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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— Voyons ! Rappelez tous vos souvenirs. Jamais on n'a appelé devant vous M. Roquebal du nom de Jocko ?

Le campement de M. Friol.

— Jamais...

— Ni personne autre?

— Non... cependant... attendez... il me semble tout de même qu'un jour, à un souper avec des camarades du théâtre, quelqu'un avait amené un nommé Jocko!

— Ahl fit Gabassol triomphant, et ce Jocko?

— Ce n'était pas Roquebal, je ne sais même plus qui c'était, si je l'ai jamais su...

— Sapristi !

— Mais enfin, mon cher, depuis le temps que vous me faites poser avec votre Jocko, vous ne m'avez pas dit ce que vous lui vouliez?...

Cabassol embarrassé cherchait à donner une raison quelconque à Cri-quetta. Une idée lui vint.

— Pourquoi je cherche Jocko? dit-il, je vais vous le dire, si vous me promettez le secret. Je le cherche pour le marier 1

— Bahl qu'est-ce qu'il vous a donc fait?

— Rien du tout...

— Eh bien, alors?

— C'est une simple commission...

— Étrange commission !... Et à qui voulez-vous le marier?

— Voilà, je vais tout vous dire !... Je cherche partout le nommé Jocko, je le demande à tous les échos et particulièrement aux échos du monde où l'on ne s'ennuie pas, pour lui faire épouser une Américaine! trente-cinq ans, fortune fabuleuse, des sources de pétrole, un quartier à Chicago, le tout provenant d'un héritage récent. Furieuse d'avoir si longtemps tressé les nattes de sainte Catherine, elle veut, pour se rattraper, épouser un mari farceur comme tout et elle a jeté son dévolu sur le nommé Jocko, dont la réputation est venue jusqu'à elle. Voilà pourquoi je cherche Jocko.

Criquetta éclata de rire.

— Pauvre Jocko ! dit-elle, pauvre Jocko qui ne se doute pas de ce que vous méditez contre lui... Pourvu qu'il ne soit pas trop rangé, maintenant, ou trop décati ! Si jamais j'en entends parler, je vous promets de vous le dire. Vous savez, s'il est si farceur que cela, je regrette de ne pas l'avoir mieux connu... j'en rêverai de votre Jocko !...

La sonnette de l'avertisseur interrompit l'entretien. Cabassol profita de cette diversion pour se sauver au foyer des artistes, où il s'abîma dans ses réflexions, sans faire attention au bruit qu'y menait toute la troupe des Folie? Musicales, réunie dans ses nouveaux costumes de la Retite Favorite.

IV

Campement bellevillois. — Amers chagrins de M" Une jeune fille qui tourne mal.

Friol mère...

Le foyer des artistes est en rumeur. A chaque minute, un nouveau personnage arrive et se campe au milieu de la petite pièce pour se faire admirer de ses camarades. Sur les banquettes qui garnissent les quatre côtés, sont

Le grand Cànisy et la grosse Berthe.

étendus des choristes en bourgeois ou en hommes d'armes et des ribaudes à jupes excessivement courtes, et à corsages échancrés avec libéralité ; des dame? de la cour s'éventent, des pages regardent dans la grande glace si leur maillot ne fait pas de plis. Quelques petites femmes chantonnent des couplets de la pièce, en se tournant devant la glace, d'autres se serrent le plus possible dans leurs jupes courtes ou les relèvent d'un côté pour dégager le mollet.

Le grand Ganisy, maigre comme un clou, cause dans un coin avec la grosse Berthe revêtue d'un costume de duègne comique.

L'entrée des petites Vanda et Drago, en bohémiennes de Grenade, cause une certaine sensation ; elles sont charmantes, l'une est un peu svelte, l'autre au contraire semble prête à faire éclater son costume, serré jusqu'à la dernière limite. Vanda lance son pied en l'air devant la glace et fait résonner son tambour de basque sur sa tête.

Cabassol réfléchit toujours; assis entre une ribaude qui relace s-a bottine sur son genou et un alguazil à l'air lugubre, il ne fait attention à rien, ni aux aimables masques qui sollicitent son appréciation, ni à leur costume, ni à celle-ci qui lui demande si le relevé de sa jupe fait bien valoir son mollet, ni à celle-là qui tient — ah! mais là, absolument, — à lui faire voir qu'elle n'est pas trop serrée. Il n'entend pas les plaisanteries an peu raides de la grosse Berthe, ni les éclats de rire à chaque nouvelle entrée, ni les plaintes contre, cet animal de costumier, ni les Comment vas-tu, mon petit chat? de Bedar-rou qui lui tape sur l'épaule.

Tout à coup il bondit. Jocko existe,

Le relevé de la jupe fait-il valoir le mollet?

on l'a connu ; Criquetta a soupe avec lui, elle ne se souvient pas de son vrai

Klle tient absolument à lui faire voir qu'elle n'est ji.is trop serrôe^

aom, mais peut-être quelque autre artiste des Folies Musicales aura plus de mémoire.

— Mesdames! s'écrie-t-il, l'une de vous a-t-elle jamais aimé un nommé Jocko?

— Hein? tirent à la fois Vanda, Drago, Berthe et les autres.

— Oui, Jocko, un nommé Jocko! cherchez, réfléchissez...

M. Colbuche écrit trop !

— C'est pas un grand qui attendait toujours chez le concierge?

— C'est pas le gommeuxdu quatrième fauteuil, tous les soirs?

— Mais non, il s'appelle Gontran 1

— Jocko est chauve, voilà tout ce que je sais !

— Je le connais! s'écria triomphalement une petite ribaude, je le connais.

— Parle! je te promets tout ce que tu voudras, n'importe quoi, un porte-bonheur, une bague, un bouquet de violettes, situ me dis son nom!...

— Je le connais, c'est le grand barbu à Lucie Priol ! Friol l'appelait son Jocko! je ne sais pas son autre nom...

— Mais je puis le savoir par Lucie Friol. Est-elle aux Polies Musicales ?

— Non, il y a un an qu'elle est partie; je ne l'ai pas vue depuis ce temps-là.

— Sacristi ! Sait-on son adresse?

Personne ne répondit. Gabassol faillit s'arracher un cheveu. Cet infernal Jocko était bien difficile à trouver; de toute son enquête, Gabassol n'avait recueilli qu'un simple renseignement à ajouter à celui qu'il possédait déjà. Par la photographie, il avait vu que Jocko était chauve, il savait de plus maintenant qu'il était grand et barbu.

La répétition commençait. Bohémiennes, alguazils, seigneurs, et grandes dames quittaient le foyer pour entrer en scène. La petite ribaude vint s'asseoir à côté de Cabassol.

— Docteur I j'y repense, je sais où demeure la mère de Lucie Friol. Vous pourrez avoir l'adresse de sa fdle.

— Mon enfant, vous me sauvez la vie! où demeure-t-elle?

— Là-haut, à Belleville, je connais l'endroit, mais je ne sais pas le numéro; je vous conduirai si vous voulez!

— Tout de suite!

— Ah non! Et la répétition... Voulez-vous demain matin?

— Entendu, demain, neuf heures! tu es un ange!

Cabassol, sans même prendre congé de Criquetla, quitta le théâtre et saula en voiture pour aller rendre compte de ses opérations à M e Taparel

— Eh bien? demanda M e Taparel, Badinard est-il vengé de M. Roquebal? Vous m'avez télégraphié hier que vous en aviezle ferme espoir.

— Nous allions encore commettre une erreur ! fît Cabassol en se laissant tomber dans un fauteuil, Roquebal est innocent comme l'enfant qui vient de naître, il est pur, il est...

— Quoi, ce n'était pas Jocko?

— Non! Je m'en suis aperçu à temps! Sans ma prudence, sans je ne sais quel pressentiment, j'allais faire un malheur!... Mais, rassurez-vous, je suis enfin sur la bonne piste, le véritable Jocko va me tomber sous la main.

Cabassol et M 0 Taparel reprirent l'album de M me Badinard, pour examiner encore une fois la photographie si malencontreusement effacée du Jocko qui leur donnait tant de mal.

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