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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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Çà et là, dans l'herbe, quelques ustensiles de ménage, plus ou moins hétéroclites étaient dispersés ; ce qui tirait l'œil surtout, c'était, jeté sur une touffe de chardons, un édredon d'un rouge éclatant, débris d'une splendeur passée tout étonné de se trouver là, dans ce campement bizarre. En avançant Cabassol aperçut au soleil, au beau milieu de l'édredon, une nichée de petits lapins dont la mère était plus loin en train de brouter des fanes de carottes. Derrière la cabane, au pied de la butte, s'élevait une petite colonne de fumée; la propriétaire de cet étrange établissement devait être là en train de faire sa cuisine. M. Charles.

— Eh bien ! et la porte? cria une voix, vous voulez faire sauver mes élèves ?

— On y va, madame Friol, répondit Billy en riant.

Au même instant, une grande femme sèche, habillée d'un jupon et d'une camisole parut, en traînant des savates, à côjé de la cabane. A la vue des visiteurs, elle mit les deux poings sur les hanches.

— Tiens, c'est vous, ma petite Billy! comment va la petite santé? Bonjour, monsieur, je vous salue.

— Et vous, M me Friol, vous avez l'air de vous porter comme un charme ?

— Oui, mon enfant, je me porte trop bien, même ; c'est pas comme les affaires ! ah, si je n'avais pas mes élèves...

— Nous venons causer un peu, monsieur et moi, reprit Billy.

— Attendez! s'écria madame Friol, je ne vous propose pas d'entrer chez moi, c'est un peu en désordre : vous savez, le matin, le ménage n'est pas fait, nous resterons dans le jardin si vous voulez!

— Comment donc, madame, ne vous gênez pas pour nous...

— Nous sommes des amis, de vieilles connaissances, acheva Billy.

— Ah ! ma petite, vous dites vrai, nous sommes de vieilles connaissances, fit M me Friol en apportant une chaise de paille légèrement dépaillée, une chaise recouverte en vieux velours usé, et un fauteuil décrépit, asseyez-vous, nous serons mieux là... Ah oui ! Billy, nous sommes de vieilles connaissances; vous n'êtes pas comme ma fille, vous, Billy, vous avez bien tourné...

— Comment, Lucie n'est pas bonne pour vous ?

— C'est-à-dire que c'en est honteux ! une fille pour qui j'ai fait tant de sacrifices, à qui j'ai fait donner une belle éducation, et que j'ai toujours aidée de mes conseils, j'ose le dire... et tout ça, pour en arriver là!

— C'est justement d'elle que nous venons vous parler !...

— J'aime mieux que nous parlions d'autre chose I tenez, j'ai plus de satisfaction avec mes lapins qu'avec ma fille, parlons de mes lapins 1

— Non ! fit Cabassol en riant, parlons de M lle Friol tout de même, qu'est-ce que vous avez donc à lui reprocher?

— J'ai à lui reprocher d'avoir mal tourné! Elle s'est fait enlever, monsieur !

— Diable ! s'écria Cabassol aussi contrarié que madame Friol.

— Et elle n'a pas voulu m'emmener! ! !

— Je comprends votre chagrin devant une telle ingratitude, reprit Cabassol, mais donnez-nous des détails ; comment, elle s'est fait enlever?

— Oui, monsieur, et sans me prévenir encore... ah ! Dieu sait que je ne lui ai jamais donné que de bons conseils et que je ne lui ai pas épargné les avertissements et les leçons... j'ai de l'expérience, moi, et je pouvais diriger une jeunesse dans le bon sentier... et lui éviter bien des chagrins, bien des ennuis ! Enfin !... d'ailleurs, je l'ai toujours dit, elle n'avait pas de bons sentiments !

— Vous exagérez sans doute!...

— Non, monsieur ! Figurez-vous que j'avais tout fait pour lui préparer un avenir, elle était aux Folies Musicales, où son directeur qui était bien bon pour elle, lui donnait des petits rôles ; elle avait de belles connaissances, je lui disais toujours : « Ma fille, tu feras ton chemin, mais faut de la conduite. Prends-moi avec toi pour tenir fca maison ! » Mais, flûte! mademoiselle n'aimait pas l'ordre, elle ne m'écoutait pas, et rien ne marchait... Un beau jour monsieur, ce que j'avais prévu est arrivé, elle est partie avec un cabotin ! J'allais la voir de temps en temps, car je me doutais de quelque chose et je lui disais : « Ma fille tu perds ton avenir! Emmène-moi au moins, quand ça n'ira pas, je serai là pour t'aider de mon expérience...

— Est-elle partie loin? demanda Gabassol plein d'inquiétude.

— Chez les sauvages, monsieur, à New-York !

— Sacristi!

Et Cabassol dans un mouvement de contrariété trop brusque, faillit casser un des pieds de son fauteuil.

— En me laissant seule avec mes lapins, mon unique consolation !

— Diable! diable! murmurait Gabassol, voilà encore la trace de Jocko perdue ! Voyons, madame, peut-être pourrez-vous m'éclairer. N'avez-vous pas ouï parler par mademoiselle votre fdle d'un nommé Jocko qu'elle honorait de... son amitié?

— Jocko? fit M me Friol étonnée.

— Oui, un monsieur farceur qui se faisait appeler, ou que l'on appelait ainsi dans l'intimité? Un grand, chauve et barbu?...

— Me souviens pas de ça. 11 y avait un gros fabricant de soieries, retiré des affaires, qui voulait lui faire une situation, à la petite ingrate; il lui avait loué un petit appartement gentil, et il me témoignait beaucoup de considération, quand je venais faire un petit bezigue avec lui chez ma fille.

— Etait-il chauve? Une lionne du Prado de 1850.

— Dame, c'est que j'en ai beaucoup connu des chauves I il me semble que celui-là ramenait légèrement... Mais ma fille n'était pas raisonnable; un soir qu'il l'attendait, elle n'est rentrée que trois jours après ! Puis il y a eu M. Charles, encore un garçon bien gentil, mais il n'était pas majeur et ça n'a pas dure, c'était pas sérieux...

— N'en parlons plus, il n'était pas chauve.

— Non ! après M. Charles, il y a eu de la débine. On a saisi ses meubles, c'était la troisième fois, à vingt-deux ans!... De mon temps, on n'allait pas si vite que ça, mais les jeunesses d'aujourd'hui, voyez-vous, ça n'a pas de sérieux pour deux sous, avant trente cinq ans !... Et alors, il est trop tard. Si de mon temps on avait eu les occasions d'aujourd'hui, je serais millionnaire, oui monsieur! vous ne savez peut-être pas, mais j'ai eu mon temps aussi... Billy, ne vous l'a pas dit?

— Non, madame, Billy ne m'a rien dit.

— Je lui ai pourtant raconté. Moi qui vous parle, monsieur, j'ai été une célébrité, de mon temps, j'étais la lionne du Prado, en 50. Quelques années après,

Pomaré, Maria, Mogador et Clara...

vous savez bien!... Hélas! hélas! la moitié de la magistrature de France et de Navarre, au moins, me disait des douceurs dans ce temps-là... Ils ont fait leur chemin, ils sont maintenant procureurs, notaires, députés ou même sénateurs, et moi, je suis là avec mes lapins ! Pour en revenir à votre Jocko, je ne vois pas...

— Cherchez bien, madame, c'est un motif très grave qui me fait vous le demander...

— Attendez que je me remémore. Aidez-moi, mam'zelle Billy. Quand Lucie est entrée aux Folies, elle avait un journaliste, n'est-ce pas? Oui, même que c'est lui qui l'a fait engager.

— Etait-il chauve?

— Non ! il en avait trop de cheveux !

— Ne parlons pas de lui. Après le journaliste ?

— Je vous ai dit que je n'avais pas la confiance de ma fille. Elle ne me faisait pas de confidences; je cherche parmi les messieurs de cette époque... 11 y a longtemps, vous pensez, ça fait déjà trois ansl... Attendez, il y avait un peintre qu'était chauve. Je lui disais toujours : mauvaise connaissance... ma fille! il te fera poser pour ton portrait et puis voilà toutl... mais...

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