Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
— Steban Rodriguez. J’ai mes papiers. »
Il farfouilla à la recherche de son portefeuille. Deborah fit un signe de la main.
« Ce n’est pas nécessaire, dit-elle. Que faites-vous là à cette heure-ci ? »
Il haussa les épaules et replaça son portefeuille dans sa poche.
« Je suis censé être là plus tôt les autres jours, mais l’équipe est en déplacement : Vancouver, Ottawa et Los Angeles. Alors je suis là un peu plus tard.
— Ya-t-il quelqu’un d’autre en ce moment, Steban ?
— Non, y a que moi. Ils sont encore tous à roupiller.
— Et la nuit ? Y a-t-il un gardien ? » Il fit un geste circulaire du bras.
« Le vigile fait le tour du parking la nuit, mais il est pas là tout le temps. En général, c’est moi qu’arrive le premier.
— Vous voulez dire, le premier qui entre ?
— Ouais, c’est ça. C’est pas ce que j’ai dit ? »
Je descendis de voiture et me penchai par-dessus le toit.
« C’est vous qui passez la Zamboni le matin ? » lui demandai-je.
Deb me lança un coup d’œil furieux. Steban me regarda avec insistance, les yeux fixés sur ma pimpante chemisette hawaïenne et mon pantalon de gabardine.
« Vous êtes quel genre de flic, exactement, hein ?
— Je suis juste un expert, répondis-je. Je travaille au labo.
— Ahhhhh, je vois, dit-il en hochant la tête comme si tout s’expliquait..
— C’est vous qui passez la Zamboni, Steban ? répétai-je.
— Ouais, enfin, c’est-à-dire, ils me laissent pas la passer pendant les matchs. Ça, c’est pour les types en costard. Ils préfèrent mettre des petits jeunes, vous savez ? Célèbres, si possible. Qui font le tour perchés sur leur machine en saluant tout le monde. Ce style de conneries. Mais c’est moi qui la passe le matin avant l’entraînement Quand l’équipe est en ville. Je la passe juste le matin, très tôt. Mais là, ils sont à l’extérieur, alors je viens plus tard.
— Nous voudrions inspecter rapidement les lieux », dit Deb, visiblement exaspérée par mon intrusion dans la conversation.
Steban lui fit face de nouveau, une petite lueur de malice au fond de l’œil.
« Pas de problème, dit-il. Vous avez un mandat ? »
Deborah rougit. Cela créa un joli contraste avec le bleu de son uniforme, mais ce n’était peut-être pas la réaction la plus adéquate pour renforcer son autorité. Et comme je la connaissais bien je savais qu’elle en serait consciente et que, agacée, elle s’emporterait. Étant donné que nous n’avions pas de mandat et que, de fait, nous n’avions aucune raison un tant soit peu officielle de nous trouver là, il ne me semblait pas que s’emporter fût la meilleure tactique.
« Steban… repris-je avant que Deb puisse prononcer des paroles fâcheuses.
— Ouais ?
— Ça fait combien de temps que vous travaillez ici ? »
Il haussa les épaules.
« Depuis que ça a ouvert. Et avant j’ai travaillé deux ans à l’ancienne patinoire.
— Alors vous étiez là la semaine dernière quand on a découvert le cadavre sur la glace ? »
Steban détourna les yeux. Sous sa peau hâlée, son visage verdit. Il déglutit avec effort.
« Je veux jamais revoir un tel truc, je vous jure. Jamais. »
Je hochai la tête, affectant une réelle compassion.
« Je vous comprends parfaitement, dis-je. C’est pour cela que nous sommes là, Steban. »
Il fronça les sourcils.
« Comment ça ? »
Je lançai un coup d’œil à Deb pour m’assurer qu’elle ne dégainait pas son arme. Elle me foudroya du regard tout en tapant du pied, les lèvres pincées en signe de désapprobation, mais elle ne dit rien.
« Steban, repris-je en m’approchant un peu plus de lui et en prenant un ton aussi confidentiel et viril que possible, nous pensons qu’il y a de fortes chances pour que, derrière cette porte, vous trouviez le même genre de surprise que l’autre jour.
— Merde ! cria-t-il. Je veux rien avoir affaire là-dedans.
— C’est tout à fait normal.
— Me cago en diez de cette saloperie.
— Exactement, approuvai-je. Alors pourquoi ne pas nous laisser jeter un coup d’œil d’abord ? Juste pour être sûrs ? »
Il me dévisagea un instant, puis regarda Deborah, qui avait toujours un air renfrogné : une expression qui la mettait très en valeur, en particulier avec son bel uniforme.
« Je pourrais avoir des ennuis, dit-il. Me faire virer. »
Je lui souris, l’incarnation de la bienveillance.
« Vous pourriez aussi ouvrir la porte et trouver un autre tas de bras et de jambes découpés en morceaux. Encore plus nombreux, cette fois.
— Merde ! dit-il à nouveau. Je vais m’attirer des ennuis, me faire virer… Pourquoi je ferais ça, hein ?
— Par civisme, peut-être…
— Allez, quoi ! Déconnez pas. Qu’est-ce que ça peut vous foutre que je me fasse virer ? »
Il n’alla pas jusqu’à tendre la main, ce qui me parut fort élégant, mais il était clair qu’il escomptait un petit cadeau pour le dédommager de l’éventuelle perte de son travail. Tout à fait naturel, étant donné qu’on se trouvait à Miami. Mais je n’avais qu’un billet de cinq dollars, et j’en avais vraiment besoin pour m’acheter un beignet et un café. Je me contentai donc de hocher la tête d’un air compréhensif et viril.
« Vous avez raison, dis-je. Nous espérions vous éviter de voir tous ces morceaux de corps – est-ce que j’ai précisé qu’il y en aurait plutôt beaucoup, cette fois ? -, mais nous ne voulons surtout pas que vous courriez le risque de perdre votre emploi. Excusez-nous pour le dérangement, Steban. Bonne journée ! » J’adressai un sourire à Deborah. « En route, agent Morgan. On ferait mieux de retourner sur la scène du crime pour chercher les doigts, maintenant. »
Deborah avait toujours sa mine renfrognée, mais elle eut tout de même la présence d’esprit de jouer le jeu. Elle ouvrit sa portière tandis que je saluais joyeusement Steban avant de remonter à bord.
« Attendez ! » cria Steban. Je levai les yeux vers lui, manifestant un simple intérêt poli. « Je vous jure que je veux pas retomber sur cette saloperie », dit-il.
Il me regarda un moment, espérant peut-être que je fléchirais et lui tendrais une liasse de billets, mais, comme je l’ai dit, le beignet était devenu une idée fixe et je ne cédai pas. Steban se passa la langue sur les lèvres, puis se retourna brusquement et enfonça la clé dans la serrure de la porte à double battant.
« Allez-y. Je vous attends ici.
— Vous êtes bien sûr ?… hasardai-je.
— Allez, quoi ! Qu’est-ce que vous voulez de plus ? Allez-y ! »
Je me levai et regardai Deborah.
« Il dit qu’il est sûr », commentai-je.
Elle secoua juste la tête, avec une drôle d’expression qui trahissait à la fois son exaspération de petite sœur et son humour de flic cynique.
Elle contourna la voiture et pénétra la première dans le bâtiment ; je la suivis.
À l’intérieur, le hall était sombre et frais, ce qui n’aurait pas dû me surprendre : il s’agissait bien d’une patinoire au petit matin. Steban savait forcément où se trouvait l’interrupteur, mais il n’avait pas proposé de nous l’indiquer. Deb détacha sa grosse lampe électrique de sa ceinture et promena le faisceau lumineux sur l’étendue glacée. Je retins ma respiration tandis que le rai de lumière allait éclairer l’un des filets, puis l’autre. Elle balaya la glace à nouveau, lentement, interrompant son geste une fois ou deux, puis se tourna vers moi.
« Rien, dit-elle. Que dalle.
— Tu m’as l’air déçue… »
Elle émit un grommellement agacé puis se dirigea vers la sortie. Je restai au milieu de la patinoire, sentant la fraîcheur de la glace irradier dans toute l’atmosphère, pris par mes pensées joyeuses. Enfin, pas exactement mes pensées, pour être honnête.