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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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Naturellement, dans le même temps, je devais donner les moyens à l’exaspérante LaGuerta de creuser sa propre tombe. Ce qui pouvait aussi, d’ailleurs, par ricochet, me rendre un grand service. Mise au pied du mur, ridiculisée, l’inspecteur essaierait bien entendu de rejeter la responsabilité sur l’imbécile de technicien qui lui avait donné des renseignements erronés : ce débile de Dexter. Et ma réputation pourrait tranquillement sombrer à nouveau dans la médiocrité. Bien sûr, mon poste ne serait pas compromis, étant donné que j’étais censé analyser des taches de sang et non fournir des conseils de profiler. Et ainsi LaGuerta passerait vraiment pour l’idiote qu’elle était tandis que Deborah n’en serait que plus valorisée.

C’était formidable quand tout s’arrangeait aussi bien. J’appelai Deborah.

Je la retrouvai le lendemain à 13 h 30 dans un petit restaurant situé à quelques rues au nord de l’aéroport au fond d’une galerie commerçante, coincé entre un magasin de pièces de voiture et la boutique d’un armurier. C’était un endroit que nous connaissions bien tous les deux ; ce n’était pas très loin des bureaux de Metro-Dade et on y mangeait les meilleurs sandwichs cubains au monde. Ça paraît un peu bête, peut-être, mais je vous assure qu’il y a des jours où seul un medianoche peut faire l’affaire, et en de telles occasions le café Relampago est un lieu incontournable. Les Morgan le fréquentaient depuis 1974.

Quoi qu’il en soit, j’estimais qu’un petit plaisir s’imposait – peut-être pas une célébration à proprement parler, mais du moins la reconnaissance de la bonne tournure qu’avaient l’air de vouloir prendre les événements. Peut-être devais-je cette humeur si joyeuse à ma petite séance de défoulement avec mon camarade Jaworski l’avant-veille ; j’étais en tout cas inexplicablement gai. Je commandai même un batido de mamé, un milk-shake cubain au parfum unique qui évoque un mélange de pastèque, de pêche et de mangue.

Deb, bien entendu, était incapable de partager mon humeur irrationnelle. On aurait dit à la voir qu’elle essayait d’imiter l’expression morne et butée de certains gros poissons.

« S’il te plaît, Deborah, la suppliai-je. Si tu continues, ton visage va rester coincé comme ça. Les gens vont te prendre pour un mérou.

— C’est sûr qu’ils vont pas me prendre pour un flic, dit-elle. Parce que j’aurai bientôt quitté les rangs.

— Ne dis pas de bêtises. Ne t’ai-je rien promis ?

— Ouais. Tu m’as aussi promis que tout s’arrangerait. Mais tu ne m’avais pas dit comment me regarderait le commissaire Matthews.

— Oh, Deb ! dis-je. Il t’a regardée ? Je suis vraiment désolé.

— Va te faire foutre, Dexter ! Tu n’y étais pas, et puis ce n’est pas ta vie qui est en train de se casser la gueule.

— Je t’avais dit que ce serait un peu rude pendant quelque temps, Deb.

— Eh bien, pour ça t’avais raison. D’après Matthews, je pourrais facilement être suspendue.

— Mais il t’a donné la permission de mettre à profit ton temps libre pour étudier cette affaire d’un peu plus près ? »

Elle émit un grognement.

« Il a dit : “Je ne peux pas vous en empêcher, Morgan. Mais je suis très déçu. Et je me demande ce qu’aurait dit votre père.”

— Est-ce que tu lui as répondu : « Mon père n’aurait jamais clos l’enquête avec un faux coupable en prison » ? »

Elle eut l’air surprise.

« Non, dit-elle. Mais c’est ce que je pensais. Comment tu as deviné ?

— Mais tu ne l’as pas dit, n’est-ce pas, Deborah ?

— Non. »

Je poussai son verre vers elle.

« Bois un peu de mamé, frangine. La situation s’améliore. » Elle me regarda.

« Tu es sûr que tu ne me mènes pas en bateau ?

— Jamais de la vie. Comment le pourrais-je ?

— Le plus facilement du monde.

— Sincèrement, Deb, il faut que tu me fasses confiance. » Elle soutint mon regard quelques secondes puis baissa les yeux. Elle n’avait toujours pas touché à sa boisson, ce qui était vraiment dommage : elle était excellente.

« Je te fais confiance. Mais, très honnêtement, je me demande bien pourquoi. » Elle leva les yeux vers moi ; une drôle d’expression altérait légèrement ses traits. « Et parfois je me dis vraiment que je ne devrais pas, Dexter. »

Je lui fis mon beau sourire de grand frère rassurant.

« Dans deux ou trois jours, il va y avoir du nouveau, je te le promets, Deb.

— Tu ne peux pas savoir, dit-elle.

— Je sais que je ne peux pas. Mais je le sais. Avec certitude.

— Comment ça se fait alors que tu aies l’air aussi réjoui ? »

J’avais envie de lui dire : Parce que rien qu’à l’idée je me réjouis déjà. La pensée de voir encore une de ces merveilles exsangues m’enchante comme rien d’autre… Mais naturellement, ce n’était pas un sentiment que Deb pouvait comprendre, et je me gardai donc de le partager avec elle.

« Je me réjouis pour toi, bien sûr.

— C’est vrai, j’avais oublié », grogna-t-elle.

Mais au moins elle prit enfin une gorgée de son milk-shake.

« Écoute : soit LaGuerta a raison…

— Ce qui veut dire que je suis morte et foutue.

— … soit LaGuerta a tort, et, dans ce cas, tu es vivante et indemne. Tu me suis jusqu’ici, frangine ?

— Mmm, fit-elle, particulièrement grincheuse malgré les trésors de patience que je déployais.

— Si tu avais à parier, est-ce que tu parierais que LaGuerta voit juste ? De manière générale ?

— En matière de mode, oui, répondit-elle. Elle s’habille vraiment bien. »

Les sandwichs arrivèrent. Le serveur, l’air revêche, les déposa sans un mot au centre de la table et fila derechef derrière son comptoir. Ils étaient très bons. Je ne sais pas ce qui les rendait meilleurs que les autres medianoches en ville, mais ils étaient vraiment incomparables : le pain était croustillant sur le dessus, moelleux à l’intérieur, le porc et les pickles s’équilibraient parfaitement, le fromage fondait à merveille… Un pur délice ! Je pris une grosse bouchée du mien. Deborah jouait avec la paille de son verre.

J’avalai.

« Deb, si ma logique implacable n’arrive pas à te dérider, pas plus qu’un sandwich du Relampago, alors c’est trop tard. Tu es déjà morte. »

Elle me regarda de son air de mérou, puis mordit dans son sandwich.

« Il est très bon, dit-elle sans la moindre expression. Tu vois, je me déride. »

La pauvre n’était visiblement pas convaincue, et mon ego en prenait un sacré coup. Après tout, je venais de la régaler de l’un des mets traditionnels de la famille Morgan. Et je lui avais apporté d’excellentes nouvelles, même si elle en doutait encore. Si tout ça n’avait pas réussi à lui redonner le sourire… que voulez-vous, je ne pouvais pas non plus faire des miracles.

Une chose que je pouvais faire, en revanche, c’était soigner également LaGuerta : ce que j’allais lui servir serait un peu moins appétissant que les sandwichs du Relampago, mais tout aussi savoureux.

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