La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
La répétition.
— Bonjour, Griquetta, dit le maestro, comment vas-tu, mon enfant?
— Bonjour, mon gros chien I Bonjour, mon petit docteur ! Dites donc, j'ai ù vous parler, vos auvergnats sont splcndides 1
— Quels auvergnats ?
— Vos douze commissionnaires et leurs vingt-quatre bouquets, parbleu !
— Ah ! vous avez deviné ?
Consultation artistique dans la loge de Criquetta.
— Gomment c'était de lui, les bouquets d'hier ? fit Golbuche.
— Et ceux d'aujourd'hui, mon cher, monsieur a encore fleuri ma loge ! Voyez, je porte à mon corsage un échantillon de son envoi... trop galant !
— Madame, j'avoue tout! au jour de la première de la Petite Favorite, votre loge contiendra trop de bouquets de tous les admirateurs de votre talent et de votre beauté. Je n'ai pas voulu attendre jusque-là, pour ne pas laisser écraser mes modestes fleurs sous l'avalanche de ce grand jour... Pardonnez mon empressement !
— Griquetta! où est Griquetta! cria Roquebal du fond de la scène, elle n'est pas à sa réplique.
— Voilà ! voilà !
L'entretien fut interrompu.
Cliquette et Bédarrou avaient à tenir la scène jusqu'à la fin du premier acte.
— Sapristi 1 fit Bédarrou entre deux tirades, fichtre 1 qu'est-ce que c'est que ii ? je ne le connaissais pas ce bijou? c'est une broche...
— Oui, mon petit, une cigale d'or avec brillants à la clef. Comprends-tu, une cigale? C'est un criquet, comme on dit aux champs ; Criquet, Criquetta, c'est mon emblème, un bijou parlant...
— Je vois bien, c'est d'un Brésilien?
— Mais non, mon petit, c'était avec les bouquets de mes auvergnats. C'est de mon galant docteur 1
— Sapristi ! dis donc, Criquetta, à ta place, je changerais de nom, je m'appellerais Élcphantine ou Hippopotama... Ça serait plus avantageux.
— Pourquoi ça, insolent ?
— Parce que les auvergnats t'apporteraient peut-être ton emblème grandeur naturelle et enrichi de diamants.
Cabassol ayant été présenté au directeur et à tout le personnel des Folies-Musicales, ne manqua plus aucune répétition de la Petite Favorite. Chaque jour il arrivait au théâtre, avec le maestro Colbuche et faisait répéter avec lui les nouveaux morceaux intercalés dans la reprise. Les commissionnaires et leurs bouquets lui avaient valu une popularité immense parmi les artistes femmes, rôles ou choristes, popularité dont il n'abusait point, nous devons le dire.
Toutes ses attentions étaient pour Criquetta, chaque jour il s'ingéniait à la surprendre par une galanterie nouvelle, aussi délicate et aussi inédite que possible, ce qui piquait d'autant plus les camarades de la charmante artiste. Colbuche interrogé sur son compte, avait raconté que ce dentiste galant était un excentrique américain, docteur exerçant en amateur, et quelque peu millionnaire. Aussi, chaque jour, à l'arrivée de Cabassol dans les coulisses des Folies Musicales, notre ami était-il immédiatement entouré par toute la troupe féminine du théâtre.
— Docteur, il faut "que vous me donniez une consultation !
— Docteur I docteur I N'est-ce pas que ma perruque n'est pas dans l'esprit de mon rôle, vous savez, je fais le page du trois, celui qui apporte une guitare au prince...
— Mon petit docteur vous qui êtes bien avec M. Colbuche, tâchez donc qu'il m'ajoute un couplet au finale du deux... je n'ai que six vers à chanter, c'est dégoûtant, on me colle toujours des pannes!
— Docteur, j'ai mal à la tête toutes les après-midi,.. Cabasâol plaisantait tant que l'on voulait, il donnait des consultations à qui lui en demandait, prescrivant même au besoin ce qu'il avait entendu prescrire à ses amis, étudiants en médecine, lorsque des petites dames de Bullier les consultaient sur des indispositions. Puis il allait baiser la main de Griquetta qu'il trouvait en grande conversation dans sa loge avec la costumière, ou o coiffeur, ou le cordonnier, ou même l'armurier, car Griquetta devait, au troisième acte, porter un travesti militaire.
Cabassol, là encore, donnait des consultations, mais des consultations artistiques sur le bon goût de telle ou telle étoffe, sur la couleur des cheveux on sur la hauteur des talons de bottines ; Griquetta légèrement courte de taille, tenait à rehausser sa majesté par quinze centimètres de talons, et le flatteur Cabassol lui donnait toujours raison.
Il n'en était malheureusement pas plus avancé pour cela dans son entreprise galante; Griquetta lui donnait libéralement sa main à baiser, elle lui donnait des tapes sur la joue, et l'appelait avec effusion son petit canard, quand il lui présentait quelque échantillon de bijouterie nouveau ; mais tout s'arrêtait là. — Elle avait refusé jusqu'à ce jour toutes les invitations à souper et ne l'avait pas laissé s'émanciper avec elle ainsi qu'il en avait eu plusieurs fois la velléité.
D'ailleurs, Roquebal veillait, inquiet de la cour assidue de Cabassol auprès de son idole. L'intention de Griquetta n'était pas de désespérer le pauvre Cabassol, mais elle avait des principes et ne voulait pas succomber avant un semblant de défense ! Elle s'admirait elle-même, dans son for intérieur, pour sa belle résistance à cet américain charmant et criblé de dollars, et elle se trouvait parfois bien cruelle de le faire poser si longtemps.
Les répétitions de la Petite Fa m
Criauetta devait porter un travestissement
vonte tiraient à leur fin, on allait militaire.
répéter généralement, en costumes, la pièce et le ballet, quand Griquetta jugea le moment venu de changer de tactique. Cabassol en lui baisant la main s'aperçut Se ses bonnes dispositions à son égard et comprit qu'il allait mener ;i bonne lin la vengeance deBadinard. Roquebal-Jocko allait payer sa dette!
Un scrupule vint alors à notre consciencieux ami ; déjà il avait failli se tromper et porter le poids de sa vengeance sur l'innocent maestro Golbuche. 11 voulut, avant de faire du chagrin à un prévenu,'être au moins certain de sa culpabilité; il résolut de constater tout d'abord, bien et dûment, l'identité de Roquebal 1
À brûle-pourpoint il interrogea Griquetta.
— Divine Griquetta! Roquebal, cet affreux vaudevilliste, n'est pas, je l'espère, pour vous ce qu'il est pour les autres femmes...
— Quoi donc? Qu'est-ce qu'il est pour les autres femmes?
— 11 est l'irrésistible Jocko !
— Vilain jaloux 1 je ne comprends pas.
— Vous ne comprenez pas? Vous connaissez pourtant bien Jocko, le séduisant Jocko!
— Je connais Jocko ou le singe du Brésil.
— Ce n'est pas celui-là, voyons, vous ne connaissez pas de Jocko ?
— Non I je connais beaucoup de singes, mais pas de Jocko.
— Mais alors...
— Mais alors, mon petit Cabassol, que signifie votre agitation? qu'est-ce que vous avez? Et qu'est-ce que ce Jocko, dont vous me parlez avec une si singulière persistance?
— Ce que c'est que ce Jocko!... ce que c'est que ce Jocko !
— Oui?
Cabassol, étourdi par sa découverte, ne répondit pas. Ainsi, cette nouvelle campagne aboutissait à une nouvelle déconvenue; Roquebal lui aussi était innocent, innocent comme Colbuche; il n'avait jamais fait de peine à M. Ba-dinard ! Ce n'était pas lui qui figurait sous le nom de Jocko dans l'album de
L'avertisseur.
M me Badinard. Il se raccrocha encore à un dernier espoir et reprit l'interrogatoire de Criquetta.