Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Dans un troisième cas, la destruction de l'objet tenait à des raisons moins sérieuses. Il s'agissait, pour me servir d'une expression de Th. Vischer (Auch einer), d'une «exécution» masquée d'un objet qui avait cessé de me plaire. J'avais eu pendant longtemps une canne à manche d'argent; lorsque la mince plaque d'argent fut un jour endommagée, sans que j'eusse en quoi que ce soit contribué à cet incident, je la fis réparer, mais la réparation fut mal faite. Quelques jours après, jouant avec un de mes garçons, je me servis du manche de la canne pour accrocher sa jambe. Le manche se cassa naturellement en deux, et je fus débarrassé de ma canne.
Le calme et l'impassibilité avec lesquels on accepte dans tous ces cas le dommage subi indiquent bien qu'on a été guidé par une intention inconsciente dans l'exécution des actes ayant abouti à la destruction des objets.
Quelquefois, en recherchant les motifs d'un acte manqué aussi insignifiant que la destruction d'un objet, on trouve des raisons qui, tout en remontant à une époque éloignée de la vie d'un homme, se rattachent encore à sa situation présente. L'analyse suivante, publiée par M. L. Jekels (Internat. Zeitschr.f. Psychoanal., I, 1913), nous en fournit un exemple:
«Un médecin se trouvait en possession d'un vase à fleurs en grès. Sans être précieux, ce vase n'en était pas moins très joli. Il l'avait reçu, il y a longtemps, en cadeau, avec beaucoup d'autres objets, dont quelques-uns de valeur, d'une de ses patientes (mariée). Lorsqu'il devint évident que celle-ci était atteinte de psychose, le médecin s'empressa de restituer à la famille de la malade tous les objets qu'il avait reçus, à l'exception d'un seul vase, de peu de valeur, dont il ne put se séparer, probablement à cause de sa beauté.
«Notre médecin, homme très scrupuleux, ne s'était pas décidé à cette appropriation sans une certaine lutte intérieure, car il se rendait parfaitement compte de l'indélicatesse de son acte; mais il cherchait à étouffer son remords, en invoquant le peu de valeur du vase, la difficulté de le faire emballer de façon à ce qu'il arrive intact à destination, etc.
«Lorsqu'il fut obligé, quelques mois plus tard, de s'adresser à un avocat pour faire réclamer et recouvrer un reliquat d'honoraires que la famille se refusait à acquitter bénévolement, il fut pris à nouveau de remords; il craignit à un moment donné que la famille ne découvrît le détournement dont il s'était rendu coupable et ne répondît à sa réclamation par des poursuites pénales.
«Son remords avait pris à un moment donné une intensité telle qu'il se demandait s'il ne ferait pas bien de renoncer à sa réclamation, même si elle était cent fois plus élevée, à titre de dédommagement pour l'objet détourné; mais il finit par renoncer à cette idée qu'il trouva vraiment trop absurde.
«Alors qu'il était dans cette disposition d'esprit, il lui arriva, en renouvelant l'eau du vase, d'accomplir un mouvement particulièrement maladroit, sans aucun lien organique avec l'acte qu'il exécutait, et à la suite duquel le vase se trouva projeté à terre et brisé en cinq ou six grands morceaux. Et dire que c'était un homme qui savait dominer son appareil musculaire et pouvait compter sur les doigts les objets qu'il avait cassés dans sa vie! Le plus curieux est que cet accident était arrivé le lendemain d'un dîner qu'il avait offert à quelques amis et en vue duquel il s'était décidé, non sans beaucoup d'hésitations, à placer ce vase, rempli de fleurs, sur la table de la salle à manger; s'étant aperçu, quelques minutes avant l'accident, que le vase avait été laissé dans cette pièce, il était allé le chercher lui-même pour le transporter au salon où il restait habituellement.
«Le premier moment d'affolement passé, il se mit à ramasser les morceaux et, en les ajustant les uns aux autres, il constata qu'il serait possible de reconstituer le vase sans solution de continuité; mais il n'eut pas plus tôt fait cette constatation que les deux ou trois plus gros morceaux lui glissèrent des mains, retombèrent à terre et se trouvèrent réduits en miettes, ce qui lui enleva tout espoir de faire reconstituer le vase.
«Sans doute, cet acte manqué avait pour tendance actuelle de faciliter au médecin le recouvrement de son dû, puisqu'il supprimait ce qu'il s'était approprié et ce qui l'empêchait dans une certaine mesure de réclamer les honoraires contestés.
«Mais, en plus de ce déterminisme direct, l'acte manqué dont nous nous occupons en présente encore un autre, beaucoup plus profond et plus important aux yeux du psychanalyste. Il présente aussi un déterminisme symbolique, étant donné que le vase constitue un symbole incontestable de la femme.
«Le héros de cette petite histoire avait été marié; et sa femme, jeune, jolie et qu'il adorait, était morte dans des circonstances tragiques. À la suite de ce malheur, il tomba dans un état de profonde neurasthénie, aggravée par le fait qu'il se considérait comme coupable de la mort de sa femme (j'ai brisé un joli vase).
«À partir de ce moment, il se tint à l'écart des femmes, ne voulut entendre parler ni de remariage ni d'aventures amoureuses, que son inconscient lui faisait apparaître comme des actes d'infidélité à l'égard de celle qu'il avait tant aimée, mais que son conscient refusait, en alléguant qu'il portait malheur aux femmes, qu'il ne voulait pas qu'une autre femme se suicidât à cause de lui, etc. (On voit qu'il ne devait pas conserver longtemps le vase!)
«Étant donné, cependant, l'intensité de sa libido, il n'y a rien d'étonnant qu'il vît dans les relations avec des femmes mariées le moyen le plus adéquat, parce que nécessairement passager, de satisfaire cette libido (d'où appropriation du vase appartenant à une autre personne).
«Les deux faits suivants apportent une intéressante confirmation de cette interprétation symbolique:
«Voulant guérir de sa névrose, il s'était soumis au traitement psychanalytique. Au cours de la séance, alors qu'il racontait comment il avait brisé le vase en grès (terrestre), il en vint à parler de nouveau de son attitude à l'égard des femmes et prétendit qu'il était exigeant jusqu'à l'absurdité: c'est ainsi, par exemple, qu'il exigeait des femmes une beauté «n'ayant rien de terrestre». Il avouait par là qu'il restait toujours attaché à sa femme (morte, donc ayant perdu toute nature terrestre) et ne voulait rien savoir de la «beauté terrestre»; d'où la destruction du vase en terre.
«Et à l'époque où, entré dans la phase du «transfert», il avait conçu le projet imaginaire d'épouser la fille de son médecin, il fit cadeau à celui-ci… d'un vase, comme pour montrer comment il entendait prendre sa revanche du malheur qui lui était arrivé.
«La signification symbolique de cet acte manqué est susceptible encore de plusieurs variantes, liées à certains détails, comme, par exemple, l'hésitation qu'il éprouvait à remplir le vase, etc. Mais ce qui me paraît le plus intéressant, c'est l'existence de plusieurs motifs, de deux tout au moins, qui, venant du préconscient et de l'inconscient et agissant, selon toute vraisemblance, séparément, se reflètent dans le dédoublement de l'acte manqué: le renversement du vase et sa chute à terre.»