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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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Je pris une longue inspiration, respirant d’une manière saccadée. Je suis à peu près certain que nous n’éprouvions pas le même sentiment, mais j’avais envie de m’accroupir au centre de la pièce à côté d’Angel-aucun-rapport. Il fallait que je retrouve mes facultés mentales, et le sol semblait l’endroit idéal pour commencer. Mais je m’aperçus que je m’approchais lentement de l’autel, tiré vers l’avant comme si je me tenais sur des rails bien huilés. Je ne pouvais ni m’arrêter, ni ralentir, ni rien faire d’autre qu’avancer. Je ne pouvais que regarder, m’extasier, et me concentrer pour bien faire rentrer l’air dans mes poumons puis l’expulser correctement. Et je me rendis compte peu à peu que je n’étais pas le seul qui n’arrivait pas à croire ce qu’il voyait.

Dans le cadre de mon métier – sans parler de mon hobby –, je m’étais trouvé sur les lieux de centaines de meurtres, dont certains étaient si horribles et révoltants que même moi j’avais été choqué. Et pour chacun de ces meurtres l’équipe de Metro-Dade s’était activée et avait fait son travail d’une manière décontractée et professionnelle. Chaque fois, il y avait eu des gens qui sirotaient leur café tranquillement, d’autres qui mangeaient des pasteles ou des doughnuts ; il y avait toujours eu quelqu’un pour discuter ou plaisanter tout en épongeant le sang. Sur chaque scène de crime, j’avais toujours vu des gens si peu impressionnés par le carnage qu’ils auraient pu tout aussi bien se trouver à une kermesse organisée par leur paroisse.

Jusqu’à aujourd’hui.

Cette fois, la vaste salle en béton brut était anormalement silencieuse. Les policiers et les techniciens se tenaient par petits groupes de deux ou de trois, comme s’ils avaient peur de rester seuls, et regardaient simplement ce qui était exposé à l’autre bout de la pièce. Si quelqu’un avait le malheur de faire un léger bruit, tout le monde sursautait et fusillait l’importun du regard. C’était un spectacle d’une étrangeté si profondément comique que j’aurais éclaté de rire si je n’avais pas été moi aussi absorbé par la scène, comme tous les abrutis.

En étais-je l’auteur ?

C’était magnifique, quoique d’une façon horrible, bien sûr. Mais la disposition était parfaite, fascinante, superbement exsangue. Cela témoignait d’un grand esprit et d’un merveilleux sens de la composition. Quelqu’un s’était donné beaucoup de mal pour transformer ce tableau en une véritable œuvre d’art. Quelqu’un qui avait du style, du talent et une conception du divertissement un peu morbide. De ma vie, je n’avais connu qu’une seule personne qui combinait ces particularités.

Pouvait-il donc s’agir de Dexter le dormeur détraqué ?

CHAPITRE XX

Je me tenais aussi près que possible du tableau sans pour autant le toucher, me contentant de regarder. On n’avait pas encore cherché d’éventuelles empreintes sur le petit autel ; rien n’avait été bougé, mais je me doutais que des photos avaient déjà été prises. Oh, comme j’aurais voulu pouvoir rapporter chez moi une de ces photos ! En format poster et en couleur, s’il vous plaît, couleur livide. Si c’était moi l’auteur, j’étais un bien meilleur artiste que je ne l’avais jamais soupçonné. Même à cette distance, les têtes semblaient flotter dans l’espace, suspendues au-dessus de la terre mortelle dans une parodie de paradis éternel et exsangue, littéralement disjointes de leurs corps…

Leurs corps… Je jetai un coup d’œil autour de moi. Je ne les voyais nulle part ; aucune trace des paquets soigneusement emballés. Il n’y avait que la pyramide des têtes.

Je restai absorbé. Au bout d’un moment, Vince Masuoka sembla s’approcher au ralenti, la bouche ouverte, la figure pâle.

« Dexter », dit-il.

Et il secoua la tête.

« Salut, Vince », dis-je. Il secoua la tête de nouveau. « Où sont les corps ? »

Il resta là, les yeux rivés devant lui, sans répondre. Puis il me regarda avec un air d’innocence perdue.

« Ailleurs », répondit-il.

On entendit une cavalcade dans l’escalier et le charme fut rompu. Je m’éloignai de la scène tandis que LaGuerta faisait son entrée, accompagnée d’un petit groupe de journalistes triés sur le volet : Nick Machinchose et Rick Sangre, de la chaîne de télévision locale, et Eric le Viking, un chroniqueur de presse un peu singulier mais respecté. Pendant quelques instants l’animation fut à son comble dans la pièce. Nick et Eric avisèrent la scène et se précipitèrent aussitôt vers l’escalier, les mains sur la bouche. Rick Sangre fronça ostensiblement les sourcils, examina l’éclairage, puis se tourna vers LaGuerta.

« Est-ce qu’il y a une prise de courant quelque part ? Il faut que je fasse venir mon caméraman », dit-il.

LaGuerta secoua la tête.

« Attendez les autres, dit-elle.

— Il me faut des images », insista Rick Sangre.

Le brigadier Doakes apparut derrière lui. Le reporter se retourna.

« Pas de caméra », dit Doakes.

Sangre ouvrit la bouche, observa un instant Doakes, puis referma la bouche. Une fois de plus, les qualités indéfectibles du bon brigadier étaient mises en évidence. Il s’éloigna et alla se poster auprès des morceaux de cadavres exposés, comme s’il s’agissait d’une expérience scientifique présentée lors d’un salon et qu’il en fût le dépositaire.

Un bruit de toux forcée nous parvint depuis la porte ; Nick Machinchose et Eric le Viking réapparurent en haut des escaliers, la démarche lente et traînante, tels deux vieillards. Eric s’obligeait à ne pas regarder l’affreux spectacle ; Nick essayait de ne pas regarder, mais sa tête ne cessait de se tourner de ce côté-là, et il devait la ramener brusquement chaque fois pour faire face à LaGuerta.

Celle-ci commença à parler. Je m’approchai afin de pouvoir l’entendre.

« Je vous ai demandé de venir voir cette scène avant que nous autorisions une présence médiatique officielle… expliqua-t-elle.

— Mais on peut traiter l’affaire de manière officieuse ? » l’interrompit Rick Sangre.

LaGuerta ne releva pas.

« On ne veut pas que les médias commencent à échafauder des théories fumeuses sur cette affaire, poursuivit-elle. Comme vous pouvez le constater, il s’agit d’un crime vicieux et bizarre… » Elle marqua une pause, puis dit avec une extrême prudence : « Qui Ne Ressemble En Rien À Ce Que Nous Avons Pu Voir Avant. »

On pouvait presque l’entendre parler en majuscules.

Nick Machinchose laissa échapper un « Ah ? » et eut l’air pensif. Eric le Viking saisit immédiatement.

« Oh oh ! Attendez une minute, lança-t-il. Vous êtes en train de dire qu’il s’agit d’un nouveau tueur ? D’une série de meurtres entièrement différente ? »

LaGuerta lui adressa un regard lourd de sens.

« Bien sûr, il est trop tôt pour affirmer quoi que ce soit, dit-elle, très affirmative pourtant, mais il faut rester logique, n’est-ce pas ? Primo », elle leva un doigt en l’air, « on a un type qui a avoué les autres trucs. Il est en prison et on ne l’a pas libéré cette nuit pour qu’il fasse tout ça. Ensuite, ce cas ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir avant. Cette fois, elles sont trois et elles sont disposées bien joliment. Vous me suivez ? »

Grâce à Dieu, elle avait remarqué…

« Pourquoi je ne peux pas faire venir mon caméraman ? demanda Rick Sangre.

— N’y avait-il pas un miroir aussi pour l’un des autres meurtres ? s’enquit faiblement Eric le Viking, s’efforçant à tout prix de ne pas regarder.

— Avez-vous identifié les, euh… ? » demanda Nick Machinchose. Sa tête commença à se tourner vers le fond de la pièce mais il se reprit à temps. « Est-ce que les victimes sont des prostituées, inspecteur ?

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