Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Car Deb s’était à peine éloignée que me parvenait de derrière mon épaule le son faible d’une voix : un petit rire sec et calme, ce frôlement de plume familier à la limite de l’audible. Et, alors que cette chère Deb regagnait l’extérieur, je restai là immobile sur la glace, fermai les yeux et écoutai ce que mon très vieil Ami avait à me dire. Ce n’était pas grand-chose : une sorte de sous-murmure, presque une absence de voix, mais j’écoutai. Je l’entendis glousser et marmonner des paroles terribles et douces dans le creux d’une oreille, tandis que mon autre oreille m’informait que Deborah avait prié Steban d’entrer et d’allumer les lumières. Ce qu’il fit un instant plus tard, alors que le léger souffle de cette non-voix s’élevait dans un brusque crescendo, alliant une belle humeur joviale à une horreur bon enfant.
Qu’y a-t-il ? demandai-je poliment. La seule réponse que j’obtins fut le redoublement du rire avide. Je ne savais absolument pas comment l’interpréter. Mais je ne fus pas extrêmement surpris lorsque le hurlement retentit.
Steban était nul, question hurlements. Son cri consistait en une espèce de bruit rauque, étranglé, qui donnait plutôt l’impression qu’il était malade comme un chien. Ce type n’avait vraiment aucun sens musical.
J’ouvris les yeux. Il m’était impossible de me concentrer dans ces conditions, et de toute façon il n’y avait plus rien à écouter. Les murmures s’étaient arrêtés au moment où les cris avaient commencé. Après tout, les cris parlaient d’eux-mêmes, non ? J’ouvris donc les yeux juste à temps pour voir Steban jaillir du petit placard situé à l’autre bout du hall et atterrir sur la patinoire. Il parcourut la surface glacée à grand bruit, glissant et dérapant, tout en gémissant en espagnol, avant d’aller buter tête la première contre les planches. Il se redressa tant bien que mal et se précipita vers la sortie, avec des grognements d’horreur. Une petite tache de sang maculait la glace à l’endroit où il était tombé.
Deborah franchit la porte en courant, son pistolet à la main ; Steban la bouscula puis gagna la lumière du jour en trébuchant.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Deborah, l’arme toujours brandie.
J’inclinai la tête comme je percevais le dernier écho du gloussement final, et là, avec le grognement d’horreur qui résonnait encore dans mes oreilles, je compris.
« Je crois que Steban a trouvé quelque chose », dis-je.
CHAPITRE XXII
La politique au sein de la police, comme j’avais si souvent essayé de le démontrer à Deborah, est un terrain glissant et mouvant. Et lorsqu’on met en présence deux organisations des forces de l’ordre qui ne s’apprécient pas, les opérations ont tendance à être très lentes, à suivre le règlement à la lettre et à se perdre en mille atermoiements, excuses, insultes et menaces voilées. Très amusant à observer, bien sûr, mais la procédure est tout de même un peu longuette. Ainsi, ce n’est que plusieurs heures après l’affreux concert de tyroliennes de Steban que le conflit d’attribution fut résolu et que notre équipe put enfin se pencher sur la jolie petite surprise que notre nouvel ami avait découverte en ouvrant le placard.
Pendant tout ce temps, Deborah se tenait à l’écart ; elle faisait d’énormes efforts pour maîtriser son impatience, sans toutefois parvenir à la masquer. Le commissaire Matthews fit son entrée, suivi de près par l’inspecteur LaGuerta. Ils serrèrent la main de leurs homologues de Broward, le commissaire Moon et l’inspecteur McClellan. S’ensuivit une joute oratoire entre les deux camps, qui ne fut pas des plus polies et qui pourrait se résumer de la manière suivante.
Matthews était relativement certain que la découverte de six bras et de six jambes dans le comté de Broward s’inscrivait dans son enquête concernant trois têtes dépourvues de ces membres-là et trouvées sur le territoire de Metro-Dade. Il expliqua, en des termes bien trop simples et directs, qu’il lui semblait un peu tiré par les cheveux de penser qu’on puisse trouver trois têtes sans corps d’un côté, puis trois corps sans tête plus loin, et qu’il n’y ait aucun lien entre les deux affaires.
Moon et McClellan, avec la même logique, soulignèrent qu’à Miami c’était monnaie courante de trouver des têtes alors qu’à Broward c’était un peu plus inhabituel, et donc ils prenaient peut-être l’affaire plus au sérieux, et de toute façon il n’y avait aucun moyen de savoir si les deux découvertes étaient liées avant que des analyses préliminaires n’aient été faites, analyses qui relevaient d’ailleurs de leur compétence puisqu’on se trouvait dans le comté de Broward. Bien entendu, ils seraient ravis de transmettre les résultats dès qu’ils les connaîtraient.
Ce raisonnement, bien sûr, était inacceptable pour Matthews. Il expliqua prudemment que les équipes de Broward ne savaient pas ce qu’elles cherchaient et pouvaient donc omettre certains détails ou détruire des preuves essentielles. Non par incompétence ou par bêtise, bien entendu ; Matthews était convaincu que les équipes de Broward étaient parfaitement compétentes, au contraire.
Naturellement, ces précisions ne furent pas accueillies avec l’esprit de coopération espéré : Moon observa, un tantinet énervé à présent, que la remarque semblait sous-entendre que sa brigade était constituée de crétins de second ordre. À ce stade, le commissaire Matthews était si exaspéré qu’il ne put s’empêcher de répondre, de son ton le plus poli : « Non non, pas de second ordre, des crétins tout court. » Je suis sûr qu’ils en seraient venus aux mains si le représentant du FDLE n’était arrivé à ce moment-là pour arbitrer le match.
Le FDLE est un équivalent du FBI au niveau local. Ses agents sont habilités à intervenir à tout moment et partout en Floride ; de plus, contrairement au FBI, la plupart des flics les respectent. L’agent en question était un homme de taille et de corpulence moyennes, qui avait le crâne rasé et une barbe coupée ras. Il ne payait pas vraiment de mine, selon moi, mais quand il s’interposa entre les deux commissaires, beaucoup plus imposants, ceux-ci la bouclèrent aussitôt et reculèrent d’un pas. En un rien de temps tout fut réglé, et nous nous retrouvâmes bien vite à nouveau sur la scène, tranquille et méthodique, d’un homicide multiple.
L’agent du FDLE avait déclaré que l’enquête relevait de Metro-Dade, à moins que les analyses des prélèvements de tissus ne viennent prouver que les morceaux de corps et les têtes n’entretenaient aucun lien. Très concrètement, cela signifiait que c’était au commissaire Matthews de se faire prendre en photo par la horde de journalistes qui se pressait déjà à l’extérieur.
Angel-aucun-rapport arriva et se mit au travail. Je ne savais absolument pas quoi penser de tout ça – et je ne parle pas du conflit d’attribution. Non, j’étais beaucoup plus intéressé par l’événement lui-même, qui me donnait amplement matière à réflexion – et pas seulement la découverte des corps et la redistribution des carcasses, ce qui déjà, en soi, ne manquait pas de piment… J’avais bien sûr réussi à jeter un bref coup d’œil dans le petit placard des horreurs de Steban avant que le gros des troupes n’arrive. Vous ne pouvez pas m’en vouloir… Je souhaitais juste avoir un avant-goût du carnage et comprendre pourquoi mon cher Associé anonyme avait choisi d’entreposer les restes là-dedans. Un tout petit coup d’œil, je vous assure.
Dès que Steban avait disparu à l’extérieur en grognant et en hurlant comme un cochon à l’agonie, je m’étais donc empressé d’aller voir ce qui avait bien pu le contrarier autant.