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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Il y avait de la lumière plus loin. Non pas la lueur blanche du clair de lune qui filtrait de temps en temps par les fentes du plafond, mais la lumière jaune d’une lampe plus ou moins brillante au gré de la démarche de la personne qui la tenait.

« Quelqu’un vient, souffla Frangin. Un des guides, sûrement ! »

Vorbis avait disparu.

Frangin, en arrêt dans le tunnel, ne savait sur quel pied danser tandis que la lumière se rapprochait en se dandinant.

Une voix âgée demanda :

« C’est toi, Numéro Quatre ? »

La lumière tourna un angle. Elle éclairait à demi un vieil homme qui s’approcha de Frangin et leva la bougie à hauteur de son visage.

« Bé, où il est Numéro Quatre ? » fit-il en jetant un coup d’œil derrière Frangin.

Une silhouette surgit d’un couloir latéral dans le dos de l’homme. Frangin eut la vision fugitive de Vorbis, la figure étrangement paisible, qui empoignait la tête de son bourdon, la tournait et tirait. Du métal acéré étincela une fraction de seconde à la lumière de la bougie.

Puis la lumière s’éteignit.

La voix de Vorbis ordonna : « Repasse devant. »

En tremblant, Frangin obéit. Il sentit l’espace d’un instant sous sa sandale la chair molle d’un bras étendu par terre.

Le gouffre, songea-t-il. Regarde dans les yeux de Vorbis, le gouffre est là. Et je suis dedans avec lui.

Il faut que je me rappelle la vérité fondamentale.

Aucun autre guide ne patrouillait dans le labyrinthe. Au bout d’un million d’années, pas plus, l’air frais de la nuit lui caressa la figure et Frangin émergea sous les étoiles.

« Bravo. Tu te souviens du chemin de la porte ?

— Oui, monseigneur Vorbis. »

Le diacre abaissa son capuchon sur son visage.

« Alors vas-y. »

Quelques torches éclairaient la rue, mais Éphèbe n’était pas une ville qui restait éveillée dans le noir. Deux passants ne leur prêtèrent aucune attention.

« Ils gardent leur port, fit Vorbis sur le ton de la conversation. Mais du côté du désert… Tout le monde sait que nul ne peut traverser le désert. Je suis sûr que toi, tu le sais, Frangin.

— Mais maintenant, à mon avis, ce que je sais n’est pas la vérité, dit le novice.

— Tout à fait.

— Ah. La porte. Il y avait deux sentinelles hier, je crois ?

— J’en ai vu deux.

— À présent c’est la nuit et la porte est fermée. Mais il doit y avoir un gardien. Attends-moi là. »

Vorbis disparut dans la pénombre. Peu après, Frangin entendit une conversation étouffée. Il regarda fixement droit devant lui.

La conversation fut suivie d’un silence tout aussi étouffé. Au bout d’un moment, Frangin se mit à compter mentalement.

À dix, je m’en retourne.

Dix de plus, alors.

D’accord. Disons trente. Et après, je…

« Ah, Frangin. Allons-y. »

Le novice rassembla son courage et se retourna lentement.

« Je ne vous ai pas entendu, monseigneur, parvint-il à dire.

— Je marche sans bruit.

— Il y a un gardien.

— Plus maintenant. Viens m’aider pour les verrous. »

Un petit portillon s’encadrait dans le grand portail. Frangin, l’esprit engourdi de haine, repoussa les verrous du gras de la main. Le portillon s’ouvrit avec à peine un grincement.

Au-dehors, il distingua çà et là des lumières de fermes au loin et des ténèbres grouillantes.

Puis les ténèbres entrèrent en masse.

La hiérarchie, expliqua plus tard Vorbis. Les Ephébiens n’ont pas réfléchi en termes de hiérarchie.

Aucune armée ne pouvait traverser le désert. Mais peut-être qu’une petite troupe d’hommes pouvait couvrir le quart du trajet et laisser une réserve d’eau dans une cachette. Et répéter la manœuvre plusieurs fois. Puis une autre petite armée pouvait utiliser une partie de cette réserve pour pousser plus loin, jusqu’à mi-distance, disons, et cacher une autre réserve. Après quoi une autre petite troupe…

L’opération avait pris des mois. Un tiers des soldats avaient péri de la chaleur, de la déshydratation, des assauts des animaux sauvages ou pire, le pire de ce que réservait le désert…

Il fallait un esprit comme celui de Vorbis pour concevoir un tel plan.

Et le concevoir tôt. Des hommes avaient déjà trouvé la mort dans le désert quand frère Colvert était parti prêcher ; il existait déjà une piste bien dessinée quand la flotte omnienne avait brûlé dans la baie devant Éphèbe.

Il fallait un esprit comme celui de Vorbis pour concevoir les représailles avant d’ouvrir les hostilités.

Tout fut terminé en l’espace d’une heure. La vérité fondamentale, c’est que la poignée de gardes éphébiens du palais n’eut pas la moindre chance.

Vorbis se tenait droit dans le fauteuil du tyran. Il était près de minuit.

On avait amené devant lui une assemblée d’Ephébiens, parmi lesquels le tyran.

Plongé dans de la paperasse, il leva soudain la tête d’un air légèrement surpris, comme s’il ne s’était pas rendu compte qu’une cinquantaine de personnes attendaient sous son nez.

« Ah, fit-il avant de se fendre d’un petit sourire éclatant.

» Bon, reprit-il, j’ai le plaisir d’annoncer que nous pouvons maintenant nous dispenser du traité de paix. Parfaitement superflu. Pourquoi caqueter à n’en plus finir sur la question quand il n’y a plus de guerre ? Éphèbe est désormais un diocèse d’Omnia. Il n’y a plus à discuter. »

Il jeta un papier par terre.

« Une flotte va arriver dans quelques jours. Il n’y aura pas d’opposition tant que nous tenons le palais. En ce moment même on réduit en miettes votre miroir infernal. »

Il mit ses doigts en clocher et contempla l’assemblée d’Ephébiens.

« Qui l’a fabriqué ? »

Le tyran releva la tête.

« C’est une fabrication éphébienne, répondit-il.

— Ah, fit Vorbis, la démocratie. J’oubliais. Alors, qui… (il fit un signe à un garde qui lui tendit un sac) a écrit cela ? »

Un exemplaire de De Chelonian mobile atterrit sur le dallage de marbre.

Frangin se tenait debout derrière le trône. La place qu’on lui avait assignée.

Il avait plongé les yeux dans le gouffre, et maintenant c’était lui, le gouffre. Tout ce qui l’entourait donnait l’impression de se passer dans un lointain cercle de lumière environné de ténèbres. Les pensées se succédaient sous son crâne.

Le cénobiarche était-il au courant de cette histoire ? Quelqu’un d’autre connaissait-il les deux sortes de vérité ? Qui d’autre savait que Vorbis combattait les deux camps d’une guerre, comme un gamin qui joue aux petits soldats ? Quel mal y avait-il vraiment à ça si c’était pour la plus grande gloire de…

… d’un dieu qui était une tortue ? D’un dieu dans lequel seul Frangin croyait ?

À qui s’adressait Vorbis quand il priait ?

Au milieu de sa tempête mentale, Frangin entendit le timbre égal de Vorbis : « Si le philosophe qui a écrit ceci n’avoue pas, vous irez tous au bûcher. Je ne parle pas en l’air, soyez-en sûrs. »

Un mouvement se produisit dans la foule et la voix d’Honorbrachios s’éleva.

« Laissez tomber ! Vous l’avez entendu ! Et puis… j’ai toujours attendu cette occasion… »

Deux serviteurs furent écartés, et le philosophe émergea du groupe d’Ephébiens en clopinant, sa lanterne inutile brandie au-dessus de sa tête en un geste de défi.

Frangin le regarda s’arrêter un instant puis pivoter lentement jusqu’à se trouver face à Vorbis. Il s’avança alors de quelques pas et tendit la lanterne devant lui, l’air d’étudier le diacre d’un œil critique.

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