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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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— Rapportez-le quand vous en aurez plus besoin, fit Honorbrachios.

— Dites, c’est comme ça qu’on lit à Omnia ? demanda Tefervoir.

— Quoi ?

— À l’envers. »

Frangin ramassa la tortue, lança un regard noir à Tefervoir puis sortit de la bibliothèque à grands pas et d’un air aussi hautain que possible.

« Hmm », fit Honorbrachios. Il tambourina des doigts sur la table.

« C’est lui que j’ai vu à la taverne hier soir, dit Tefervoir. J’en suis sûr, maître.

— Mais les Omniens sont ici, dans le palais.

— C’est vrai, maître.

— Mais la taverne, elle est dehors.

— Oui.

— Alors, c’est qu’il a dû voler par-dessus le mur, c’est ça ?

— Je suis sûr que c’est lui, maître.

— Alors… peut-être qu’il est arrivé après les autres. Peut-être qu’il était pas entré quand tu l’as vu.

— C’est forcément ça, maître. Les gardiens du labyrinthe, on ne peut pas les acheter. »

Honorbrachios flanqua un coup de lanterne derrière la tête de Tefervoir.

« Jeune couillon ! Je t’ai pourtant répété de faire attention aux affirmations de ce genre.

— Je voulais dire : ils ne sont pas facilement achetables, maître. Pas pour tout l’or d’Omnia, par exemple.

— Comme ça, c’est mieux.

— Tu crois que cette tortue, c’était un dieu, maître ?

— Si c’en est un, il va le sentir passer à Omnia. Ils ont une saleté de dieu, là-bas. Tu as déjà lu le vieux Abraxas ?

— Non, maître.

— Grand amateur de dieux. Grand expert. Emboucanait toujours le poil roussi. Naturellement résistant. »

Om se traînait lentement le long d’une ligne du rouleau.

« Arrête de faire les cent pas comme ça, dit-il, je n’arrive pas à me concentrer.

— Comment les gens peuvent-ils raconter des bêtises pareilles ? demanda Frangin dans le vide. Ils se conduisent comme s’ils étaient heureux de ne rien savoir ! Ils découvrent de plus en plus de choses qu’ils ne connaissent pas ! On dirait des enfants qui viennent fièrement montrer leur pot de chambre rempli ! »

Om marqua d’une griffe le dernier mot déchiffré.

« Mais ils découvrent des choses, dit-il. Cet Abraxas, c’était un penseur, pas de doute. Moi-même, je ne connaissais pas tout ça. Assieds-toi ! »

Frangin obéit.

« Bien, fit Om. À présent… écoute. Tu sais comment les dieux acquièrent du pouvoir ?

— Grâce aux gens qui croient en eux, répondit le novice. Des millions de gens croient en toi. »

Om hésita.

D’accord, d’accord. On est ici et maintenant. Tôt ou tard, il s’en rendra compte tout seul…

« Ils ne croient pas, dit Om.

— Mais…

— C’est arrivé par le passé. Des dizaines de fois. Sais-tu qu’Abraxas a trouvé la cité perdue d’Ee ? Des sculptures très curieuses, à ce qu’il dit. La foi, dit-il. La foi change. Les gens commencent par croire au dieu et finissent par croire à la structure.

— Je ne comprends pas, dit Frangin.

— Je vais t’expliquer autrement, fit la tortue. Je suis ton dieu, d’accord ?

— Oui.

— Et tu vas m’obéir ?

— Oui.

— Bien. Maintenant, prends un caillou et va tuer Vorbis. »

Frangin ne bougea pas.

« Je suis sûr que tu m’as entendu, fit Om.

— Mais il va… Il est… La Quisition, elle…

— À présent tu sais ce que je veux dire. Tu as désormais davantage peur de lui que de moi. Abraxas écrit ici : “Autoure du dieu, il se forme une carapace de prières, de cérémonies, de bastiments, de prestres et d’autorité, jusqu’à ce que le dieu finisse par mourir. Et il se peust que nul ne s’en apersoive.”

— Ce n’est pas possible !

— Je crois que si. Abraxas dit qu’il existe une espèce de coquillage qui vit de la même façon. Il lui pousse une coquille de plus en plus grosse jusqu’à ce qu’il n’arrive plus à se déplacer, et alors il meurt.

— Mais… Mais… Ça veut dire… Toute l’Église…

— Oui. »

Frangin s’efforça d’assimiler l’idée, mais l’énormité de la chose lui débordait de la boîte crânienne.

« Mais tu n’est pas mort, parvint-il à dire.

— Ça vaudrait pourtant mieux, fit Om. Et tu sais quoi ? Aucun autre petit dieu ne cherche à prendre ma place. Est-ce que je t’ai déjà parlé d’Ur-Gilash ? Non ? C’est le dieu qui m’a précédé dans ce qui est à présent Omnia. Pas extraordinaire comme dieu. Surtout un dieu météorologique. Ou un dieu serpent. Quelque chose, en tout cas. Il a quand même fallu des années pour se débarrasser de lui. Des guerres et tout. Alors je me dis… »

Frangin restait silencieux.

« Om existe toujours, fit la tortue. La coquille, j’entends. Tout ce que tu as à faire, c’est aider les gens à comprendre. »

Frangin ne disait toujours rien.

« Tu peux être le prochain prophète, ajouta Om.

— Impossible ! Tout le monde sait que le prochain prophète, c’est Vorbis !

— Ah, mais toi, tu seras l’officiel.

— Non !

— Non ? Je suis ton dieu !

— Et moi, je suis moi. Je ne suis pas un prophète. Je ne sais même pas écrire. Je ne sais pas lire. Personne ne m’écoutera. »

Om le regarda de haut en bas.

« Je dois reconnaître que tu n’es pas l’élu que j’aurais élu, dit-il.

— Les grands prophètes avaient des visions, reprit Frangin. Même quand ils… Même quand on ne leur parlait pas, ils avaient des choses à dire. Qu’est-ce que je pourrais dire, moi ? Je n’ai rien à dire à personne. Je dirais quoi ?

— Croyez dans le grand dieu Om.

— Et après ?

— Comment ça, et après ? »

Frangin regarda d’un œil morne la cour qui s’assombrissait dehors.

« Croyez dans le grand dieu Om ou vous serez frappés par la foudre, dit-il.

— Ça me paraît bien, à moi.

— Faut toujours que ce soit comme ça ? »

Les derniers rayons du soleil se réfléchirent sur la statue au centre de la cour. Une statue vaguement féminine. Un pingouin se tenait perché sur son épaule.

« Patina, la déesse de la sagesse, dit Frangin. Celle qui a un pingouin. Pourquoi un pingouin ?

— Aucune idée, répondit aussitôt Om.

— Les pingouins n’ont aucun rapport avec la sagesse, si ?

— Je ne crois pas. Sauf qu’on n’en trouve pas à Omnia. Plutôt sage de leur part.

— Frangin !

— C’est Vorbis, dit Frangin en se levant. Je te laisse ici ?

— Oui. Il reste encore du melon. Du pain, je veux dire. »

Frangin sortit tranquillement dans le crépuscule.

Vorbis était assis sur un banc sous un arbre, aussi immobile qu’une statue dans l’ombre.

La certitude, songeait Frangin. J’étais certain de moi, avant. À présent, je ne suis plus si sûr.

« Ah, Frangin. Tu vas m’accompagner pour une petite promenade. Nous allons prendre un peu l’air du soir.

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