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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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Baley acquiesça :

— Oui, je suppose que le besoin d’affection est quelque chose dont ils ne peuvent se passer.

Klorissa fronça les sourcils et répéta d’un ton brusque :

— Les bébés ont besoin d’attention.

Mais Baley, suivant son idée :

— Je suis assez étonné que des robots puissent satisfaire les besoins affectifs des nourrissons.

Klorissa se détourna, la distance les séparant ne lui suffisait pas pour masquer son mécontentement :

— Ecoutez Baley, si c’est dans l’espoir de me choquer que vous vous montrez aussi grossier, vous vous fourvoyez complètement. Cieux éternels ! Ne faites donc pas l’enfant.

— Vous choquer ?

— Oh ! Moi aussi, je peux utiliser ce mot : affection. Là. Et si vous voulez un mot plus court, un mot de cinq lettres, n’ayez crainte : je sais le dire aussi : A-M-O-U-R : AMOUR… Et maintenant que vous voilà purgé, conduisez-vous correctement.

Baley négligea de poursuivre ces débats sur les mots, obscènes ou non.

— Est-ce que les robots peuvent leur dispenser l’attention nécessaire ? dit-il.

— C’est aussi visible qu’un nez au milieu d’une figure, non ? Ou alors pourquoi cette ferme réussit-elle si bien ? Oui, les robots chahutent avec les enfants ; ils les embrassent, ils les dorlotent. Les gosses, eux, se fichent que ce soit des robots ou pas. Mais les choses deviennent plus critiques de trois à dix ans.

« Pendant cette période, les enfants prétendent jouer les uns avec les autres, à leur gré, sans discrimination.

— Vous les laissez faire, je pense.

— Il le faut bien, hélas ! mais nous n’oublions jamais que notre devoir est de leur enseigner les obligations de l’adulte. Chacun a sa chambre individuelle, que l’on peut fermer. Dès le début, même, ils doivent dormir tout seuls : nous y veillons. Et tous les jours ils doivent, par stéréovision seulement, pendant la plus grande partie de la semaine, pratiquer un moment de solitude dont la durée s’accroît à mesure qu’ils grandissent. Lorsqu’un enfant atteint dix ans, il est capable de jouer. Oh ! bien sûr, les équipements de stéréovision sont très complets. Les gosses peuvent se visionner à l’extérieur, déplacer leur champ de vision, et cela toute la journée durant.

— Je suis vraiment très étonné que vous puissiez réfréner leur instinct d’une façon aussi poussée ; néanmoins, vous y êtes arrivés, je m’en rends compte, mais n’en suis pas moins surpris.

— Quel instinct ? s’étonna Klorissa.

— L’instinct grégaire : il n’y en a qu’un, d’ailleurs. Vous reconnaissez vous-même que dans leur prime enfance ils tiennent à jouer les uns avec les autres.

— C’est ça que vous appelez l’instinct, dit Klorissa en haussant les épaules. Et même si c’en est un, après tout, cieux éternels ! Un enfant éprouve bien une peur instinctive du vide sous lui. Mais on peut entraîner des adultes à travailler sur des points élevés, même s’ils sont sans arrêt dans une position où ils risquent la chute. N’avez-vous jamais vu de funambules évoluer sur un fil au-dessus du vide ? Il y a des mondes où les gens vivent dans des bâtisses d’une hauteur ahurissante. D’ailleurs, les enfants ont également peur, d’une façon irraisonnée, des bruits forts et soudains Et vous, en avez-vous peur ?

— Non, répondit Baley, à condition que ce bruit soit normal.

— Je vous parie tout ce que vous voulez que les habitants de la Terre ne pourraient pas dormir s’il n’y avait aucun bruit. Cieux éternels ! Il n’y a pas d’instinct chez l’être humain qui ne cède en face d’une éducation rationnelle de l’homme ; les instincts sont beaucoup trop atténués.

« En réalité, quand on sait s’y prendre, l’éducation devient de plus en plus facile à chaque génération : vous savez, l’hérédité des caractères acquis pendant l’évolution.

— Qu’est-ce encore que cela ? s’écria Baley.

— Vous ne voyez pas, vraiment ? Bon, chaque individu, en se développant, passe par tous les stades de l’évolution ! Ces fœtus que vous voyez, là-bas, ont des branchies et une queue. Cela ne dure qu’un temps, mais on ne peut l’éviter. De même, les jeunes doivent passer par le stade de la vie de groupe comme les animaux. Mais ces fœtus réalisent, en un mois, ce que l’évolution a accompli en quelque cent millénaires. Pourquoi les enfants ne pourraient-ils « brûler » ce stade tribal ? Le Dr Delmarre professait qu’au cours des générations cette éducation sociale durerait de moins en moins.

— Vraiment ?

— Dans trois mille ans, estimait-il, si, la courbe des progrès réalisés reste constante, nous aurons des enfants qui « mordront » à la stéréovision immédiatement. Le patron avait d’autres idées aussi dans le domaine éducatif. Il s’employait à améliorer les robots, au point que ces derniers puissent corriger les enfants, le cas échéant, sans se névroser. Et pourquoi pas ? Une correction aujourd’hui pour que la vie soit meilleure demain représente le véritable esprit de la Première Loi. Mais allez faire rentrer ça dans une caboche de robot !

— A-t-il réussi à construire de tels robots, jusqu’à présent ?

Klorissa secoua la tête :

— Je crois bien que non. Mais le Dr Delmarre et Leebig travaillaient dur dans ce sens, sur des modèles expérimentaux.

— Est-ce que le Dr Delmarre s’était fait envoyer quelques-uns de ces prototypes à son domaine ? Etait-il assez au courant de la robotique pour se livrer, en personne, à des expériences ?

— Oh ! oui. C’est souvent qu’il expérimentait les robots.

— Savez-vous qu’au moment de son assassinat il y avait un robot avec lui ?

— Je me le suis laissé dire.

— Savez-vous de quel modèle il s’agissait ?

— Demandez à Leebig. Comme je vous l’ai dit, c’est lui le roboticien qui travaillait avec le Dr Delmarre.

— Mais vous, savez-vous quelque chose sur ce robot ?

— Rien de rien.

— Si quelque idée vous venait à l’esprit, faites-le-moi savoir.

— D’accord. Ne pensez pas, d’ailleurs, que les prototypes de robots étaient la seule préoccupation du Dr Delmarre. Il répétait à qui voulait l’entendre qu’un jour viendrait où l’on conserverait, dans des « Banques », à la température de l’air liquide, des ovules non encore fertilisés. On les utiliserait ensuite pour l’insémination artificielle. Aussi pourrait-on, réellement, appliquer toutes les règles de l’eugénisme et nous débarrasser, une fois pour toutes, des derniers vestiges de la présence effective. Je suis loin, moi, de souscrire à ses théories jusqu’à un point pareil. Mais il avait des idées avancées. C’était vraiment un très bon Solarien !

Elle ajouta, très vite :

— Voulez-vous venir faire un tour dehors ? Les enfants de cinq à huit ans sont encouragés à jouer à l’extérieur et vous pourrez les voir s’y adonner.

— Je vais essayer, répondit Baley prudemment. Il se peut que je doive rentrer très précipitamment à l’intérieur.

— Oui, j’oublie toujours ! Peut-être, après tout, préférez-vous rester dedans.

— Non, dit Baley avec un sourire contraint. Il me faut m’éduquer moi aussi. Je vais essayer de m’habituer au grand air.

Le vent était difficile à supporter, rendant la respiration pénible. Ce n’était pas qu’il faisait froid dans l’acception thermométrique du terme. Non, mais cette sensation d’avoir le visage balayé, les vêtements plaqués au corps, donnait des frissons à Baley.

Ses dents se mirent à claquer lorsqu’il essaya de parler et il dut littéralement s’arracher les mots de la bouche, un à un. Ses yeux lui faisaient mal tant son regard portait loin sur un horizon vert embrumé de bleu. Regarder le sentier juste en avant de son pied ne lui apportait qu’un soulagement temporaire et limité. Mais, surtout, il évitait de lever la tête, de regarder le ciel bleu et vide, avec seulement quelques petits nuages blancs qui se donnaient la chasse, de faire face aux feux étincelants du soleil sans voile.

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