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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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Non, bien sûr que non. Ça ne signifiait rien de tel. Alors… qu’est-ce que ça pouvait bien signifier ?

J’étais parti du principe que je devenais tout simplement cinglé, que je perdais la boule petit à petit. Très rassurant… Mais si j’étais prêt à admettre cette possibilité, pourquoi ne pas accepter l’idée que j’avais commis quelques frasques fort plaisantes dont je ne me souvenais pas, excepté sous l’aspect de rêves fragmentés ? La folie était-elle vraiment plus facile à admettre que l’inconscience ? Après tout, ce n’était qu’une forme exagérée de somnambulisme. Le « somnanmeurtre ». Probablement très courant. Pourquoi pas ? Je cédais déjà à intervalles réguliers la place du conducteur de ma conscience chaque fois que le Passager Noir partait en virée. Ce n’était pas si extravagant de croire que la même situation se reproduisait, mais sous une forme légèrement différente : désormais le Passager Noir empruntait ma voiture pendant que je dormais.

Quelle autre explication trouver ? Mon corps astral prenait peut-être le relais durant mon sommeil et réglait ses vibrations sur l’aura du tueur, en raison de nos liens dans une vie passée. Oui, bien sûr… J’aurais pu y croire si j’avais vécu en Californie. Mais à Miami, c’était plus difficile. Et donc, si arrivant sur les lieux j’y trouvais trois corps disposés d’une façon qui m’était vaguement familière, il me faudrait sérieusement me demander si je n’étais pas l’auteur du message. Cette possibilité n’était-elle pas plus convaincante que l’idée d’une espèce de télépathie inconsciente ?

J’étais parvenu au pied de l’escalier extérieur du bâtiment. Je m’arrêtai là un instant et fermai les yeux, prenant appui contre le mur en béton brut. La paroi était un peu plus fraîche que l’air, et rêche au toucher. J’y écrasai ma joue, avec une sensation de plaisir et de douleur mélangés. J’avais beau désirer très fort monter voir ce qu’il y avait à voir, je voulais tout autant ne pas y aller. Parle-moi, murmurai-je à mon Passager Noir. Dis-moi ce que tu as fait.

Mais naturellement aucune réponse ne vint, hormis le lointain petit ricanement habituel. Qui ne m’était d’aucun secours. Je me sentais nauséeux, pris de légers vertiges, incertain, et ça ne me plaisait pas du tout d’être ainsi soudain sujet aux émotions. Je pris trois longues respirations, me redressai puis ouvris les yeux.

Le brigadier Doakes me scrutait à un mètre de distance, le pied posé sur la première marche de l’escalier. Son visage était figé en un masque noir plein d’une hostilité curieuse, pareil à un rottweiler qui veut vous arracher un bras mais aimerait bien savoir d’abord quel goût vous avez. Et il y avait une expression au fond de son regard que je n’avais jamais vue chez personne, si ce n’est dans mon miroir. C’était comme un vide profond et permanent né du spectacle de la comédie humaine dans toute sa splendeur…

« À qui tu parles ? me demanda-t-il, découvrant des dents luisantes et avides. Ya quelqu’un d’autre là-dedans avec toi ? »

Ces mots et l’air entendu qu’il eut en les prononçant m’atteignirent en plein ventre, me tordant l’estomac. Pourquoi choisir ces mots ? Que voulait-il dire par « là-dedans avec toi » ? Se pouvait-il qu’il connaisse l’existence du Passager Noir ? Impossible ! À moins que…

Doakes savait ce que j’étais vraiment.

Exactement comme j’avais su pour la Dernière Infirmière.

La Chose enfouie à l’intérieur se manifeste à grands cris lorsqu’elle reconnaît ses semblables. Le brigadier Doakes avait-il son propre Passager ? Comment était-ce possible ? Un brigadier homicide, un prédateur à la Dexter ? Inconcevable. Mais comment l’expliquer autrement ? J’étais interloqué, et pendant d’interminables secondes je restai là à le fixer. Il soutint mon regard.

Au bout d’un moment il secoua la tête, sans me quitter des yeux.

« Un de ces jours, dit-il. Toi et moi…

— La prochaine fois, c’est promis, lui dis-je avec toute la bonne humeur dont j’étais capable. En attendant, si vous permettez… »

Il restait là sans bouger, bloquant la cage d’escalier, le regard rivé sur moi. Mais il finit par hocher légèrement la tête et se rangea sur le côté.

« Un de ces jours… » répéta-t-il tandis que je le contournais et commençais à monter.

Le choc de cette rencontre m’avait instantanément tiré de mon petit délire paranoïaque. Bien sûr que je ne commettais pas des meurtres inconscients. Hormis l’absurdité même de l’hypothèse, c’eût été un gâchis impensable de commettre de tels actes sans pouvoir s’en souvenir ensuite. Il devait y avoir une autre explication, froide et simple. De toute façon, je n’étais pas le seul dans mon entourage, apparemment, à être doté d’une créativité débridée. N’oubliez pas que je vivais à Miami, entouré de créatures dangereuses comme le brigadier Doakes.

Je grimpai rapidement les escaliers, sentant une décharge d’adrénaline me parcourir, redevenu moi-même, pour ainsi dire. Mon pas était leste et souple, en partie peut-être parce que je fuyais le bon brigadier. Mais, en réalité, j’étais impatient à présent de voir ce dernier outrage à la moralité publique. Par simple curiosité, rien de plus. Je n’allais pas, bien sûr, trouver mes propres empreintes sur les lieux.

Je montai jusqu’au deuxième. Certaines cloisons étaient déjà en place, mais l’essentiel de l’étage était encore dépourvu de murs. Alors que je débouchais sur le palier et pénétrais dans l’espace ouvert devant moi, je vis Angel-aucun-rapport accroupi au centre de la pièce, immobile. Ses coudes étaient plantés sur ses genoux, ses mains soutenaient sa tête, et il regardait droit devant lui. Je m’arrêtai, stupéfait. C’était une des choses les plus surprenantes que j’aie jamais vues : un technicien de la brigade criminelle de Miami cloué sur place par ce qu’il avait trouvé sur la scène d’un crime.

Et ce qu’il avait trouvé était encore plus intéressant.

Une scène digne du plus sombre des mélodrames : un vaudeville pour les vampires. Exactement comme sur le chantier où j’avais tué Jaworski, il y avait une pile de placoplâtre enveloppé de film plastique. Elle avait été poussée contre un mur et était inondée de lumière, celle que diffusaient les lampes du chantier ainsi que quelques autres installées par l’équipe de police.

Par-dessus le placoplâtre, rehaussé comme un autel, se trouvait un établi noir portatif. Il avait été scrupuleusement centré pour que la lumière vienne l’éclairer comme il faut, ou plutôt pour qu’elle éclaire comme il faut ce qui avait été disposé sur l’établi.

Et, bien sûr, il s’agissait d’une tête de femme. Sa bouche enserrait le rétroviseur d’une voiture ou d’une camionnette, ce qui étirait le visage dans une expression de surprise presque comique.

Au-dessus à gauche se trouvait une deuxième tête. Le corps d’une poupée Barbie avait été placé sous son menton, donnant ainsi l’impression d’une énorme tête accolée à un corps minuscule.

À droite, on apercevait la troisième tête. Elle avait été fixée sur un morceau de placoplâtre, les oreilles soigneusement clouées au moyen de vis spéciales. Pas la moindre flaque de sang ne venait gâcher l’œuvre exposée. Les trois têtes étaient exsangues.

Un miroir, une Barbie et du placoplâtre.

Trois victimes.

Parfaitement sèches.

Bonjour, Dexter.

Il n’y avait pas le moindre doute. La Barbie était une allusion très claire à celle que j’avais retrouvée dans mon congélateur. Le miroir se référait à la tête lancée sur la voie surélevée, et le placoplâtre à Jaworski. Ou bien le tueur savait tout ce qui se passait dans ma tête, au point qu’il aurait presque pu être moi, ou bien il était vraiment moi.

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