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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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— Y a des tunnels partout dans ce rocher, expliqua Honorbrachios.

— Peut-être, mais ça ne se dit pas !

— J’ai envie de croire ce gars-là. Il a une figure honnête. Philosophiquement parlant.

— Pourquoi on devrait lui faire confiance ?

— Un gars assez bestiasse pour s’imaginer qu’on va lui faire confiance dans les circonstances actuelles, on doit justement s’y fier, expliqua Honorbrachios. Il est trop bestiasse pour vouloir nous tromper.

— Je peux m’en aller tout de suite, dit Frangin. Et alors, elle sera où votre bibliothèque ?

— Vous voyez ? lança Simonie.

— Au moment même où l’avenir a l’air de s’assombrir, voilà qu’il nous tombe d’un coup des amis de partout, fit Honorbrachios. C’est quoi, ton plan, jeune homme ?

— Je n’en ai pas, répondit le novice. Je fais seulement les choses les unes après les autres.

— Et ça va te demander combien de temps de faire les choses les unes après les autres ?

— À peu près dix minutes, je crois. »

Simonie jeta un regard mauvais à Frangin.

« Maintenant, vous allez prendre les livres, dit le novice. Et je vais avoir besoin de lumière.

— Mais vous ne savez même pas lire ! objecta Tefervoir.

— Je ne vais pas les lire. » Frangin posa un regard inexpressif sur le premier rouleau, en l’occurrence De Chelonian mobile.

« Oh. Mon dieu, fit-il.

— Ça va pas ? demanda Honorbrachios.

— Est-ce que quelqu’un pourrait aller chercher ma tortue ? »

Simonie traversa le palais au petit trot. On ne lui prêta guère attention. La majeure partie de la garde éphébienne se trouvait à l’extérieur du labyrinthe, et Vorbis avait clairement fait comprendre à tous ceux qui auraient envisagé de s’aventurer à l’intérieur ce qui arriverait aux occupants du palais. Des groupes de soldats omniens pillaient avec une certaine discipline.

Et puis il regagnait ses quartiers.

Il y avait bien une tortue dans la chambre de Frangin. Elle trônait sur la table, entre un rouleau et une écorce de melon rongée, et elle dormait, pour autant qu’on puisse en être sûr avec les tortues. Simonie la saisit sans cérémonie, la fourra dans son sac et reprit en vitesse le chemin de la bibliothèque.

Il s’en voulait de ce qu’il faisait. L’imbécile de prêtre avait tout gâché ! Mais Honorbrachios lui avait fait promettre, et Honorbrachios, c’était l’homme qui connaissait la Vérité.

Pendant tout le trajet, il eut l’impression que quelqu’un s’efforçait d’attirer son attention.

« Vous arrivez à vous en souvenir rien qu’en les regardant ? demanda Tefervoir.

— Oui.

— Tout le rouleau ?

— Oui.

— Je ne vous crois pas.

— Dans le mot LIBRVM, dehors, la première lettre est ébréchée en haut, dit Frangin. Xénon a écrit les Réflexions, le vieux Aristocrate les Platitudes, et Honorbrachios trouve les Discours d’Ibid complètement idiots. Il y a six cents pas entre la salle du trône du tyran et la bibliothèque. Il y a un…

— Bé, il a une bonne mémoire, faut lui reconnaître ça, fit Honorbrachios. Montre-lui d’autres rouleaux.

— Comment on saura qu’il les a mémorisés ? demanda Tefervoir en étalant un rouleau de théorèmes géométriques. Il ne sait pas lire, coquin de sort ! Et même s’il savait lire, il ne sait pas écrire !

— Faudra lui apprendre ! »

Frangin contempla un rouleau rempli de cartes. Il ferma les yeux. L’espace d’un instant les contours dentelés rougeoyèrent sur la face interne de ses paupières, puis il les sentit s’incruster dans son cerveau. Elles se trouvaient toujours là, quelque part, et il pouvait les en ramener à tout moment. Tefervoir étala un autre rouleau. Des représentations d’animaux. Le suivant, des dessins de plantes et beaucoup d’écriture. Puis uniquement de l’écriture. Puis des triangles et des machins. Tous les renseignements s’imprimèrent dans sa mémoire. Au bout d’un moment, il n’avait même plus conscience du document qu’on déroulait. Il ne faisait que regarder.

Il se demanda combien contenait sa mémoire. Mais c’était idiot. On se souvient de tout ce qu’on voit, voilà. Un dessus de table ou un rouleau couvert d’écriture. Le grain et la couleur du bois renfermaient autant d’informations que les Réflexions de Xénon.

Malgré tout, il se sentait le cerveau un peu lourd, avait l’impression que s’il tournait brusquement la tête, la mémoire lui déborderait des oreilles.

Tefervoir prit un rouleau au hasard et l’étala à moitié.

« Décrivez à quoi ressemble le puzuma ambigu, demanda-t-il.

— Sais pas », répondit Frangin. Il cligna des yeux.

« Bravo, monsieur Mémoire, fit Tefervoir.

— Il sait pas lire, petit. C’est pas juste, ça, dit le philosophe.

— D’accord. Bé alors… la quatrième image du troisième rouleau que vous avez vu, dit Tefervoir.

— Une bête à quatre pattes qui regarde vers la gauche, le renseigna Frangin. Une grosse tête de chat, des épaules larges et un corps fuselé vers l’arrière-train. Le corps est un motif à carreaux clairs et foncés. Les oreilles sont toutes petites et plaquées contre le crâne. Six moustaches. La queue est courte. Seules les pattes postérieures ont des griffes, trois griffes à chaque. Les antérieures font à peu près la même longueur que la tête et sont levées contre le corps. Une bande de poils épais…

— C’était il y a cinquante rouleaux, fit Tefervoir. Il n’a vu tout le rouleau qu’une seconde ou deux. »

Ils regardèrent Frangin. Qui cligna encore des yeux.

« Vous connaissez tout ? reprit Tefervoir.

— Je ne sais pas.

— Vous avez la moitié de la bibliothèque dans la cougourde !

— Je me sens… un… peu… »

La bibliothèque d’Éphèbe était une fournaise. Les flammes bleuissaient là où le cuivre fondu gouttait sur les étagères.

Toutes les bibliothèques, partout, sont reliées par les trous de ver percés dans l’espace par les fortes distorsions d’espace-temps qu’on trouve aux abords de toute concentration massive de livres. Seuls quelques bibliothécaires apprennent le secret, et un règlement inflexible en limite l’emploi. Car il équivaut au voyage dans le temps, et le voyage dans le temps est source de gros ennuis.

Mais si une bibliothèque brûle, et si les livres d’histoire en font état…

Il y eut un petit claquement sec qui passa complètement inaperçu parmi les crépitements des rayonnages, et une silhouette tomba de nulle part sur un bout de plancher encore intact au milieu de la bibliothèque.

Elle avait une allure anthropoïde mais elle agit sans la moindre hésitation. De longs bras simiens étouffèrent les flammes, sortirent les rouleaux des rayonnages et les fourrèrent dans un sac. Une fois le sac plein, elle revint au milieu de la salle… et disparut dans un autre claquement.

Cet incident n’a rien à voir avec notre histoire.

Ni le fait que des rouleaux qu’on croyait détruits dans le grand incendie de la bibliothèque d’Éphèbe réapparurent quelque temps après en excellent état à la bibliothèque de l’Université de l’Invisible d’Ankh-Morpork.

Mais c’est tout de même agréable de le savoir.

Frangin se réveilla avec l’odeur de la mer dans les narines. Du moins, l’odeur de mer telle que se l’imaginent les gens, entendez une puanteur de poisson avarié et d’algues pourries.

Il se trouvait dans une espèce de cabane. Le peu de lumière qui parvenait à passer par l’unique fenêtre non vitrée était rouge, et elle clignotait. Un côté de la cabane s’ouvrait sur la mer. La lumière rougeoyante y révéla quelques silhouettes regroupées autour de quelque chose.

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