Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Je ne sais pas ce qui me surprit le plus : sa lucidité, son geste, ou le fait qu’elle emploie ce surnom. Je ne l’avais plus entendue m’appeler ainsi depuis mes dix ans. Qu’elle en ait eu ou non l’intention, en m’appelant Dexy elle nous replaçait d’emblée dans l’univers de Harry, un monde où la famille comptait et où les obligations étaient aussi réelles que les prostituées décapitées. Que pouvais-je dire ?
« Bien sûr, Deborah », répondis-je.
Dexy… C’en était presque assez pour faire naître en moi des émotions.
« Parfait », dit-elle. Elle retrouva un ton très professionnel – un revirement incroyablement rapide qui m’époustoufla. « Bon, qu’est-ce qui est le plus urgent pour l’instant ? demanda-t-elle avec un signe de tête vers le deuxième étage.
— Trouver les corps, dis-je. D’après ce que tu as pu comprendre, y a-t-il quelqu’un qui les cherche ? »
J’eus droit à un de ses nouveaux regards de Flic Chevronné, plein d’amertume.
« D’après ce que j’ai compris, tous les policiers sont chargés d’empêcher les caméras d’approcher, et non d’enquêter sur cette affaire.
— Très bien, dis-je. Si on arrive à trouver les corps, on aura peut-être une petite longueur d’avance.
— D’accord. Où est-ce qu’on cherche ? »
C’était une excellente question, sur laquelle, naturellement, je coinçais. J’ignorais absolument où il fallait chercher. Les membres avaient-ils été laissés dans la pièce des meurtres ? J’en doutais ; ça faisait un peu désordre, et si le tueur voulait à nouveau utiliser cette pièce, ce serait impossible avec tout ce fatras dégoûtant.
Bon. Il fallait donc partir du principe que le reste des carcasses avait été déposé ailleurs. Mais où ?
Ou alors… J’y pensai tout à coup, la véritable question était peut-être : pourquoi ? L’exposition des têtes obéissait à un motif précis. Quelle raison pouvait avoir le tueur de placer les corps ailleurs ? Simple dissimulation ? Non. Rien n’était jamais simple avec lui, et de toute évidence la dissimulation n’était pas son souci majeur. Surtout à ce moment, alors qu’il cherchait à en mettre plein la vue. Dans ce cas, où voudrait-il laisser son tas de morceaux de corps ?
« Alors ? m’interrogea Deborah. Qu’est-ce que tu en penses ? Où est-ce qu’on doit chercher ? »
Je secouai la tête.
« Je ne sais pas, dis-je lentement. L’endroit où il a laissé le reste fait partie du message qu’il nous adresse, ça c’est sûr. Mais on ne sait pas encore quel est vraiment son message, si ?
— Bon sang, Dexter !…
— Je sais qu’il veut nous mettre le nez dessus. Il cherche à nous dire qu’on a fait une énorme connerie et que, de toute façon, il est plus malin que nous.
— Jusqu’à présent il n’a pas tort, dit-elle, retrouvant son expression de mérou.
— Donc… l’endroit qu’il a choisi doit enfoncer le clou. Prouver qu’on est vraiment stupides… Non, je me trompe : qu’on a fait quelque chose de stupide.
— Exact. C’est une différence très importante.
— Je t’en prie, Deb, tu vas t’abîmer le visage à force. C’est important, parce qu’il va se prononcer sur l’acte et non sur les acteurs.
— Mmm mmm… C’est super, Dexter. Alors on devrait se rendre au théâtre le plus proche et chercher un acteur avec du sang jusqu’aux coudes, c’est ça ?
— Non, Deb. Pas de sang, surtout pas. C’est une des choses les plus importantes.
— Comment tu peux en être aussi sûr ?
— Parce qu’il n’y a jamais eu une seule goutte de sang. C’est délibéré, et c’est essentiel pour ce qu’il fait. Cette fois, il va reproduire les éléments importants de sa mise en scène tout en commentant ses actions passées, parce qu’on n’a rien compris, tu vois ?
— Je vois, je vois. C’est on ne peut plus clair. Alors pourquoi on n’irait pas vérifier au palais des Sports ? Il a probablement empilé les corps dans le filet, à nouveau. »
J’ouvris la bouche, prêt à débiter une de mes réponses incroyablement intelligentes. Elle était à côté de la plaque, complètement. La patinoire avait été une expérience, une innovation, mais je savais qu’il ne la répéterait pas. J’allais expliquer tout ça à Deb, lui dire que la seule raison qu’il aurait pu avoir de retourner à la patinoire était… Je restai figé, la bouche ouverte. Mais bien sûr, pensai-je. Évidemment.
« Qui est-ce qui ressemble à un poisson, maintenant, hein ?… Qu’est-ce qu’il y a, Dex ? »
Pendant quelques secondes je restai muet. J’étais trop occupé à essayer de mettre de l’ordre dans mes pensées. La seule raison qu’il aurait pu avoir de retourner à la patinoire était de nous montrer qu’on n’avait pas le vrai coupable en prison.
« Deb, finis-je enfin par dire, mais bien sûr ! Tu as raison : la patinoire. Ce n’est pas pour ce que tu crois, mais quand même…
— On s’en fout. L’essentiel c’est que j’aie raison », dit-elle en se dirigeant vers la voiture.
CHAPITRE XXI
« Tu as bien conscience que c’est juste une vérification ? dis-je. Il y a de fortes chances qu’on ne trouve rien du tout.
— Oui, oui, je sais, répondit Deb.
— Et on n’est couverts par aucune juridiction. On est dans le comté de Broward. Et les gars de Broward ne nous aiment pas, donc…
— Bon sang, Dexter ! dit-elle d’un ton brusque. Qu’est-ce que t’as à jacasser comme ça ? On dirait une collégienne surexcitée ! »
Elle avait peut-être raison, mais c’était peu aimable de sa part de le faire remarquer. Elle-même, du reste, était un véritable paquet de nerfs. Alors que nous quittions Sawgrass Expressway et pénétrions dans le parking du palais des Sports, elle serra un peu plus les dents. Je pouvais presque entendre sa mâchoire grincer. « Dirty Harriet », me dis-je en moi-même, mais Deb apparemment m’entendit.
« Ta gueule ! » lâcha-t-elle.
Mes yeux abandonnèrent le profil de granit de Deborah pour aller se poser sur le palais des Sports. L’espace d’un instant, avec la lumière du petit matin qui l’éclairait sous un certain angle, on aurait dit que le bâtiment était entouré d’une escadre de soucoupes volantes. Il s’agissait, bien entendu, des lampadaires qui se dressaient tout autour, tels de gigantesques champignons vénéneux en acier. On avait dû dire à l’architecte que le concept était très original. Et certainement aussi « jeune et dynamique ». Je suis sûr que ce devait être le cas sous l’éclairage approprié ; mais il restait toujours à trouver l’éclairage en question…
Nous fîmes une première fois le tour de la patinoire, guettant un signe de vie. Lors de notre deuxième passage, une Toyota toute déglinguée vint s’arrêter devant l’une des portes d’entrée. La portière du passager était maintenue fermée par un bout de corde passé par la vitre ouverte et entortillé autour de son montant La portière du conducteur s’ouvrit tandis que je garais la voiture, et Deborah sauta dehors avant même que l’on soit à l’arrêt.
« S’il vous plaît, monsieur ? » dit-elle à l’homme qui sortait de la Toyota.
C’était un type plutôt courtaud, la cinquantaine, vêtu d’un pantalon verdâtre et d’une veste en nylon bleue. Dès qu’il aperçut l’uniforme de Deb il parut se crisper.
« Quoi ? fit-il. J’ai rien fait !
— Vous travaillez ici, monsieur ?
— Ben oui ! Qu’est-ce que vous croyez que je ferais là à 8 heures du mat, sinon ?
— Quel est votre nom ?