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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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h) Madame Dora Müller communique ce cas inoffensif dont la motivation a d'ailleurs été reconnue par la personne intéressée (Internat. Zeitschr. f. Psychoanal., III, 1915)

Mademoiselle Erna A. raconte, deux jours avant Noël

«Hier soir, j'ouvre mon paquet de pains d'épices et je commence à en manger un; tout en mangeant, je pense que Mlle F. (la dame de compagnie de ma mère) viendra dans un instant me souhaiter bonne nuit et que je serai obligée de lui offrir un de mes pains d'épices; la perspective ne me sourit guère, mais je suis décidée à m'exécuter. Voyant entrer Mlle F., j'étends mon bras vers la table sur laquelle je croyais avoir déposé mon paquet, et m'aperçois que celui-ci n'y est pas. Je commence à le chercher et finis par le trouver enfermé dans mon armoire où je l'avais mis sans m'en rendre compte.» L'analyse de ce cas était superflue, Mlle Erna A. en ayant compris elle-même la signification. Le désir réprimé de garder pour elle-même les gâteaux s'est manifesté par un acte quasi-automatique, mais a subi une nouvelle répression à la suite de l'acte conscient consécutif.

i) M. H. Sachs nous raconte comment il s'est un jour soustrait à l'obligation de travailler, grâce à un acte de ce genre.

«Dimanche dernier, au début de l'après-midi, je me suis demandé si j'allais me mettre au travail ou si j'irais me promener et faire ensuite une visite que je projetais. Après quelque hésitation, je me suis décidé pour le travail. Au bout d'une heure, je m'aperçois que ma réserve de papier est épuisée. Je savais bien que je devais avoir dans quelque tiroir un peu de papier acheté depuis longtemps, mais je l'ai cherché en vain dans mon bureau et dans tous les autres endroits où je pouvais soupçonner sa présence, dans les livres, les brochures, parmi les lettres, etc. Je me suis donc vu obligé d'interrompre mon travail et, faute de mieux, de sortir. Rentré le soir à la maison, je me suis assis sur un canapé et me suis plongé dans des réflexions, les yeux fixés sur la bibliothèque qui était en face de moi. Tout à coup j'y aperçois une boîte et me souviens n'avoir pas vérifié son contenu depuis un certain temps. Je m'approche et je l'ouvre. Tout à fait au-dessus je trouve un portefeuille en cuir et, dans ce portefeuille, du papier blanc. Mais c’est seulement après avoir retiré ce papier, pour le ranger dans un tiroir de mon bureau, que je me suis rendu compte que c'était précisément le papier que j'avais en vain cherché au cours de l'après-midi. Je dois ajouter que, sans être très économe, je ménage beaucoup mon papier et en utilise le moindre reste. C'est sans doute à cette habitude que je dois d'avoir corrigé mon oubli dès que son mobile a disparu.»

En examinant attentivement les cas où il s'agit de l'impossibilité de retrouver un objet rangé, on est obligé d'admettre que cette impossibilité ne peut avoir d'autre cause qu'une intention inconsciente.

j) En été 1901 j'ai déclaré à un ami, avec lequel j'avais alors des discussions très vives sur des questions scientifiques: «ces problèmes concernant les névroses ne peuvent être résolus que si l'on admet sans réserves l'hypothèse de la bisexualité originelle de l'individu.» Et mon ami de répondre: «C'est ce que je t'ai déjà dit à Br., il y a plus de deux ans, au cours d'une promenade que nous faisions le soir. Mais alors tu ne voulais Pas en entendre parler.» Il est douloureux de se voir ainsi dépouiller de ce qu'on considère comme son apport original. Je ne pus me souvenir ni de cette conversation datant de plus de deux ans, ni de cette opinion de mon ami. L'un de nous deux devait se tromper; d'après le principe cui prodest?, ce devait être moi. Et en effet, au cours de la semaine suivante, j'ai pu me rappeler que tout s'était passé exactement comme l'avait dit mon ami; je me rappelle même ma réponse d'alors: «Je n'en suis pas encore là et ne veux pas discuter cette question.» Je suis depuis lors devenu plus tolérant, lorsque je trouve exprimée dans la littérature médicale une des idées auxquelles on peut rattacher mon nom, sans que celui-ci soit mentionné par l'auteur.

Reproches à l'adresse de sa femme; amitié se transformant en son contraire; erreur de diagnostic; élimination par des concurrents; appropriation d'idées d'autrui: ce n'est pas par hasard que dans tout un groupe d'exemples d'oubli, réunis sans choix, on est obligé de remonter, si l'on veut en trouver l'explication, à des mobiles et à des sujets souvent pénibles. Je pense que tous ceux qui voudront rechercher les mobiles de tel ou tel de leurs oublis seront obligés de s'arrêter en fin de compte à des explications du même genre, c'est-à-dire tout aussi désagréables. La tendance à oublier ce qui est pénible et désagréable me semble générale, bien que la faculté d'oubli soit plus ou moins bien développée selon les individus. Plus d'une de ces négations auxquelles nous nous heurtons dans notre pratique médicale ne constitue probablement qu'un simple oubli [60]. Notre conception des oublis de ce genre nous permet de réduire la différence entre les deux attitudes à des conditions purement psychologiques et de voir dans les deux modes de réaction l'expression d'un seul et même motif. De tous les nombreux exemples de négation de souvenirs désagréables que j'ai eu l'occasion d'observer dans l'entourage de malades, il en est un dont je me souviens d'une façon toute particulière. Une mère me renseigna sur l'enfance de son fils adolescent, atteint d'une maladie nerveuse, et me raconta à ce propos que lui et ses frères et sœurs avaient, jusqu'à un âge relativement avancé, présenté de l'incontinence nocturne, ce qui n'est pas sans importance comme antécédent dans une maladie nerveuse. Quelques semaines plus tard, lorsqu'elle vint me demander des renseignements sur la marche du traitement, je profitai de l'occasion pour attirer son attention sur les signes de prédisposition morbide existant chez le jeune homme et j'évoquai à ce propos l'incontinence nocturne dont elle m'avait elle-même parlé précédemment. À mon grand étonnement, elle contesta le fait, en ce qui concerne mon malade aussi bien que ses autres enfants. Elle me demanda d'où je le savais, et je dus lui apprendre qu'elle m'avait mis elle-même au courant de ce détail, chose qu'elle avait totalement oubliée [61].

Même chez les personnes bien portantes, exemptes de toute névrose, on constate l'existence d'une résistance qui s'oppose au souvenir d'impressions pénibles, à la représentation d'idées pénibles [62]. Mais ce fait n'apparaît dans toute sa signification que lorsqu'on examine la psychologie de personnes névrosées. On est alors obligé de reconnaître dans cet élémentaire instinct de défense contre des représentations susceptibles d'éveiller des sensations désagréables, dans cet instinct qui ne peut être comparé qu'au réflexe qui provoque la fuite dans les excitations douloureuses, un des piliers du mécanisme qui supporte les symptômes hystériques. Qu'on n'oppose pas à la supposition que nous faisons concernant l'existence de cet instinct de défense, le fait que nous sommes assez souvent dans l'impossibilité de nous débarrasser de souvenirs pénibles qui nous obsèdent, de chasser des sentiments pénibles tels que le remords, le repentir, etc. C'est que nous ne prétendons pas que cet instinct de défense soit capable de s'affirmer dans tous les cas, qu'il ne puisse pas, dans le jeu des forces psychiques, se heurter à des facteurs qui, en rapport avec d'autres buts, cherchent à réaliser le contraire et le réalisent à l'encontre de l'instinct en question. Le principe architectonique de l'appareil psychique doit être reconnu comme consistant dans la superposition, la stratification de plusieurs instances différentes, et il est fort possible que l'instinct de défense fasse partie d'une instance inférieure et soit entravé dans son action par des instances supérieures. Ce qui prouve toutefois l'existence et la puissance de l'instinct de défense, ce sont les processus qui, comme ceux décrits dans nos exemples, peuvent y être ramenés. Nous voyons que beaucoup de choses sont oubliées pour elles-mêmes; mais dans les cas où cela n'est pas possible, l'instinct de défense déplace son but et plonge dans l'oubli autre chose, une chose moins importante, mais qui, pour une raison ou une autre, est reliée à la chose principale par une quelconque association.

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