnant son ordre du geste ; il dirigea son index droit vers le roboticien, qui se recula visiblement, ses lèvres fortes s’écartant en un rictus de dégoût.
— J’ai dit que j’irai vous voir en personne, dit Baley. Ce n’est pas du bluff, croyez-moi.
— Dispensez-vous de votre obscénité terrienne, je vous prie.
— Mon intention est seulement de vous donner un avertissement direct et net : je répète que je vous verrai, vous, en personne, s’il n’y a pas d’autre moyen de me faire entendre de vous. Et lorsque je vous aurai pris par le collet, vous serez bien obligé de m’écouter.
Leebig le dévisagea avec fureur :
— Espèce de sale bête répugnante.
— Peu m’importent vos qualificatifs, mais sachez bien que ce que je dis, je le fais.
— Si vous essayez de pénétrer sur mes terres, je vous… je vous…
Baley leva les sourcils :
— Je vous tue ? Dites-le donc, et dites-moi aussi si vous avez couramment l’habitude de proférer de telles menaces ?
— Je n’ai pas fait de menace.
— Alors, parlez maintenant. Avec tout le temps que vous venez de perdre, nous aurions déjà pu voir pas mal de choses. Je reprends : Vous étiez intime avec le Dr Delmarre. Vrai ou faux ?
Le roboticien baissa la tête. Ses épaules se soulevèrent de nouveau légèrement au rythme d’une respiration lente mais régulière. Lorsqu’il redressa la tête, il avait repris tout son sang-froid et réussit à esquisser un bref sourire sans joie.
— Vrai.
— Delmarre s’intéressait à de nouveaux modèles de robots, ai-je pu comprendre ?
— Oui.
— Quels modèles ?
— Etes-vous roboticien ?
— Non. Expliquez, en vous mettant au niveau du profane.
— Je doute que ce me soit possible.
— Essayez. Par exemple, je crois qu’il voulait obtenir des robots capables de châtier des enfants. Quels changements cela nécessite-t-il ?
Leebig eut un battement de cils et répondit :
— En exprimant ce changement de la manière la plus succincte et en laissant de côté toutes les subtilités nécessaires, il exige un renforcement de l’intégrale C gouvernant le circuit réponse-écho de Sikorovich, au niveau de W 65.
— Ca, c’est du baratin, dit Baley.
— La stricte vérité, pourtant.
— Pour moi, c’est du baratin. Exprimez-moi ça plus clairement.
— Cela veut dire un léger assouplissement de la Première Loi.
— Pourquoi un assouplissement ? Il est nécessaire de châtier un enfant dans son propre intérêt pour l’avenir. C’est bien ça la théorie ?
— Ah ! Son propre intérêt ! Plus tard !
Les yeux de Leebig flamboyaient d’excitation et il sembla moins conscient de l’attention de son auditeur, et de ce fait, plus disposé à parler.
— Une idée très simple, pensez-vous ? Combien y a-t-il d’êtres humains qui accepteront de bon cœur le moindre dérangement à leurs habitudes pour leur propre bien un peu plus tard ? Combien de temps faut-il pour démontrer à un enfant que ce qui a si bon goût lui vaudra des crampes d’estomac une heure après, tandis que ce remède insipide qu’il va prendre maintenant guérira ses crampes au bout d’un moment ? Et vous voudriez qu’un robot soit capable de concevoir de pareilles subtilités ?
« Le châtiment qu’un robot inflige à un enfant déclenche une énergie puissante et destructrice qui agit sur le cerveau positronique. Pour y faire échec, par une énergie égale, mais de raison inverse, qui soit mise en œuvre par l’anticipation d’intérêt, il faut tant de circuits et de condensateurs que cela équivaudrait à augmenter de moitié la masse du cerveau positronique, sauf si l’on sacrifie d’autres capacités.
— Vous n’avez donc pas réussi à construire un robot de ce genre ? demanda Baley.
— Non. Il est improbable que j’y réussisse jamais, ni personne d’ailleurs.
— Le Dr Delmarre expérimentait-il un prototype de robot de ce genre au moment de sa mort ?
— Pas un robot de ce genre, non. Nous nous intéressions aussi à des questions plus réalisables.
Baley dit, très calmement :
— Je crois, docteur Leebig, que j’ai pas mal à apprendre en ce qui concerne la Robotique ; aussi, je vous demande de bien vouloir être mon professeur.
Leebig secoua la tête violemment, et sa paupière tombante tressauta dans une grotesque parodie de clin d’œil. « Il devrait vous paraître évident qu’un cours de Robotique ne s’improvise pas et ne se fait pas en un instant. Et moi, je n’ai pas le temps.
— Je regrette, mais il faut que vous me documentiez. L’odeur de robot est la seule chose que l’on respire sur toute l’étendue de Solaria. Si c’est du temps qu’il vous faut, plus que jamais il faut que je vous voie. Je suis un Terrien et ne puis travailler ni réfléchir correctement en poursuivant une conversation par stéréovision.
Baley aurait cru impossible que Leebig pût se figer davantage dans son attitude glaciale. Pourtant, il le fit et dit :
— Je n’ai cure de vos phobies de Terrien. Il est impossible que nous nous voyions.
— Je pense que vous changerez d’avis quand je vous aurai énoncé la question pour laquelle je voudrais votre avis.
— Cela n’y changera rien. Absolument rien.
— Non ? Eh bien ! Ecoutez-la tout de même. Voici : je crois et je prétends que, d’un bout à l’autre de l’histoire du robot positronique, on a délibérément falsifié le sens de la Première Loi de la Robotique.