La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Ce n'est pas le tout, reprit Cabassol, mais, de ma campagne contre M. Colbuche, il résulte pour nous quelques légers embarras, M mc Colbuche m'adore! J'avais, vous le voyez, bien mené les choses... elle m'adore! ce ne serait rien si elle n'écrivait pas, mais c'est qu'elle écrit, et beaucoup...
— Comment cela?
— Moncher M e Taparel, tousles matins, j'ai ma lettre, une lettre de quatre ou six pages! des reproches, des protestations... Hélas! nous sommes tombés sur une femme littéraire !
— Diable! diable ! fit M c Taparel en se grattant le menton.
— "Vous savez, reprit notre héros, quelle existence occupée je mène! C'est à peine si j'ai le temps de lire les missives de M me Colbuche, encore moins ai-je le temps d'y répondre... Ces jours-ci, j'ai eu l'occasion de rencontrer plus d'une fois M me Colbuche et j'ai pu la taire patienter au moyen de signes mystérieux, mais elle s'aigrit et j'ai vu, par sa lettre de ce matin,
Aux Buttcs-Chaumont
— huit pages serrées, — que mon silence incompréhensible la jetait dans la désolation...
— Que faire? gémit M e Taparel considérablement ennuyé de faire souffrir une pauvre et innocente dame.
— Dame, cherchez un moyen! c'est votre faute aussi, vous me lancez sur un faux Jocko, toute la responsabilité vous incombe, je vous enverrai les lettres et vous ferez ce que votre cœur vous imposera pour soulager un peu les souffrances morales de cette pauvre dame...
— Vous voulez que je réponde à ses lettres? fit M c Taparel effrayé.
— Je n'ai pas écrit une seule fois, elle ne connaît pas mon écriture... vous pouvez le faire en toute sécurité. Cependant il y a un moyen, vous avez des clercs, faites-les travailler...
— Diable! c'est que c'est une besogne extra-notariale : il n'y a, dans le Formulaire d'actes, rien qui ressemble à des lettres galantes!
— Bah ! ce sont des jeunes gens, ils ont de l'imagination... et puis M. Mira-doux est là pour les guider...
M* Taparel réfléchit pendant quelques minutes, puis il appela Miradoux pour conférer avec lui sur cette délicate affaire.
Miradoux, au commencement, jeta les hauts cris, il trouvait l'étude déjà suffisamment compromise par toutes les négociations nécessitées par les affaires de la succession Badinard, mais il finit bientôt par se laisser convaincre.
— Voilà le paquet de lettres, luiditCabassol, lisez-les et arrangez-vous. Je vous enverrai toutes les autres avec la plus grande régularité.
— Après tout, reprit Miradoux, cela peut encore se faire, et j'entrevois le moyen d'arriver bientôt à retrouver notre tranquillité de ce côté. Voilà mon plan : nous serons brûlants tout d'abord, nous taperons dans les grandes phrases, puis tout doucement, tout doucement, nous mettrons une sourdine, nous deviendrons plus calmes et nous arriverons peu à peu à l'amour le plus platonique.
— Bravo! s'écrie Gabassol, j'approuve complètement votre ligne, monsieur Miradoux, vous êtes un grand homme!
— Voici comment je vais partager la besogne : mon second clerc est un garçon fougueux, je lui confierai les lettres passionnées ; à lui les grands élans, les imprécations, les propositions d'enlèvement ou de suicide à deux! à mon quatrième clerc, jeune homme léger et même un peu skating-rink, reviendra la mission d'écrire des choses spirituelles, pour reposer un peu M me Colbuche des ardeurs romantiques du précédent ; puis, quand nous en arriverons au platonisme, j'utiliserai mon troisième clerc, garçon tranquille et nébuleux ; il a des dispositions pour ça, voilà trois ans qu'il fait la cour à une dame sans se déclarer positivement!
— Très bien !
— Et, pour les cas particuliers, pour les réponses embarrassantes, acheva modestement Miradoux, je serai là et je ferai pour le mieux.
— Ouf! fit Cabassol, voilà un poids de moins sur mon esprit!
Cette question réglée, notre héros serra la main de Miradoux et s'en fut passer la soirée tranquillement avecBézucheux de la Fricottière et ses quatre amis.
La petite ribaude des Folies Musicales fut d'une exactitude remarquable le
lendemain. Cabassol monta en voiture avec elle à neuf heures et donna l'ordre au cocher de se diriger vers les Buttes Chaumont.
— Qu'est-ce qu'elle fait, la mère de Lucie Friol? demanda Cabassol à la petite qui s'appelait Camus de son vrai nom et Billy de son nom de théâtre. — Elle est concierge?
— Non, elle est rentière ! répondit fièrement Billy.
Cabassol et Billy descendirent de voiture à la porte des Buttes Chaumont, et là, Billy chercha à s'orienter. Ce quartier très bizarre et très varié d'aspects, a des coins qui ressemblent à de la vraie campagne et d'autres semblables à
Conférence avec M œe Friol.
d'affreux faubourgs abandonnés ; on y trouve de tout, de longues prairies, avec de la mauvaise herbe et de malheureuses vaches, des ruelles ornées d'antiques réverbères, des places perdues couvertes d'herbe et pareilles à des places de village, des endroits charmants ainsi que des restes des vieilles buttes pelées de Montfaucon, — mamelons tristes et sauvages, sur lesquels paissent des chevaux maigres et des chèvres mélancoliques, — enfin de mornes déserts ressemblant à certains coins désolés de la campagne de Rome. Près de la porte du parc des Buttes Chaumont, s'élèvent des cafés en planches et en treillages, berceaux dépourvus de feuillage, dans lesquels les clients du dimanche et du lundi ont l'air d'êtçe en cage ; puis des tirs, des jeux de macarons et de grandes balançoires dressant leur grand squelette rond.
Billy prit une petite rue, tourna dans une autre, regardant à droite et à gauche pour tâcher de se reconnaître.
— Vous ne trouvez pas ? demanda Gabassol.
— Je cherche, je n'y suis venue qu'une fois avec Friol... attendez, ce doit être là-bas, à celte clôture de planches oui, c'est ça, je reconnais la porte.
Son journaliste.
Elle reconnaissait la porte. Gabassol cherchait vainement une porte dans cette longue palissade formée de pièces et de morceaux, pourris par en bas et écornés par en haut. Il regardait à travers les interstices des planches et ne voyait derrière qu'un grand terrain couvert de hautes herbes.
— Voici la porte, dit Billy, en poussant trois planches reliées par un morceau de bois et retenues à la palissade par des lanières de cuir en guise de gonds ; vous voyez, c'était difficile à trouver, il n'y a pas de numéro...
— Et pas de maison non plus, c'est un terrain vague... Billy se mit à rire.
— Vous ne voyez pas de maison ?
On a saisi les meubles.
— Non, je ne vois que des lapins qui courent dans l'herbe... Ah ça, c'est dans une garenne que vous m'avez amené...
— Entrez toujours, vous allez trouver la maison.
Cabassol et Billy entrèrent, et firent en quelques pas, lever une demi douzaine de lapins qui se sauvèrent dans toutes les directions. Dans le fond du terrain, adossée aune butte couronnée d'un vieux mur ébréché courant en zigzag, Gabassol aperçut ce que Billy appelait la maison, c'est-à-dire une cabane de planches plus ou moins dis-
Un gros fabricant de soieries voulait lui faire une situation...
jointes, couverte d'un toit en morceaux de papier goudronné de différentes provenances, que retenaient des barrés de bois et de grosses pierres. Un trou carré, ouvert sur le côté, servait de fenêtre. On apercevait dans l'intérieur un petit poêle de fonte, dont le tuyau, sortant au-dessus de la fenêtre, supportait du linge et des chiffons fraîchement lavés.