La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— 11 était chauve?
— Oui,je me souviens maintenant... chauve, grand et barbu 1
C'est lui! comment s'appelait-il?
— Je ne sais pas si je l'ai jamais su, car je n'a-" vais pas beaucoup de considération pour lui... mais, oui, oui, il me semble bien que ma fille l'appelait Jocko...
— Vous êtes sûre
— Oui, oui, je me souviens ma ; n-tenant. Vous connaissez Criquetta, des Folies Musicales ?
— Oui.
— Eh bien ! c'est elle qui a enlevé le peintre à Lucie. Demandez-lui son nom, elle vous renseignera.
Cabassol s'affaissa, découragé, au fond de son fauteuil.
— Dites donc, ma petite Billy, reprit M me FrioI. vous n'avez pas besoin d'une mère ou d'une tante?
Liv. 29.
La première de la Petite Favorite.
— Vous savez bien, madame Friol que je ne suis pas assez arrivée pour me payer ce luxe-là ; plus tard, je ne dis pas...
— Et en attendant, vous ne connaissez pas quelqu'un dont je pourrais faire l'affaire? Vous savez, sans me flatter, je représente!... Et je joue le be-ziguc dans la perfection, je fais des réussites comme personne... je vais même jusqu'au grand jeu, c'est précieux ça!
Cabassol réfléchissait.
— Criquetta ne se souvient pas non plus de Jocko, dit-il, elle n'a que de vagues souvenirs, mais à vous deux, madame Friol, peut-être retrouveriez-vous le nom de ce monsieur.
— Vous êtes bien avec Criquetta, s'écria M me Friol, eh bien, vous devriez tâcher de me faire entrer chez elle comme mère ou comme tante... Faites cela pour moi, monsieur, faites-moi retrouver une position, et je vous jure que je retrouverai votre Jocko!
— Je ferai tout mon possible.
— C'est ça qui ferait mon affaire. Figurez-vous que j'ai congé de mon propriétaire, il faut que j'enlève ma maison pour le terme prochain, à cause de mes lapins qui font des terriers partout. Et je ne sais pas où aller, n'ayant pas assez de rentes pour louer un appartement boulevard Haussmann !...
— Écoutez, Criquetta répète cette après-midi : ce soir, première de la Petite Favorite, demain nous pourrons la voir, je viendrai vous prendre à onze heures pour vous conduire chez elle...
— Entendu, mon cher monsieur, je serai en grande tenue pour prouver que je puis faire une mère très convenable et même imposante au besoin!
Ce farceur de Bizouard.
La première de la Petite Favorite.
Où Cabassol et M* Taparel sont admis à l'honneur de se pâmer devant les chefs-d'œuvre de l'illustre maître Jean Bizouard peintre impressionniste et naturaliste.
Après avoir refusé le petit verre de cognac que leur offrait M me Friol, pour sceller leur amitié, Cabassol et Billy quittèrent la garenne de l'ex-étoile du Prado.
La première de la reprise de la Petite Favorite, annoncée avec un éclat particulier et un grand luxe de réclames, célébrant les changements introduits dans la pièce, était une petite solennité d'été qui devait réunir le fameux tout Paris avant son départ pour la campagne.
Cabassol avait retenu son fauteuil quinze jours d'avance et commandé trois douzaines de bouquets qui devaient être lancés à la diva des Folies Musicales, à raison de douze par acte. Il fut au théâtre dès l'ouverture des bureaux et fit d'avance de grands éloges de la pièce et des interprètes; il parla du clou de la pièce, du fameux ballet du mal de dents, réglé et monté en quinze jours, et dansé par vingt danseuses spécialement engagées pour la circonstance, danseuses charmantes et vraiment pas trop maigres!
Hélas, trois fois hélas! A quoi tient Je sort des empires et des opérettes! Le temps, assez frais jusque-là, s'était mis à l'orage l'après-midi même; il faisait une chaleur étouffante qui, probablement, agit déplorablement sur les nerfs de la presse et du public, car la Petite Favorite fut écoutée avec une mauvaise humeur visible.
Quelques gros critiques déclarèrent en s'épongeant que c'était idiot et qu'il était absolument indispensable de faire un exemple sur la Petite Favorite, pour sauver l'art dramatique en péril.
Cabassol lutta tant qu'il put, de concert avec Bezucheux de la Fricottière et ses amis, qui parlaient tout haut de cabale infecte. Us lancèrent, en dépit des
Madame Friol en toilette.
protestations, leurs bouquets sur la scène en acclamant Criquctta, mais tout fut inutile, le ballet lui-même, ce ballet si original et si poétique, ne put sauver la pièce, la chute fut complète.
En allant sur la scène au dernier entr'acte, pour tâcher de consoler Cri-quetta de cet échec, Cabassol rencontra Roquebal et le maestro Colbuche. Les deux auteurs se disputaient et rejetaient l'un sur l'autre l'insuccès de la pièce.
— Ça marchait très bien sans votre ballet biscornu, disait Roquebal; il était joli, votre clou, je vous en félicite! Ainsi voilà ma pièce qui a eu jadis un fort succès, nous la dérangeons en opérette féerie, avec un ballet idiot, et naturellement elle fait un four complet!
— Vous n'allez pas insinuer que c'est ma musique que l'on siffle ce soir! s'écria Colbuche furieux.
— Non! mais c'est votre fameux clou qui a tout perdu! c'est votre ballet de dentistes. Vous pouvez féliciter M. Cabassol! La dent qu'il vous a arrachée nous coûte cher.
Cabassol baissa la tête; la Petite Favorite, il ne pouvait se le dissimuler, tombait victime de l'affaire Badinard.
N'osant pas affronter la douleur de Criquetta immédiatement après la chute, Cabassol s'en alla sans mot dire.
il reprit son courage pendant la nuit et se leva décidé à tout faire pour arriver à percer l'incognito de Jocko. Il fut à l'heure dite aux buttes Chau-mont; lorsque le fiacre s'arrêta devant la demeure de M mo Friol, le cocher manifesta quelque surprise, mais la porte de planches s'ouvrit d'elle-même, et M me Friol apparut sur le seuil de la garenne, coiffée superbement d'un chapeau à grands rubans jaunes flottant au vent, et revêtue d'un châle éclatant retenu par une immense broche contenant la photographie d'un tambour de la garde nationale.
— Vous voyez, monsieur, je suis sous les armes! je suis prête, je viens de faire rentrer mes élèves, il n'y en a plus que deux qui manquent à l'appel... vous devriez bien m'aider à les retrouver, car on serait capable de me les subtiliser, il y a des gens si peu délicats.
— Volontiers, madame, répondit Cabassol en entrant. Et il se mit à fouiller, du bout de sa canne, les grandes herbes et les touffes de chardons pendant que M me Friol battait les buissons du côté opposé. Bientôt Cabassol fit lever les deux fugitifs qui bondirent effrayés au milieu du terrain.
— Prenez garde aux terriers! cria M mo Friol, ne les laissez pas entrer!
— J'en tiens un! répondit Cabassol en saisissant une paire d'oreilles blanches.
— A moi l'autre, dit M me Friol.
Et les deux lapins, malgré leur belle défense, furent emportés vers la maison de planches et jetéa au milieu de leurs frères, parmi les meubles et les casseroles de leur maîtresse.
— Vous ne voulez pas prendre un petit cassis, avant de partir? demanda M me Friol.
— Non, merci, répondit Cabassol, j'ai hâte d'être chez Criquetta.
— Monsieur, déclara M me Friol en s'installant dans la voiture, monsieur, j'ai beaucoup réfléchi, j'ai creusé mes souvenirs, et je suis certaine maintenant que le Jocko que vous cherchez est bien le peintre que je vous ai dit... et pour plus de certitude encore, j'ai fait trois réussites!
Criquetta venait de déjeuner lorsque Cabassol se fit annoncer, remorquant M me Friol.
— Eh bien, mon bon! fit Criquetta en appliquant sa main aux lèvres de Cabassol, quel four! quelle dégringolade!