Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Et donc, au cours de l’après-midi, je rendis visite à l’éminente inspecteur, dont le bureau n’était autre qu’un charmant petit box situé dans une vaste pièce découpée en une demi-douzaine de box identiques. Le sien, bien sûr, était le plus élégant ; plusieurs photographies d’elle-même aux côtés de grandes célébrités étaient accrochées sur le tissu des cloisons. Je reconnus Gloria Estefán, Madonna et Jorge Mas Canosa. J’aperçus sur le bureau, près d’un registre couleur de jade à la reliure de cuir, un élégant porte-plume en onyx vert et une pendule à quartz.
LaGuerta était au téléphone et parlait dans son espagnol de mitraille lorsque je m’approchai. Elle me regarda sans me voir puis détourna les yeux. Mais au bout de quelques secondes son regard revint sur moi. Cette fois elle me regarda avec attention, fronça les sourcils et dit : « OK, OK ‘ta luo », ce qui est la version cubaine de hasta luego. Elle raccrocha et continua à me scruter.
« Vous avez quelque chose pour moi ? finit-elle par dire.
— De bonnes nouvelles, lui annonçai-je.
— Tant mieux, j’en ai bien besoin. »
J’attrapai une chaise pliante avec le pied et la tirai jusque dans son bureau.
« Il n’y a pas le moindre doute, commençai-je tout en m’asseyant, vous avez arrêté le bon type. Le meurtre d’Old Cutler Road a été commis par quelqu’un d’autre. »
Elle me regarda un moment sans rien dire. J’étais curieux de savoir si elle avait besoin de tout ce temps pour enregistrer l’information et répondre.
« Vous avez des arguments ? me demanda-t-elle enfin. Et des solides ? »
Bien sûr que j’en avais, des arguments personnels même, mais je n’allais pas les lui donner, même si la confession est censée soulager la conscience. Je me lançai plutôt dans une longue démonstration.
« Les faits parlent d’eux-mêmes. C’est on ne peut plus clair. » Et, pour sûr, c’était clair comme de l’eau de roche, mais j’étais le seul à vraiment le savoir. « Regardez… lui dis-je en lui présentant une feuille sur laquelle j’avais tapé une liste de points soigneusement sélectionnés. Premièrement, la victime est un homme. Toutes les autres étaient des femmes. La victime a été trouvée près d’Old Cutler. Celles de McHale étaient aux abords de Tamiami Trail. Le corps de la victime était relativement intact et a été retrouvé à l’endroit même du meurtre. Celles de McHale étaient découpées en morceaux et avaient été déposées dans un lieu différent. »
Je poursuivis ; elle écouta attentivement. C’était une excellente liste. J’y avais passé plusieurs heures, cherchant les comparaisons les plus bêtes, les plus évidentes, d’une transparence ridicule, et j’avoue que j’étais content du résultat. LaGuerta joua elle aussi son rôle à merveille. Elle goba tout. Bien sûr, c’était exactement ce qu’elle voulait entendre.
« En bref, dis-je, ce nouveau meurtre m’a tout l’air d’être un règlement de comptes, probablement en rapport avec la drogue. Le type qui est en prison a bel et bien commis les autres meurtres, et cette affaire est absolument, irrévocablement terminée. Affaire classée. »
Je lui tendis ma liste.
Elle la prit et la regarda un long moment. Elle fronça les sourcils. Ses yeux parcoururent la page plusieurs fois. Le coin de sa lèvre inférieure tressaillit. Puis elle posa soigneusement la feuille sur son bureau sous une grosse agrafeuse vert de jade.
« OK, dit-elle, déplaçant l’agrafeuse pour qu’elle soit parfaitement alignée avec le bord du registre. OK C’est pas mal. Ça devrait m’aider. » Elle me regarda, les sourcils toujours froncés sous l’effort de la concentration, puis soudain elle me sourit. « OK. Merci, Dexter. »
C’était un sourire tellement inattendu et sincère que si j’avais eu une âme je me serais senti fort coupable, c’est certain.
Elle se leva, le sourire toujours aux lèvres, et avant que je puisse battre en retraite elle avait jeté ses bras autour de mon cou.
« C’est très aimable à vous, dit-elle. Je vous suis TRÈS reconnaissante. »
Et elle frotta son corps contre le mien d’une façon plus que suggestive. Elle ne pouvait tout de même pas vouloir… Enfin quoi, imaginez un peu ! Cette femme qui défendait la moralité publique, juste là, en public… Cela dit, même dans l’intimité d’une chambre forte au fin fond d’une banque je n’aurais pas apprécié qu’elle se frotte à moi. Sans compter que je venais délibérément de lui donner les moyens de creuser sa propre tombe, ce qui ne semblait pas exactement le genre de chose qu’on célèbre en… Non mais vraiment ! Le monde entier était-il devenu fou ? Que se passait-il avec les humains ? Ne pensaient-ils tous vraiment qu’à ça ?
Me sentant au bord de la panique, j’essayai de me libérer de son étreinte.
« S’il vous plaît, inspecteur…
— Appelez-moi Migdia », dit-elle en se cramponnant et se frottant encore davantage.
Elle avança la main vers le devant de mon pantalon et je fis un bond. Si l’effet positif de ma réaction fut d’éloigner l’inspecteur lascive, l’effet négatif fut qu’elle en perdit l’équilibre, heurta le bureau avec sa hanche puis trébucha sur sa chaise avant de s’étaler de tout son long par terre.
« Je, euh… Il faut vraiment que je retourne travailler, bredouillai-je. J’ai un truc important… »
Mais le plus important pour moi était de me sauver de là le plus vite possible ; je sortis donc du box, son regard rivé sur moi.
Ça n’avait pas l’air d’être un regard particulièrement amical.
CHAPITRE XIX
Je me réveillai debout devant le lavabo avec l’eau qui coulait. J’eus un moment de panique totale, le sentiment d’être complètement désorienté ; mon cœur cognait à toute vitesse tandis que mes paupières encore collées essayaient de cligner pour ajuster ma vision. Le lieu clochait. Le lavabo n’était pas comme il devait être. Je n’étais même pas sûr de savoir qui j’étais. Dans mon rêve, je m’étais retrouvé debout devant mon lavabo avec l’eau qui coulait, mais c’était un autre lavabo. J’avais été occupé à me laver les mains, frottant fort avec le savon, cherchant à débarrasser ma peau de la plus infime particule de cet horrible sang rouge, et je rinçais avec une eau si chaude que ma peau en devenait toute rose, comme neuve, aseptisée. Et la chaleur de l’eau mordait davantage encore après la fraîcheur de la pièce que je venais de quitter : la salle de jeux, la pièce des meurtres, la pièce des incisions sèches et nettes.
Je fermai le robinet et restai là un moment, à vaciller contre le rebord froid de la vasque. Cela avait semblé si réel, si différent des rêves que je connaissais. Et je revoyais la pièce avec une telle clarté. Il me suffisait de fermer les yeux pour la voir.
Je me tiens au-dessus de la femme, je la regarde se tendre et se courber sous le ruban adhésif qui la retient, je vois l’effroi terrible grandir dans ses yeux ternes et se muer en impuissance, et je sens l’immense vague d’extase enfler en moi et jaillir dans mon bras jusque dans le couteau. Et alors que je soulève le couteau pour commencer…
… mais ce n’est pas le commencement. Car sous la table il y en a une autre, déjà sèche et soigneusement emballée. Et tout au bout de la pièce il y en a encore une qui attend son tour avec une terreur désespérée comme je n’en ai jamais vu auparavant malgré le côté désormais familier et nécessaire, et cette libération inévitable est si complète qu’elle m’envahit d’une énergie propre et pure plus enivrante que…
Trois.
Il y en a trois, cette fois.