Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
— Du calme, du calme, dit Mirigant. Il est inconvenant de pousser de tels cris, Divvis.
— Il est trop jeune pour devenir prince !
— Et n’oublions pas qu’il est de basse extraction, ajouta le duc de Halanx.
— Quel âge a-t-il, Elidath ? demanda posément Stasilaine.
— Vingt ans, répondit le Haut Conseiller en haussant les épaules. Peut-être vingt et un. Il est jeune, je vous raccorde. Mais ce n’est plus un enfant.
— Vous l’avez appelé le « garçon » tout à l’heure, fit remarquer le duc de Halanx.
— C’était une façon de parler, rien de plus, dit Elidath en levant les paumes au ciel. Je reconnais qu’il fait jeune. Mais c’est seulement parce qu’il est petit et mince. Il a peut-être un physique d’enfant, mais ce n’est pas un garçon.
— Ce n’est pas encore un homme non plus, observa le prince Manganot de Banglecode.
— Selon quelle définition ? demanda Stasilaine.
— Regardez autour de vous, dit le prince Manganot. Vous avez sous les yeux des hommes dans la force de l’âge. Vous, Stasilaine ; tout le monde peut voir votre force. Marchez comme un étranger dans les rues de n’importe quelle ville, Stee, Normork, Bibiroon, promenez-vous simplement dans les rues et automatiquement les gens vous témoigneront du respect, sans connaître votre rang ni votre nom. La même chose pour Elidath, Divvis, Mirigant. Mon frère de Dundilmir qui est de sang royal. Nous sommes des hommes. Pas lui !
— Nous sommes des princes, dit Stasilaine, et cela depuis de nombreuses années. À la longue un certain maintien nous est venu, nous avons conscience de notre condition. Mais étions-nous ainsi il y a vingt ans ?
— Je le crois, dit Manganot. Mirigant éclata de rire.
— Je me rappelle certains d’entre vous à l’âge d’Hissune. Bruyants et vantards, vous l’étiez assurément, et si cela fait de vous un homme, alors vous l’étiez sûrement. Mais sinon… Je crois que c’est un cercle vicieux ; notre maintien princier vient de la conscience que nous avons d’être des princes et nous le revêtons comme un manteau. Regardez-nous en costume d’apparat, puis donnez-nous des habits de fermiers et laissez-nous dans quelque port de Zimroel. Qui s’inclinera devant nous ? Qui nous marquera du respect ?
— Il n’a pas les manières d’un prince et ne les aura jamais, dit Divvis d’un air maussade. C’est un va-nu-pieds issu du Labyrinthe et rien d’autre.
— Je maintiens que nous ne pouvons pas élever à notre rang un tel gringalet, fit le prince Manganot de Banglecode.
— On dit que Prestimion était de petite taille, fit remarquer le duc de Chorg. Je crois pourtant que son règne passe généralement pour avoir été une réussite.
Le vénérable Cantalis, neveu de Tyeveras, leva brusquement les yeux après une heure de silence.
— Vous le comparez à Prestimion, Elzandir ? demanda-t-il l’air stupéfait. Que sommes-nous exactement en train de faire ? Titrer un prince ou choisir un Coronal ?
— N’oublions pas que tout prince est un Coronal en puissance, dit Divvis.
— Et il ne fait aucun doute que le choix du prochain Coronal ne saurait tarder, dit le duc de Halanx. Il est absolument scandaleux que Valentin ait laissé le vieux Pontife vivre aussi longtemps, mais tôt ou tard…
— C’est tout à fait hors du sujet, répliqua sèchement Elidath.
— Je ne le pense pas, dit Manganot. Si nous lui conférons le titre de prince, rien n’empêchera Valentin de le placer finalement sur le Trône de Confalume.
— Ces suppositions sont absurdes, dit Mirigant.
— Vraiment, Mirigant ? Valentin n’a-t-il pas déjà fait preuve d’absurdité ? Épouser une jongleuse, nommer à l’un des ministères clé un sorcier Vroon, s’entourer d’une bande hétéroclite de vagabonds comme d’une cour dans la cour, tandis que nous sommes rejetés…
— Sois prudent, Manganot, dit Stasilaine. Il y en a parmi nous qui aiment lord Valentin.
— Tout le monde l’aime ici, riposta Manganot. Vous savez peut-être, et Mirigant pourra certainement le confirmer, qu’après la mort de Voriax j’ai été l’un des plus farouches partisans de l’accession au trône de Valentin. Je ne l’aime pas moins que quiconque. Mais nous ne devons pas lui vouer une affection aveugle. Il est capable de folie, comme nous tous. Et j’affirme que c’est de la folie de tirer un garçon de vingt ans des ruelles mal famées du Labyrinthe pour en faire un prince du royaume.
— Quel âge aviez-vous, Manganot, quand vous avez été fait prince ? demanda Stasilaine. Seize ans ? Dix-huit ans ? Et vous, Divvis ? Dix-sept ans, je crois ? Et vous, Elidath ?
— Notre cas est différent, dit Divvis. Nous sommes de haute naissance. Je suis le fils d’un Coronal. Manganot appartient à l’illustre famille de Banglecode. Elidath…
— Il n’en demeure pas moins que nous occupions déjà ce rang quand nous étions beaucoup plus jeunes qu’Hissune. Valentin aussi. C’est une question d’aptitude, pas d’âge. Et Elidath nous certifie qu’il a toutes les qualités requises.
— Avons-nous déjà eu un exemple de roturier élevé au principat ? demanda le duc de Halanx. Réfléchissez, je vous en prie : quel est ce nouveau prince choisi par Valentin ? Un gamin des rues du Labyrinthe, un mendiant, un voleur à la tire, qui sait ?…
— Vous ne pouvez en être certain, dit Stasilaine. C’est de la calomnie.
— N’était-il pas mendiant la première fois que Valentin l’a rencontré dans le Labyrinthe ?
— Ce n’était qu’un enfant, répliqua Elzandir. En fait, il se proposait comme guide et vous en donnait pour votre argent bien qu’il n’eût que dix ans. Mais tout cela est hors de propos. Nous n’avons pas à nous soucier de ce qu’il était ? L’important c’est ce qu’il est et ce qu’il va devenir. Le Coronal nous a demandé de le faire prince quand Elidath jugera le moment opportun. Or il nous annonce que ce moment est venu. Ce débat ne rime donc à rien.
— Non, dit Divvis, Valentin n’est pas un monarque absolu. Il a besoin de notre consentement.
— Vous opposeriez-vous à la volonté du Coronal ? demanda le duc de Chorg.
— Oui, si ma conscience me le dictait, je le ferais, répondit Divvis après une pause. Valentin n’est pas infaillible. Il m’arrive parfois d’être en profond désaccord avec lui et c’est le cas.
— Depuis qu’il a changé de corps, dit le prince Manganot de Banglecode, j’ai également remarqué un changement dans sa personnalité, une inclination pour le romantisme, le fantastique, qui était peut-être présente en lui avant l’usurpation, mais qui ne s’était jamais manifestée clairement alors qu’aujourd’hui elle apparaît dans une foule de…
— Assez ! cria Elidath, exaspéré. On nous a demandé de débattre cet anoblissement, nous l’avons fait ; je déclare maintenant la discussion close. Le Coronal nous propose d’élever le chevalier-initié Hissune, fils d’Elsinome, à la dignité de prince avec tous les privilèges dus à ce rang. En ma qualité de Haut Conseiller et de Régent, je vous soumets cette élévation en y apportant ma voix. S’il n’y a pas d’opposition, je propose qu’on déclare Hissune anobli par acclamation.
— Opposition, dit Divvis.
— Opposition, dit le prince Manganot de Banglecode.
— Opposition, dit le duc de Halanx.
— Y en a-t-il d’autres parmi vous qui souhaitent s’opposer à la volonté du Coronal ? demanda lentement Elidath.
— Je suis indigné par la menace implicite contenue dans ces paroles, Elidath, déclara le prince Nimian de Dundilmir qui n’était pas encore intervenu.