Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Elle ramassa la flèche précipitamment, la tenant entre le pouce et l’index.
Baley se précipita vers la porte du bâtiment le plus proche et Klorissa tenait toujours la flèche avec précaution, en le suivant à l’intérieur.
Baley sentit son calme lui revenir peu à peu en se trouvant de nouveau confortablement entre des murs.
— Qui a empoisonné cette flèche ? dit-il.
— Je n’en ai pas la moindre idée.
— Je crois fort improbable que ce soit le gosse lui-même qui l’ait fait. Y a-t-il un moyen quelconque de savoir qui sont ses parents ?
— On peut regarder aux archives, dit Klorissa, lugubre.
— Alors, donc, vous avez des archives concernant les parentés.
— Il le faut bien, pour les analyses de chromosomes.
— Et le jeune garçon, peut-il savoir qui étaient ses parents ?
— Jamais de la vie, déclara Klorissa avec énergie.
— N’y a-t-il aucune possibilité qu’il y parvienne ?
— Il lui faudrait entrer par effraction dans la salle des Archives. La probabilité est nulle.
— Supposons qu’un adulte vienne visiter cette ferme et désire savoir quel enfant est de lui.
Klorissa rougit jusqu’aux oreilles :
— C’est invraisemblable !
— Je vous ai dit : « Supposons ». Est-ce qu’on le lui dirait s’il le demandait ?
— Je n’en sais rien. Ce n’est pas que ce soit illégal qu’il l’apprenne. Mais ce n’est certainement pas courant.
— Et vous, est-ce que vous le lui diriez ?
— Je ferais mon possible pour éluder ses questions. Je sais, en tout cas, que le Dr Delmarre ne l’aurait pas dit. Il était d’avis que la connaissance des liens de parenté était seulement utile aux analyses génétiques. Peut-être, avant lui, les choses se passaient-elles d’une manière plus souple.
« Pourquoi me demandez-vous tout cela, d’ailleurs ?
— Je n’arrive pas à concevoir que ce gosse, par lui-même, ait eu un motif d’attenter à ma vie. Je pensais que ses parents pouvaient lui en avoir fourni un.
— Tout ceci est horrible. (Dans son désarroi, Klorissa s’approcha de lui plus qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant. Elle étendit même le bras dans sa direction :) Comment tout cela peut-il arriver ? Le patron tué. Vous, qui manquez de l’être. Et pourtant, sur Solaria, nous n’avons pas de motifs pour nous livrer à la violence. Nous avons tous tout ce que nous pouvons désirer : il n’y a donc pas d’ambition personnelle. Nous ignorons tout de nos liens de parenté : il n’y a donc pas d’ambition familiale. Nous sommes tous génétiquement sains.
Son visage se rasséréna d’un seul coup :
— Un instant. Cette flèche ne peut pas avoir été empoisonnée. Vous n’arriverez pas à m’en persuader maintenant.
— Qu’est-ce qui vous a brusquement convaincue de mon erreur ?
— Le robot était avec Bik. Il n’aurait jamais autorisé qu’une flèche soit empoisonnée. Il est inconcevable qu’il puisse avoir fait quelque chose qui mette en danger un être humain. La Première Loi de la Robotique y a amplement pourvu.
— Vraiment, dit Baley. Je me demande bien, moi, ce qu’elle raconte, cette Première Loi.
Klorissa le regarda d’un air ahuri :
— Que voulez-vous dire ?
— Rien, laissons cela. Faites l’expérience que je vous ai indiquée, vous verrez que cette flèche est empoisonnée.
La question d’ailleurs n’intéressait que médiocrement Baley. Il savait que la flèche était empoisonnée et considérait cette histoire comme close. Il ajouta simplement :
— Etes-vous toujours persuadée que Mme Delmarre soit coupable du meurtre de son mari ?
— Elle était la seule personne présente.
— Hon, hon ! Je vois. Mais vous êtes, vous, le seul adulte humain en ces lieux au moment même où l’on me décoche une flèche empoisonnée.
— Mais, je n’ai rien à y voir ! s’écria-t-elle avec la dernière énergie.
— Peut-être que oui, peut-être que non. Peut-être aussi Mme Delmarre est-elle innocente ?… Puis-je me servir de votre appareil de stéréovision ?
— Oui, bien sûr. Faites donc.
Baley savait exactement qui il voulait contacter par stéréovision : ce n’était certes pas Gladïa. Aussi fut-il tout surpris de s’entendre demander au robot : « Mettez-moi en communication avec Gladïa Delmarre. »
Le robot obéit, sans commentaire, et Baley le regarda procéder aux diverses manipulations, l’esprit ailleurs. Il n’arrivait pas à se figurer pourquoi il avait donné cet ordre.
Etait-ce parce que le cas de la jeune femme venait juste d’être discuté ? Etait-ce parce que la conclusion de leur précédent entretien l’avait perturbé, ou simplement était-ce de voir, en face de lui, depuis un moment, la silhouette robuste, massive et exagérément rustique de Klorissa : pour contrecarrer l’agacement qu’elle lui causait, son subconscient l’avait décidé à se reposer les yeux en contemplant la gracieuse féminité de Gladïa.
Il se chercha des excuses : « Jehoshaphat ! Il faut bien, de temps à autre, se laisser aller à ses impulsions ! »
Gladïa fut en face de lui d’un seul coup : elle était assise dans un grand fauteuil bergère qui la faisait paraître encore plus gracile et menue que jamais. Ses cheveux étaient rejetés en arrière et tordus en une espèce de chignon lâche. Elle portait des pendants d’oreilles en pierres précieuses : des diamants, semblait-il ; sa robe, toute simple, se fronçait à la taille.
— Je suis heureuse que vous m’ayez contactée, Elijah ! dit-elle d’une voix sourde. J’ai moi-même essayé plusieurs fois, mais sans succès.
— Bonjour, Gladïa. (Au fait, était-ce le matin, l’après-midi, le soir ? Il ignorait l’heure qu’il pouvait être sur le domaine de Gladïa et la tenue qu’elle portait ne pouvait lui fournir le moindre éclaircissement.) Et pourquoi avez-vous essayé de me contacter ?
— Oh ! pour vous dire que je regrettais de m’être mise en colère, vous savez, la dernière fois… Et M. Olivaw n’a pu me dire où je pouvais vous toucher.
Baley s’imagina sans peine Daneel, toujours gardé à vue par les robots et incapable d’agir. Il refréna un sourire.
— Oui, bien sûr. Ce n’est pas grave. De toute façon, je vais venir vous voir dans un moment.
— Bien sûr… hein, me voir ?
— Oui, en chair et en os, moi-même, dit Baley gravement.
Ses yeux s’agrandirent et elle enfonça ses ongles dans le plastique souple recouvrant le fauteuil.
— Mais, quelle raison y a-t-il à cela ?
— C’est nécessaire.
— Mais je ne pense pas que…
— Acceptez-vous, oui ou non ?
Elle détourna les yeux :
— C’est absolument nécessaire, c’est vrai ?
— Oui. Mais tout d’abord, j’ai quelqu’un d’autre à voir. Votre mari s’intéressait aux robots. Vous me l’avez dit et j’en ai eu confirmation par d’autres personnes. Mais ce n’était pas un roboticien, n’est-ce pas ?
— Ce n’était pas sa profession, Elijah.
Néanmoins, elle continuait d’éviter son regard.
— Mais il travaillait avec un roboticien, non ?
— Jothan Leebig, dit-elle aussitôt. C’est un bon ami à moi.
— C’est un ami à vous ? reprit Baley, en appuyant sur les mots.
Gladïa parut surprise :
— N’aurais-je pas dû dire cela ?
— Pourquoi pas, si c’est la vérité ?
— Toujours, semble-t-il, il faut que je dise des choses pouvant faire croire à ma… Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est quand tous les gens vous croient coupable d’un crime.
— Allons, allons. Calmez-vous. Comment se fait-il que Leebig soit un ami à vous ?