Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Une opposition directe et une motivation plus éloignée se sont manifestées simultanément dans le cas de retard suivant. J'ai écrit, pour la collection Grenzfragen des Nerven und Seelenlebens, une brève monographie, qui était un résumé de ma «Science des rêves». Bergmann, de Wiesbaden, m'envoie des épreuves, me priant de les corriger au plus tôt, car il veut faire paraître le fascicule avant Noël. Je corrige les épreuves le soir même et les dépose sur mon bureau, pour les expédier le lendemain matin. Le lendemain, j'oublie totalement mon projet et ne m'en souviens que l'après-midi, en apercevant le paquet sur ma table. J'oublie encore d'emporter les épreuves l'aprèsmidi, le soir, et le matin suivant; enfin, dans l'après-midi du deuxième jour, je me lève brusquement, m'empare des épreuves et sors précipitamment pour mettre mon paquet dans la première boîte aux lettres. Chemin faisant, je me demande avec étonnement quelle peut bien être la cause de mon retard. Il est évident que je ne tiens pas à expédier les épreuves, mais je ne trouve pas le pourquoi. Au cours de la même promenade, j'entre chez mon éditeur de Vienne qui a publié mon livre sur les rêves et lui dis comme poussé par une inspiration subit: «Savez-vous que j'ai écrit une nouvelle variante du Rêve? – Ah, pardon! – Calmez-vous: il ne s'agit que d'une brève monographie pour la collection Löwenfeld-Kurella.» Il n'était pas rassuré; il craignait un préjudice pour la vente du livre. Je cherche à lui prouver le contraire et lui demande finalement: «Si je vous avais demandé l'autorisation, avant d'écrire cette monographie, me l'auriez-vous refusée? – Certainement non!» Je crois, en ce qui me concerne, que j'étais tout à fait dans mon droit et n'ai fait que me conformer à l'usage; il me semble cependant que c'est la même appréhension que celle manifestée par l'éditeur qui a été la cause de mon hésitaiton à renvoyer les épreuves. Cette appréhension se rattache à une circonstance antérieure, et notamment aux objections qui m'ont été faites par un autre éditeur, lorsque, chargé d'écrire pour le «Manuel» de Nothnagel le chapitre sur la paralysie cérébrale infantile, j'ai reproduit dans ce travail quelques pages d'un mémoire sur la même question, paru antérieurement chez l'éditeur de ma Science des rêves. Dans ce dernier cas, le reproche n'était pas plus justifié, car j'ai alors loyalement prévenu l'éditeur du mémoire de mon intention d'y emprunter quelques pages pour mon travail destiné au «Manuel» de Nothnagel.
Mais en remontant la suite de mes souvenirs, j'évoque une circonstance encore plus ancienne où, à l'occasion d'une traduction d'un livre français, j'ai vraiment lésé certains droits de propriété littéraire. J'avais ajouté au texte traduit des notes, sans en avoir demandé l'autorisation à l'auteur, et j'ai eu quelques années plus tard l'occasion de m'assurer que celui-ci n'était pas du tout content de mon sans-gêne.
Il existe un proverbe témoignant que le bon sens populaire sait bien qu'il n'y a rien d'accidentel dans l'oubli de projets: «Ce qu'on a oublié de faire une fois, on l'oubliera encore bien d'autres fois.»
Sans doute, on ne peut pas ne pas reconnaître que tout ce qu'on pourrait dire sur l'oubli et sur les actes manqués est considéré par la plupart des hommes comme connu et comme allant de soi. Mais pourquoi est-il nécessaire de présenter chaque fois à leur conscience ce qu'ils connaissent si bien? Que de fois ai-je entendu dire: «Ne me charge pas de cette commision, je l'oublierai certainement.» Dans cette prédiction il n'y avait sûrement rien de mystique. Celui qui parlait ainsi sentait en lui vaguement le projet de ne pas s'acquitter de la commission et hésitait seulement à l'avouer.
L'oubli de projets reçoit d'ailleurs une bonne illustration de ce qu'on pourrait appeler «la conception de faux projets». J'avais promis à un jeune auteur de rendre compte d'un petit ouvrage qu'il avait écrit. Des résistances intérieures, dont je ne me rendais pas compte, m'ont fait différer ce projet, jusqu'à ce que, l'ayant rencontré un jour et cédant à ses instances, j'aie fini par lui promettre de lui donner satisfaction le soir même. J'étais tout à fait décidé à tenir ma promesse, mais j'avais oublié que j'avais ce même soir à rédiger d'urgence un rapport d'expertise médicale. Ayant fini par me rendre compte que j'avais conçu un faux projet, j'ai renoncé à lutter contre mes résistances et j'ai fait savoir à l'auteur que je retirais ma promesse.
8. Méprises et maladresses
Au travail, déjà mentionné, de Meringer et Mayer j'emprunte encore le passage suivant (p. 98):
«Les lapsus de la parole ne sont pas des phénomènes isolés. Ils correspondent aux erreurs auxquelles sont sujettes les autres activités des hommes et qui sont connues sous la dénomination absurde d'oublis.»
Je ne suis donc pas le premier à avoir attribué un sens et une intention aux petits troubles fonctionnels de la vie quotidienne [72].
Si les erreurs que nous commettons lorsque nous nous servons du langage, qui est une fonction motrice, admettent une telle conception, rien ne s'oppose à ce que nous étendions celle-ci aux erreurs dont nous nous rendons coupables en exécutant les autres fonctions motrices. Je divise ces dernières erreurs en deux groupes: le premier comprend les cas où l'effet manqué semble constituer l'élément essentiel; ce sont, pour ainsi dire, des cas de nonconformité à l'intention, donc des cas de méprises; dans le second groupe, je range les cas où l'action tout entière apparaît absurde, semble ne répondre à aucun butactions symptomatiques et accidentelles. La séparation entre ces deux groupes n'est d'ailleurs pas nettement tranchée, et nous aurons l'occasion de nous convaincre, au cours de notre exposé, que toutes les divisions que nous adoptons n'ont qu'une valeur descriptive et sont en contradiction avec l'unité interne des phénomènes qui nous intéressent.
Nous ne gagnons rien, au point de vue de la compréhension psychologique de la «méprise», en la concevant comme une ataxie, et plus spécialement comme une «ataxie corticale». Essayons plutôt de ramener chacun des cas dont nous aurons à nous occuper aux conditions dans lesquelles il s'est produit. J'aurai de nouveau l'occasion d'utiliser à cet effet des observations que j'ai faites sur moi-même et qui, je tiens à le dire tout de suite, ne sont pas très nombreuses.
a) Autrefois, alors que je faisais plus souvent qu'aujourd'hui des visites à domicile, il m'arrivait fréquemment, une fois devant la porte à laquelle je devais sonner ou frapper, de tirer de ma poche la clef qui me servait à ouvrir la porte de mon propre domicile, pour, aussitôt, la remettre presque honteusement. En m'observant bien, j'ai fini par constater que cet acte manqué, consistant à sortir ma clef devant la porte du domicile d'un autre, signifiait un hommage à la maison dans laquelle je me rendais. C'était comme si j'avais voulu dire: «ici je suis comme chez moi», car la méprise ne se produisait que devant des maisons où j'avais des malades pour lesquels j'étais toujours le bienvenu. (Il va sans dire que je ne commettais jamais la méprise inverse, consistant à sonner à la porte de mon propre domicile.)