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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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Néanmoins, il réussit à refréner ce besoin inné de courir, de revenir au plus tôt à un endroit bien clos.

Il passa devant un arbre alors qu’il suivait Klorissa à une dizaine de pas et ne put s’empêcher d’avancer prudemment la main pour le toucher. C’était rugueux, ferme au toucher. Plus haut les frondaisons bruissaient et s’agitaient dans la bise, mais il n’osa pas lever les yeux pour regarder : un arbre qui vivait !

— Comment vous sentez-vous ? lui cria Klorissa.

— Ca va, ça va.

— D’ici, vous pouvez voir un groupe de gosses. Ils sont occupés à Dieu sait quel jeu. Ce sont les robots qui organisent les jeux et qui veillent à ce que ces petites brutes ne s’arrachent pas les yeux. C’est un risque à courir, vous savez, quand ils sont en présence effective.

Baley releva lentement les yeux ; regardant le chemin cimenté, puis l’herbe du terrain de jeux, la pente vallonnée, portant son regard de plus en plus loin, avec précaution, prêt à contempler de nouveau la pointe de ses souliers à la moindre alerte, au moindre sentiment de peur, tâtonnant du regard.

Il y avait de minuscules silhouettes de garçons et de filles courant à perdre haleine, sans se douter que leur course se déroulait à l’extrême périphérie d’un monde. Au-dessus, rien d’autre que l’air et que l’éther. Tantôt on entendait le cliquetis d’un robot se déplaçant parmi leur cohue enfiévrée. Le bruit qu’ils faisaient était un vague piaillement incompréhensible et lointain.

— Ils adorent ça, dit Klorissa. Se pousser, se tirer, se bagarrer, tomber, se relever. Bref, entrer en contact les uns avec les autres. Cieux éternels ! Comment les enfants arrivent-ils à grandir, à devenir de grandes personnes ?

— Que font ceux-là ? dit Baley. Ils me paraissent plus âgés.

Il désignait un groupe d’enfants isolés qui se tenaient sur le côté.

— Ils regardent par stéréovision. Ils ne participent pas en présence effective. Mais, par stéréo, ils peuvent marcher, bavarder, courir et jouer de concert. Ils peuvent tout, à condition de ne pas être physiquement en contact.

— Et où vont ces enfants quand ils sortent d’ici ?

— Dans leur domaine à eux. Dans l’ensemble, le nombre des décès équilibre le nombre des adultes que nous avons formés.

— Dans le domaine de leurs parents ?

— Cieux éternels ! Non ! Ce serait une coïncidence stupéfiante, ne pensez-vous pas, qu’un père et une mère meurent juste au moment où leur rejeton atteint sa majorité. Non. Les enfants prennent le premier domaine libre. Je ne crois pas d’ailleurs qu’aucun d’eux serait très heureux de devoir habiter une demeure où vécurent ses parents. A condition, bien sûr, qu’il ait su qui étaient ses parents.

— Parce qu’ils ne le savent pas ?

— Pourquoi diable devraient-ils le savoir ? répondit-elle en fronçant les sourcils.

— Les parents ne viennent jamais voir leurs enfants ici ?

— Ah ! Vous alors ! Quel entêtement ! Mais pourquoi en éprouveraient-ils l’envie ?

— Excusez-moi de vous poser cette question, reprit Baley, mais j’aimerais bien élucider une bonne fois ce problème. Est-ce impoli de demander à quelqu’un s’il a des enfants ?

— C’est une question assez intime, ne trouvez-vous pas ?

— Oui, si vous voulez.

— Moi, je suis endurcie. Ma profession m’oblige à m’occuper des enfants. Mais les autres personnes n’ont pas mon entraînement.

— Et vous, avez-vous des enfants ? demanda Baley.

Klorissa sembla éprouver des difficultés à déglutir.

— Je l’ai bien cherché, il me semble. Et vous, vous voulez une réponse ? Non, je n’en ai pas.

— Etes-vous mariée ?

— Oui ; j’ai même un domaine à moi, et croyez bien que j’y serais actuellement s’il n’y avait pas eu cet accident. Je n’ai pas assez confiance en moi pour savoir contrôler les robots si je ne suis pas là en personne.

Elle se détourna, l’air malheureux et, lui montrant un enfant du doigt.

— Tenez ! En voilà un qui s’est flanqué par terre ! Et bien sûr il braille !

Un robot se précipitait déjà à grandes enjambées.

— Et voilà ! gémit Klorissa. Il va relever le gamin, le dorloter, et s’il y a vraiment de la casse, c’est à moi qu’on fera appel ! (Et elle ajouta nerveusement :) J’espère bien que non.

Baley prit une large gorgée d’air. Il avait remarqué, sur sa gauche, trois arbres qui formaient un petit triangle. Il marcha dans cette direction, sentant l’herbe souple et répugnante sous ses chaussures, écœurante de mollesse. (C’était comme de marcher sur des chairs en putréfaction, et cette sensation le fit presque vomir.)

Enfin, il était entre les arbres, adossé au tronc de l’un d’eux. En quelque sorte, il se sentait entouré de murs, insuffisants, certes, mais des murs tout de même. Le soleil n’était plus qu’un scintillement inconstant, tamisé par les feuilles au point d’être dépourvu de son éclat redoutable.

Klorissa, du chemin, le regarda faire, puis se rapprocha lentement de lui, jusqu’à mi-distance.

— Cela ne vous dérange pas, si je reste un moment ici ? demanda Baley.

— Faites donc ! répondit-elle.

— Mais une fois que les jeunes sont sortis, avec leur diplôme, de votre « ferme », dit Baley, comment arrivez-vous à les faire se fréquenter ?

— Se fréquenter ? Que voulez-vous dire ?

— Eh bien, qu’ils apprennent à se connaître, dit Baley, qui se demandait bien comment exprimer son idée en termes corrects mais explicites, pour pouvoir se marier.

— Ils n’ont pas à se préoccuper de ces questions-là, dit Klorissa, on les marie d’après leur programme génétique, en général quand ils sont très jeunes. C’est la manière la plus rationnelle d’agir, ne croyez-vous pas ?

— Sont-ils toujours d’accord ?

— Pour se marier ? Jamais. C’est un tel traumatisme. Il leur faut d’abord s’habituer l’un à l’autre, se voir un peu chaque jour. Mais avec le temps, une fois les premières peurs surmontées, on obtient des merveilles.

— Mais s’ils n’aiment absolument pas leur partenaire ?

— Et alors ? Si l’analyse génétique indique que cette union est souhaitable, quelle différence cela peut-il…

— Bon, bon ! J’ai compris, fit Baley précipitamment.

Il pensa à ce qui se passait sur Terre et poussa un gros soupir.

— Y a-t-il autre chose que vous désiriez savoir ? dit Klorissa.

Baley se demanda s’il avait intérêt à prolonger sa visite. Il n’aurait pas été fâché d’en avoir fini avec Klorissa et le fœtologisme en général, pour se consacrer à un autre aspect de l’enquête. Mais il n’avait pas encore ouvert la bouche pour lui signifier la fin de l’entretien que Klorissa interpellait une vague silhouette dans le lointain.

— Eh toi, le gosse là-bas ! Qu’est-ce que tu fabriques là ? (Puis, sans se retourner :) Terrien ! Baley ! Attention ! Atten !…

Baley l’entendit à peine, mais réagit au ton anxieux de sa voix. La tension nerveuse qui lui avait permis de maîtriser ses émotions céda d’un seul coup et Baley s’adonna à la panique. Toutes ses terreurs de l’air libre et de l’infinie voûte des cieux se déchaînèrent dans son esprit.

Il se mit à délirer. Il s’entendait proférer des sons inarticulés, sans signification. Il se sentit tomber sur les genoux, puis basculer sur le côté comme s’il avait été un témoin assistant de loin à la scène.

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