Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
J’ouvris les yeux. C’était bien moi dans le miroir. Salut, Dexter ! T’as fait un rêve, mon vieux ? Intéressant, non ? Trois, cette fois, hein ? Mais ce n’était qu’un rêve. Rien de plus. Je souris à mon reflet, testant les muscles du visage, l’air absolument pas convaincu. Et, si grisant que cela ait pu être sur le moment, j’étais réveillé à présent et je me retrouvais simplement avec la gueule de bois et les mains mouillées.
Ce qui aurait dû être un interlude plaisant dans mon inconscient me rendait perplexe et fébrile. J’étais rempli d’effroi à l’idée que mon esprit s’était fait la malle et m’avait laissé là en plan. Je revis mes trois camarades de jeux solidement ligotées et j’eus envie de les rejoindre et de continuer. Mais je pensai à Harry et sus que je ne pouvais pas. J’étais écartelé entre un souvenir et un rêve, et je n’aurais pu dire lequel des deux m’attirait le plus.
Ce n’était plus drôle du tout. Je voulais qu’on me rende mon cerveau, maintenant.
Je me séchai les mains et regagnai mon lit, mais la nuit n’avait plus de sommeil en réserve pour ce pauvre Dexter dérangé. Je restai donc allongé sur le dos à contempler les ombres noires danser au plafond jusqu’à ce que le téléphone sonne, à 5 h 45.
« Tu avais raison, dit Deb à peine eus-je décroché.
— Ravi de l’apprendre, dis-je, faisant un effort surhumain pour retrouver ma bonne humeur habituelle. À propos de quoi ?
— De tout, répondit Deb. Je suis sur la scène d’un crime à Tamiami Trail. Et tu ne devineras jamais !
— J’avais raison ?
— C’est lui, Dexter. Ça ne peut être que lui. Et c’est sacrément tape-à-l’œil…
— C’est-à-dire, Deb ? » lui demandai-je, pensant trois corps. J’espérais qu’elle ne le dirait pas, mais j’étais surexcité à l’idée qu’elle ne pouvait que le dire.
« On dirait qu’on a affaire à des victimes multiples », répondit-elle.
Une décharge parcourut mon corps, du creux de mon ventre jusqu’au sommet de la tête, comme si j’avais avalé une batterie sous tension. Mais je m’efforçai de trouver une réplique intelligente bien dans mon style.
« C’est formidable, Deb ! Tu t’exprimes comme un rapport de police.
— Ouais, enfin. Je commence à me dire qu’un jour je finirai peut-être par en écrire. Mais je suis contente que ce ne soit pas pour cette affaire. C’est vraiment trop bizarre. LaGuerta ne sait pas quoi en penser.
— Ni comment penser, d’ailleurs. Qu’est-ce que ça a de bizarre, Deb ?
— Il faut que j’y aille, dit-elle brusquement. Ramène-toi, Dexter. Il faut que tu voies ça. »
Le temps que j’arrive sur place, la barrière avait été assaillie par une foule compacte, composée en grande partie de journalistes. C’est toujours très difficile de se frayer un chemin parmi un groupe de journalistes qui ont flairé l’odeur du sang. On ne s’en douterait pas. À l’écran ils ont l’air de mauviettes souffrant de lésions cérébrales et de graves troubles alimentaires. Et pourtant, placez-les devant un barrage de police, et un véritable miracle se produit. Ils deviennent forts, agressifs, soudain désireux et capables de bousculer tous les obstacles qui se dressent devant eux, matériels ou humains, et de les piétiner allègrement. C’est un peu comme ces histoires qu’on raconte sur des vieilles mères qui parviennent à soulever un camion sous lequel leur enfant est bloqué. La force surgit d’une réserve secrète ; et, par le plus grand des mystères, à la moindre trace d’hémoglobine, ces créatures anorexiques arrivent à vaincre toutes les difficultés. Sans même déranger un seul cheveu de leur coiffure.
Heureusement, l’un des agents de police me reconnut.
« Laissez-le passer, dit-il aux journalistes. Laissez-le passer, s’il vous plaît.
— Merci, Julio, lui dis-je. On dirait qu’il y en a davantage chaque année.
— Quelqu’un doit les cloner, maugréa-t-il. Pour moi, ils sont tous pareils. »
Je me baissai pour passer sous le ruban jaune et, alors que je me redressais de l’autre côté, j’eus la curieuse sensation que l’on avait trafiqué la teneur en oxygène de l’atmosphère. Je me tenais sur le terrain poussiéreux d’un chantier de construction. On y construisait ce qui allait sans doute devenir un immeuble de bureaux de trois étages, à l’usage de petits promoteurs immobiliers. Et tandis que je m’approchais lentement, observant l’activité qui se déployait autour du bâtiment inachevé, je savais que ce n’était pas une coïncidence si nous étions tous réunis ici. Ce tueur ne laissait jamais rien au hasard. Tout était mûrement réfléchi, soigneusement agencé dans un but esthétique, régi par une nécessité artistique.
Nous étions sur un chantier parce que c’était nécessaire. Il nous adressait un message, comme je l’avais prédit à Deborah. Vous n’avez pas le vrai coupable, nous disait-il. Vous avez coffré un crétin parce que vous êtes vous-mêmes des crétins. Vous êtes tous trop bêtes pour le voir ; il faut que je vous mette le nez dessus. Voilà, c’est fait.
Mais au-delà de cette déclaration qu’il faisait à la police et au public, c’était surtout à moi qu’il s’adressait. Il me narguait, me raillait, en citant un passage de mon propre travail bâclé. Il avait apporté les corps sur ce chantier parce que j’avais moi-même tué Jaworski sur un chantier. Il jouait avec moi ; il montrait à tout le monde l’ampleur de son talent et il disait à l’un d’entre nous – moi – qu’il savait. Je sais ce que tu as fait, et je peux le faire aussi. Mieux que toi.
Je suppose que cela aurait dû m’inquiéter un peu.
Mais non.
J’en étais presque pris de vertiges ; je me sentais comme une collégienne face au capitaine de l’équipe de football qui lui a enfin proposé de sortir avec lui. Qui ça, moi ? T’es sûr que tu ne te trompes pas ? Ça alors ! Vraiment ? J’en ai le rouge qui me monte aux joues.
J’inspirai profondément et essayai de me convaincre que j’étais une fille sage qui ne faisait pas ce genre de choses. Mais je savais que LUI les faisait et je mourais d’envie de le suivre. S’il te plaît, Harry ?
Quelle que soit l’envie que j’avais de jouer avec mon nouvel ami, il me fallait à tout prix trouver ce tueur. Je devais le voir, lui parler, me prouver qu’il était réel et que…
Que quoi ?
Qu’il n’était pas moi ?
Que ce n’était pas moi qui commettais ces actes terribles mais fascinants ?
Comment pouvais-je penser cela ? C’était une ineptie, absolument indigne de l’attention de mon cerveau, autrefois si fier. Sauf que… maintenant que l’idée s’était fourrée dans ma tête, je n’arrivais pas à la faire déguerpir. Et si c’était vraiment moi ? Et si, d’une façon ou d’une autre, j’avais commis tous ces actes sans le savoir ? C’était impossible, bien sûr, totalement impossible, mais…
Je m’étais réveillé devant le lavabo, en train de frotter mes mains pleines de sang après un « rêve » au cours duquel je m’étais soigneusement et joyeusement couvert les mains de sang en faisant des choses que d’ordinaire je rêvais seulement de faire. Et puis je savais aussi des choses sur la série de meurtres présente, des choses que, rationnellement, je n’aurais pas dû savoir à moins que…
À moins que rien du tout. Prends un calmant, Dexter. Respire, espèce d’imbécile : fais entrer l’oxygène, expulse les toxines. Ce n’était qu’un symptôme de plus du crétinisme dont j’étais atteint depuis peu. Je devenais prématurément sénile à force de mener une vie aussi saine. Il fallait reconnaître que j’avais connu quelques moments de bêtise humaine ces derniers temps. Et alors ? Ça ne prouvait pas pour autant que j’étais humain. Ou que j’étais devenu créatif dans mon sommeil.