L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
Le Gros fulmine, remonté par les rires du public :
— T'as le comparatif qui roule sur la jante, San-A ! Colle moi-z'y seulement préfet de police et tu verras comment que je te la décongestionnerai la circulation ! Primo, je supprime aux bagnoles l'autorisation de rouler dans Paris. Seules y auraient droit ma chignole à moi et celle de mes potes auxquels je ferais un mot de permission. Deuxio, à l'estérieur, on ferait un tirage au sort des plaques minéralogiques, comme pour la Loterie Nationale. Je m'esplique. Le gros lot aurait le droit de rouler toute la semaine, d'un tirage à l'autre. Et les autres une journée ou une heure suivant l'importance du lot. Et ceux qui se finiraient par un seul chiffre gagnant auraient juste la permission d'aller faire de l'essence. Ça me donnerait le temps d'aménager des routes et des parkinges, comprenez-vous ? Dans Pantruche même, c'est pas les endroits qui manquent, mais on n'ose pas. Supposez que l'État rachète les Galeries Lafayette, le Printemps, la Samaritaine, Notre-Dame de Paris, le Grand-Palais, la Chambre des Députés et le Sénat (surtout eux qui ne servent plus à rien), le Louvre et les jardins de l'Elysée… Vous me suivez ? On transforme le tout en garages, ça permet de caser combien de voitures, dites voir un peu un chiffre ? Des dizaines de milliers ! Bon. Après cette première tranche de travaux, je supprime la navigation sur la Seine. Et que fais-je ! Vous voulez le savoir ?
Nous voulons. Alors il expose :
— La Seine, je fais creuser un canal qui irait de Charenton à Asnières pour me débarrasser de sa flotte. Et dans son lit je fais une route qui traverserait Paname d'Est en Ouest ! Large, bordée d'arbres, ce serait l'idéal. Bon, je désinfecte ensuite la ligne de métro Porte de Clignancourt-Porte d'Orléans et je la transforme en tunnel routier.
Il veut nous expliquer sa troisième tranche de projets, mais j'intercepte la communication.
— Catherine de Médicis avait la même façon excessive de régler les gros problèmes puisque, pour régler les différends religieux, elle a fait massacrer les protestants.
— Ben, fallait bien en finir, objecte le Mahousse.
Quelques réformés présents au bal protestent, mais Béru leur assure qu'il partagerait ce même point de vue si au lieu des huguenots elle avait bousillé les catholiques. Selon lui, ce qui importe avant tout, c'est l'ordre. Pour l'assurer, tous les coups bas sont permis.
— Au début de sa régence, exposé-je, la mère Médicis était pleine de bonnes intentions. Elle avait pour la seconder fait appel à Michel de l'Hospital, un homme équilibré et tolérant. Mais deux grandes familles divisaient le pays : les Guise, catholiques exacerbés, et les Bourbon-Vendôme, protestants ardents. Les uns et les autres versaient de l'huile sur le feu. Ce qui explique les embrasements répétés dont notre pauvre pays souffrait. Ça a dû la doper, Catherine. A la fin elle a perdu les pédales…
— Avec un fils comme Henri III, fait le Gros, elle avait pas de mal à les retrouver !
Chacun renchérit, sauf nos Henri III de service qui n'osent plus ramener leurs fraises depuis le dernier éclat du Monstrueux.
— C'est elle, enchaîné-je, qui a monté le bourrichon à son fils Charles IX, pour qu'il appuie sur le bouton de la Saint-Barthélemy. Quand on se met à deux pour commettre une saloperie elle paraît plus légère, du moins sur le moment. Charles IX a dit banco. Le massacre a donc démarré. On s'est d'abord payé l'amiral de Coligny, l'un des chefs huguenots. Puis une frénésie de meurtre s'est emparée des soldats et du peuple de Paris tout entier. Ce genre de fiesta c'est comme le twist : c'est communicatif. Rien qui chavire plus que l'odeur du sang. Au matin on dénombrait deux mille morts !
— Mazette, c'était un petit Hiroshima dans le genre, apprécie Bérurier. Tu parles d'une catacombe !
— Mais le massacre a fait une deux mille unième victime.
— Qui ça ?
— Le roi. Le remords l'a miné, ce pauvre Chariot. Il a essayé de s'étourdir en faisant la java, seulement quand ta conscience n'a pas la blancheur Persil la santé s'en ressent. Deux mille morts à ton palmarès, ça te fait plier les cannes, Gros. Le roi a traînassé quelques années puis il a rejoint son frelot au pays où les couronnes se déguisent en auréoles.
— Tu me fais rigoler avec le remords, fait le Gros qui, précisément, ne rigole pas. Dans c'te famille les joints de culasse résistaient pas, voilà tout ! C'était le docteur Paré qui le soignait aussi, Charles IX ?
— De même qu'il avait soigné son père et son frère !
Le Gros secoue sa belle tête d'intellectuel surmené.
— A ce compte-là ils auraient mieux fait de consulter le guérisseur. La fiente-de-pigeon-à-la-toile-d'araignée, ça vaut peut-être pas les antibiotiques, mais c'est préférable à des coups de bistouri mal placés.
Nous opérons une pause-champagne. Les jeunes commentent les faits historiques qui viennent de leur être rappelés. Le boutonneux qui me réserve un chien de sa chienne essaie de me brûler la fin des Valois en discourant sur Henri III, mais personne ne l'écoute. Faut que ça soit moi qui dise, sinon, ça perd son charme. La même chanson virgulée par Aznavour ou par votre concierge ça fait deux trucs différents, non ? Surtout si votre concierge a une jolie voix, et pourtant c'est la même chanson !
Un vieil Henri IV mité vient me demander discrètement s'il a le temps d'aller aux ouatères avant que ça soit son tour. Je fais une rapide estimation. Henri III mérite qu'on s'étende sur lui, si j'ose dire. Car il a bien marqué son règne le cher mignon.
— Allez, fais-je gravement, mais ne vous éternisez pas, et si vous rencontrez Ravaillac en route, faites semblant de ne pas le reconnaître !
Quelques minutes plus tard, le groupe se reforme comme un essaim d'abeilles sur une branche d'arbre. La comtesse Scatolovitch elle-même établit la comparaison. Elle ajoute de cette belle voix chantante et rocailleuse tout à la fois :
— Et trrrrrès cherrrr hami, c'est vous qui êtes la reine de l'essaim.
Ça fait tordre Béru, cette comparaison.
— Dites, Mèmère, l'interpelle-t-il, c'est pas parce qu'il va nous causer d'Henri III qu'il faut traiter le commissaire de reine. Parce qu'alors, lui, d'ici qu'il ait viré sa cuti de ce côté-là y aura du beaujolais qui défilera à la halle aux vins.
Le petit entracte a permis à tout un chacun, et même aux autres, de recharger ses accus (ou de les décharger suivant les petits besoins de la cause). Aussi sont-ce des visages rayonnants et apaisés qui se tournent vers le soleil[33].
— Or donc, dis-je, ce triste et faiblard Charles IX décède après un règne furtif qui n'aura laissé dans l'histoire que le sombre souvenir d'un massacre qui lui fut escroqué par sa mère. Ses ultimes paroles sont des mots de regret. Au moment de raccrocher la couronne de France au porte-manteau, il est hanté par les victimes de la Saint-Barthélemy. Et pourtant, il continue de vénérer sa mother. Il dit « Ma mère » en mourant. Cette vieille houri de Catherine, vous le pensez, n'hésite pas à exploiter ça pour se recogner la Régence une fois encore.
— C'était une gonzesse dans le genre de Blanche de Castagnette, fait observer le Gros. La gérante intérimaire qui fait des extras pour un oui ou pour un non et qui se goinfre.
— Exactement, approuvé-je.
— Cette tarderie, continue mon camarade, elle n'aurait pas été reine mère, elle faisait fortune dans la vente des tableaux, je parie, italienne comme elle était !
— Possible, Gros.
— En pleine Renaissance, fait l'Énergumène dont l'éducation marche à pas de géant, c'est sûrement le job idéal, une galerie de peinture. Quand t'avais Saint-Raphaël, le Titan, Fra-Diavolo, Léonard de Vincennes, etc., à brader, c'était du gâteau de faire renter l'artiche. Tu cloquais les toiles de peintures de ces messieurs aux rois et aux papes sans te faire de mousse. C'est de la clientèle huppée, et qui lésine pas sur le prix vu que c'est le contribuable qui douille ! De nos jours, c'est sûrement plus duraille, quoi qu'on en dise. D'abord t'es obligé de dénicher des peintres et de faire croire au public qu'ils sont génitifs. Et puis faut se défendre contre les copieurs. Picasso, c'est pas dur à reproduire, mais essaie de te refarcir la Joconde pour voir ! Tu peux user ta boîte d'aquarelle, Mec, et te dévitaminer le système nerveux avant d'obtenir un résultat !
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Ne jamais laisser passer une comparaison conventionnelle, même si votre modestie doit en souffrir. Quand on fait dans le pompier (comme dirait une péripatéticienne de mes relations) le lecteur se sent « comme chez soi ».