Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Le lieutenant T. rapporte un cas d'oubli de ce genre, survenu pendant sa captivité. Il s'agit également d'un projet qui, réprimé d'abord, n'en a pas moins réussi à se faire jour, créant ainsi une situation très pénible.
Un cas d'omission
«Le supérieur d'un camp d'officiers-prisonniers est offensé par un de ses camarades. Pour éviter des suites fâcheuses, il veut se servir du seul moyen radical dont il dispose, en éloignant ce dernier et en le faisant déplacer dans un autre camp. Cédant aux instances de plusieurs amis, il se décide cependant, bien à contre-cœur, à ne pas recourir à cette mesure et à se soumettre à une procédure d'honneur, malgré tous les inconvénients qui doivent en résulter.
«Ce même matin, le commandant en question devait, sous le contrôle d'un surveillant, faire l'appel de tous les officiers-prisonniers. Connaissant tous ses camarades depuis longtemps, il ne s'était jamais trompé en faisant l'appel. Mais cette fois il sauta le nom de son offenseur, de sorte que celui-ci dut rester à sa place après le départ de tous les autres, jusqu'à ce que le commandant se fût aperçu de l'erreur. Or, le nom omis était écrit très distinctement au milieu de la feuille.
«Cet incident a été interprété par celui qui en fut la victime comme un affront voulu; mais J'autre n'y a vu qu'un hasard malheureux, autorisant la supposition erronée du premier. Après avoir cependant lu la «Psychopathologie» de Freud, le commandant a pu se faire une idée exacte de ce qui était arrivé.»
C'est encore par un conflit entre un devoir conventionnel et un jugement intérieur non avoué que s'expliquent les cas où l'on oublie d'accomplir des actions qu'on avait promis d'accomplir au profit d'un autre. Le bienfaiteur est alors généralement le seul à voir dans l'oubli qu'il invoque une excuse suffisante, alors que le solliciteur pense sans doute, et non sans raison: «il n'avait aucun intérêt à faire ce qu'il m'avait promis, autrement il ne l'aurait pas oublié». Il est des hommes qu'on considère généralement comme ayant l'oubli facile et qu'on excuse de la même manière dont on excuse les myopes, lorsqu'ils ne saluent pas dans la rue [67]. Ces personnes oublient toutes les petites promesses qu'elles ont faites, ne s'acquittent d'aucune des commissions dont on les a chargées, se montrent peu sûres dans les petites choses et prétendent qu'on ne doit pas leur en vouloir de ces petits manquements qui s'expliqueraient, non par leur caractère, mais par une certaine particularité organique [68]. Je ne fais pas partie moi-même de cette catégorie de gens et je n'ai pas eu l'occasion d'analyser les actes de personnes sujettes aux oublis de ce genre, de sorte que je ne puis rien affirmer avec certitude quant aux motifs qui président à ces oublis. Mais je crois pouvoir dire par analogie qu'il s'agit d'un degré très prononcé de mépris à l'égard d'autrui, mépris inavoué et inconscient, certes, et qui utlise le facteur constitutionnel pour s'exprimer et se manifester [69].
Dans d'autres cas, les motifs de l'oubli sont moins faciles à deviner et provoquent, lorsqu'ils sont découverts, une surprise plus grande. C'est ainsi que j'ai remarqué autrefois que sur un certain nombre de malades que j'avais à visiter, les seules visites que j'oubliais étaient celles que je devais faire à des malades gratuits ou à des confrères malades. Pour me mettre à l'abri de ces oublis, dont j'avais honte, j'avais pris l'habitude de noter dès le matin toutes les visites que j'avais à faire dans le courant de la journée. J'ignore si d'autres médecins ont eu recours au même moyen pour arriver au même résultat. Mais cette expérience nous fournit une indication quant aux mobiles qui poussent le neurasthénique à noter sur le fameux «bout de papier»fut ce qu'il se propose de dire au médecin. On dirait qu'il ne se fie pas à la force et à la fidélité de sa mémoire. C'est certainement exact, mais les choses se passent le plus souvent ainsi: Après avoir longuement exposé les troubles qu'il ressent et posé toutes les questions qui s'y rapportent, le malade fait une petite pause, après laquelle il tire de sa poche son bout de papier et dit en s'excusant: «J'ai noté sur ce papier certaines choses, sinon je ne me souviendrais de rien.» Dans la plupart des cas, rien ne se trouve noté sur ce papier qu'il n'ait déjà dit. Il répète donc tous les détails et se répond à lui-même: «cela, je l'ai déjà demandé». Son bout de papier ne sert sans doute qu'à mettre en lumière un de ses symptômes, à savoir la fréquence avec laquelle ses projets sont troublés par des motifs étrangers.
Je vais avouer maintenant un défaut dont souffrent aussi la plupart des personnes saines que je connais; il m'arrive très facilement, peut-être moins facilement que lorsque j'étais plus jeune, d'oublier de rendre les livres empruntés ou de différer certains paiements en les oubliant. Il n'y a pas très longtemps, je suis sorti un matin du bureau de tabac où j'achète tous les jours mes cigares, en oubliant de payer. Ce fut une négligence tout à fait inoffensive étant donné que le tenancier du bureau me connaît et qu'il était sûr d'être payé le lendemain. Mais le petit retard, la tentative de faire des dettes n'étaient certainement pas étrangers aux considérations budgétaires qui m'avaient préoccupé la veille. Même chez les hommes dits tout à fait honnêtes, on découvre facilement les traces d'une double attitude à l'égard de l'argent et de la propriété. La convoitise primitive du nourrisson qui cherche à s'emparer de tous les objets (pour les porter à sa bouche) ne disparaît, d'une façon générale, qu'incomplètement sous l'influence de la culture et de l'éducation [70].
On trouvera peut-être qu'à force de citer des exemples de ce genre, j'ai fini par tomber dans la banalité. Mais mon but était précisément d'attirer l'attention sur des choses que tout le monde connaît et comprend de la même manière, autrement dit de réunir des faits de tous les jours et de les soumettre à un examen scientifique. Je ne vois pas pourquoi on refuserait à cette sorte de sagesse, qui est la cristallisation des expériences de la vie quotidienne, une place parmi les acquisitions de la science. Ce qui constitue le caractère essentiel du travail scientifique, ce n'est pas la nature des faits sur lesquels il porte, mais la rigueur de la méthode qui préside à la constatation de ces faits et la recherche d'une synthèse aussi vaste que possible.
En ce qui concerne les projets de quelque importance, nous avons trouvé en général qu'ils sont oubliés, lorsqu'ils sont contrariés par des motifs obscurs. Dans les projets de moindre importance, l'oubli peut encore être amené par un autre mécanisme, le projet subissant le contrecoup de la résistance intérieure qui s'oppose à un autre ensemble psychique quelconque, et cela en vertu d'une simple association extérieure entre cet ensemble et le projet en question. En voici un exemple: j'aime le bon buvard et me propose de profiter d'une course que je dois faire cet après-midi dans le centre de la ville, pour en acheter. Mais pendant quatre jours consécutifs j'oublie mon projet et je finis par me demander quelle peut être la cause de cet oubli. Je trouve cette cause, en me rappelant que j'ai l'habitude d'écrire Löschpapier [71], mais de dire Fliesspapier. Or, «Fliess» est le nom d'un de mes amis de Berlin, au nom duquel se sont trouvées associées dans mon esprit, ces jours derniers, des idées et préoccupations pénibles. Je ne puis me défaire de ces idées et préoccupations, mais l'instinct de défense se manifeste (p. 158) en se déplaçant, à la faveur de la ressemblance phonétique, sur le projet indifférent et, de ce fait, moins résistant.