Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
— Première nouvelle ! Qu’est-ce qui a pu vous mettre ça en tête ?
— J’ai cru comprendre qu’il condamnait votre célibat obstiné.
— C’est possible. C’était un Solarien convaincu. Mais cela n’affectait en rien nos relations de travail.
— Bon. Changeons de sujet. Outre l’étude de nouveaux robots prototypes, fabriquez-vous aussi et réparez-vous des modèles déjà existants ?
— La fabrication et la réparation sont, dans l’ensemble, menées par des robots, répondit Leebig. Sur mon domaine, il existe une importante usine de fabrication et un atelier de réparations.
— A propos, est-ce qu’il faut souvent réparer les robots ?
— Très rarement.
— Est-ce que la réparation des robots relèverait plutôt du bricolage que de la science à proprement parler ?
— Pas le moins du monde, rétorqua Leebig avec hauteur.
— Et qu’est-il advenu du robot qui se trouvait présent lorsque le Dr Delmarre fut assassiné ?
Leebig détourna son regard et ses sourcils se rapprochèrent comme s’il refusait de laisser reparaître, dans son esprit, un souvenir douloureux.
— Il ne valait plus rien du tout.
— Rien du tout ? Il ne pouvait répondre à la moindre question ?
— A aucune. Je vous le dis, il était totalement hors d’usage. Son cerveau positronique avait été complètement brûlé. Il ne restait plus un circuit intact. Réfléchissez : il avait été témoin d’un meurtre auquel il avait été incapable de s’opposer.
— Pourquoi n’avait-il pu s’y opposer, au fait ?
— Qui peut le dire ? Le Dr Delmarre était en train de se livrer à des expériences sur ce robot. J’ignore totalement dans quelle condition mentale il l’avait laissé. Ainsi, par exemple, il pouvait lui avoir ordonné de suspendre toute activité mentale pendant qu’il vérifiait une connexion particulière d’un circuit déterminé. Si quelqu’un, que ni le Dr Delmarre ni le robot n’avaient de raison de soupçonner d’intentions homicides, s’est brusquement livré à des voies de fait, il a pu se passer un intervalle appréciable avant que le robot soit en mesure de mobiliser l’énergie de la Première Loi, pour enfreindre l’ordre d’immobilisation donné par le Dr Delmarre. La durée de cet intervalle dépendrait de la nature de l’attaque et de la manière dont le Dr Delmarre avait ordonné l’immobilisation. Je pourrais vous fournir une douzaine d’autres raisons pour expliquer que le robot ait été dans l’incapacité d’intervenir et d’empêcher ce meurtre.
« Néanmoins, cette incapacité à protéger un humain violait la Première Loi et cela seul a suffi pour brûler tous les circuits positroniques du robot.
— Mais, si le robot était matériellement incapable de prévenir ce meurtre, était-il responsable ? La Première Loi exige-t-elle des choses impossibles à exécuter ?
Leebig haussa les épaules :
— La Première Loi, en dépit de tous vos efforts pour minimiser sa portée, protège l’humanité avec toute l’énergie possible. Elle n’accepte, ni n’excuse, ni n’atténue. Si la Première Loi est enfreinte, le robot est bon pour la ferraille.
— Est-ce une règle universelle, monsieur ?
— Aussi universelle que les robots.
— Bien, alors j’ai appris quelque chose, dit Baley.
— Apprenez donc aussi quelque chose d’autre : c’est que votre théorie de meurtre par une série d’actions de plusieurs robots, dont chacune en elle-même est inoffensive, ne pourra vous aider à résoudre le problème de la mort du Dr Delmarre.
— Ah ! Pourquoi ?
— Sa mort ne fut pas due à un empoisonnement, mais à un écrasement du crâne. Il fallait bien que quelque chose manie cet instrument contondant, et nécessairement c’était une main humaine. Pas un robot ne pourrait lever un gourdin pour fracasser un crâne.
— Mais supposons, dit Baley, que le robot ait appuyé sur un bouton d’apparence innocente et que, de ce fait, un poids ait dégringolé sur la tête de Delmarre.
Leebig eut un sourire amer :
— Monsieur le Terrien, j’ai visionné les lieux du crime. J’ai été au courant de tout ce qui s’est dit à ce propos. Ce meurtre, savez-vous, a eu une très grande importance sur Solaria. Et je puis certifier qu’il n’y avait pas la moindre trace sur les lieux du crime d’un objet pesant qui fût tombé.
— Ni du moindre instrument contondant, non plus, ajouta Baley.
— C’est vous le détective. Cherchez-le, dit Leebig avec mépris.
— A supposer qu’aucun robot ne soit responsable de la mort du Dr Delmarre, qui le serait donc à votre avis ?
— Tout le monde le sait, cria Leebig. C’est le secret de Polichinelle. Mais sa femme, bien sûr, Gladïa !
« Là, au moins, tout le monde est d’accord, pensa Baley. »
Tout haut, il dit :
— Et qui serait alors caché derrière les robots qui ont empoisonné Gruer ?
— Je suppose… et Leebig s’arrêta, indécis.
— Vous ne croyez pas qu’il y ait deux meurtriers différents, non ? Si Gladïa est responsable du premier crime, elle est également responsable de la seconde tentative de meurtre.
— Oui, oui, vous devez avoir raison. (Puis sa voix prit de l’assurance.) Oui, cela ne fait pas l’ombre d’un doute.
— Pourquoi, pas de doute ?
— Personne d’autre n’aurait pu s’approcher assez près du Dr Delmarre pour le tuer. Il ne supportait pas plus que moi la présence effective de quelqu’un. Il tolérait seulement par exception celle de sa femme, tandis que moi, je ne fais aucune exception. Je ne m’en trouve que mieux, n’est-ce pas ?
Et le roboticien eut un rire grinçant.
— Je crois que vous la connaissez bien, reprit Baley avec sécheresse.
— Qui ?
— Eh bien, elle. Nous ne parlons que d’une seule femme, pour le moment : Gladïa.
— Qui vous a dit que je la connaissais mieux que je n’en connais d’autres ? demanda Leebig. (Il porta la main à sa gorge : ses doigts bougèrent légèrement et desserrèrent la fermeture diamagnétique de son col pour respirer plus librement.)
— C’est Gladïa elle-même qui me l’a dit. Elle a ajouté que vous vous promeniez ensemble.
— Et alors ? Nous sommes voisins. Cela se fait couramment. Elle me paraissait une personne agréable.
— Elle vous plaisait alors ?
Leebig haussa les épaules :
— De parler avec elle me reposait l’esprit.
— De quoi parliez-vous ?
— De Robotique. (Leebig prononça ce mot avec une légère surprise, comme s’il s’étonnait qu’on pût poser une telle question.)
— Et elle parlait de Robotique, elle aussi ?
— Elle n’y connaissait rien. Totalement ignare en la matière. Mais elle écoutait. Elle a une espèce de machin qui utilise des champs de force avec lequel elle ne cesse de jouer. Elle appelle ça du plasto-colorisme. Ca m’agace au plus haut point, mais je l’écoutais, moi aussi.
— Tout cela sans que vous vous trouviez en présence effective l’un de l’autre.
Leebig parut écœuré et ne répondit pas.
Baley essaya encore une fois :
— Est-ce qu’elle vous attirait ?
— Hein ?
— La trouviez-vous séduisante, attirante ? D’un point de vue physique ?
Même la mauvaise paupière de Leebig se souleva. Ses lèvres frémirent :
— Espèce de bête répugnante, grommela-t-il.
— Bon, essayons de nous exprimer d’une autre manière. Quand avez-vous cessé de trouver Gladïa une personne agréable ? C’est vous qui avez employé ce mot tout à l’heure, souvenez-vous.
— Où voulez-vous en venir ?
— Vous m’avez dit que vous la trouviez agréable. Maintenant, vous croyez qu’elle a assassiné son mari. Ce n’est pas là le propre d’une personne agréable.