Les petits dieux [Small Gods - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #13
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-102-7
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
— Ne lui dis pas ! Ne lui dis pas ! Les dieux locaux vont entendre !
— Je ne sais pas », répondit le novice.
Honorbrachios retourna Om.
« La tortue se meut, dit Tefervoir d’un air songeur.
— Quoi ? fit Frangin.
— Le maître a écrit un livre, expliqua Tefervoir.
— Pas vraiment un livre, fit Honorbrachios avec modestie. Plutôt un bout de parchemin. Une bricole, comme ça, vite fait.
— Qui dit que le monde est plat et voyage dans l’espace sur le dos d’une tortue géante ? demanda Frangin.
— Vous l’avez lu ? » Honorbrachios avait le regard fixe. « Vous êtes esclave ?
— Non, répondit Frangin. Je suis…
— Ne donne pas mon nom ! Dis que tu es un scribe, n’importe quoi !
— … un scribe, termina Frangin d’une petite voix.
— Ouais, fit Tefervoir. Je vois ça. Le cal révélateur sur le pouce, là où vous tenez la plume. Les taches d’encre sur vos manches. »
Frangin jeta un coup d’œil à son pouce gauche. « Je ne…
— Voueille, dit Tefervoir avec un grand sourire. Gaucher, hein ?
— Euh… je me sers des deux mains. Mais pas très bien, tout le monde le dit.
— Ah, fit Honorbrachios. Ambisinistre ?
— Quoi ?
— Il veut dire malhabile des deux mains, expliqua Om.
— Oh. Oui. C’est moi, ça. » Frangin toussa poliment. « Écoutez… je cherche un philosophe. Hum. Qui s’y connaît en dieux. » Il attendit.
Puis il ajouta : « Vous n’allez pas dire que ce sont des reliques d’un système de croyances passé de mode ? »
Honorbrachios, qui promenait toujours les doigts sur la carapace d’Om, fit non de la tête.
« Nan. Je préfère que la foudre, elle tombe loin de moi.
— Oh. Pourriez-vous arrêter de le tourner et le retourner ? Il vient de me dire qu’il n’aime pas ça.
— On peut connaître leur âge en les coupant en deux et en comptant les anneaux, fit Honorbrachios.
— Hum. Il n’a pas beaucoup le sens de l’humour non plus.
— Vous êtes omnien, on dirait.
— Oui.
— Vous êtes ici pour discuter du traité ?
— Moi, j’écoute.
— Et qu’est-ce que vous voulez savoir sur les dieux ? »
Frangin donna l’impression d’écouter.
Puis il répondit enfin :
« Comment ils naissent. Comment ils grandissent. Et ce qui leur arrive après. »
Honorbrachios posa la tortue dans les mains de Frangin.
« Bé, ça coûte de l’argent, ce genre de réflexion, dit-il.
— Prévenez-moi quand on aura dépassé les cinquante-deux oboles », répliqua le novice. Honorbrachios sourit.
« On dirait que vous pouvez réfléchir tout seul, dit-il. Vous avez une bonne mémoire ?
— Non. Pas exactement.
— Ah bon ? Bon. Venez dans la bibliothèque. Elle a un toit en cuivre mis à la terre, vous savez. Les dieux, ils ont vraiment horreur de ces trucs-là. »
Honorbrachios tendit la main derrière lui et attrapa une lanterne en fer rouillée.
Frangin leva les yeux sur le grand bâtiment blanc.
« C’est la bibliothèque ? demanda-t-il.
— Voueille, répondit Honorbrachios. C’est pour ça qu’on a gravé LIBRVM au-dessus de la porte en grosses lettres. Mais un scribe comme vous, ça doit savoir ça, évidemment. »
La bibliothèque d’Éphèbe était – avant son incendie – la deuxième plus grande du Disque.
Pas aussi grande que celle de l’Université de l’Invisible, bien entendu, laquelle bénéficiait de deux ou trois avantages que lui conférait sa nature magique. Aucune autre bibliothèque, nulle part, n’avait par exemple une galerie entière de livres non écrits – mais qui l’auraient été si l’auteur ne s’était pas fait dévorer par un alligator vers le chapitre un, et ainsi de suite. Des atlas de pays imaginaires. Des dictionnaires de mots illusoires. Des guides pour observateurs de l’invisible. Des thésaurus sauvages dans la salle de Lecture Perdue. Une bibliothèque si grande qu’elle déformait la réalité et ouvrait des portes sur toutes les autres bibliothèques dans l’espace et le temps…
Et tellement différente de la bibliothèque d’Éphèbe avec ses quatre ou cinq cents volumes. Beaucoup d’entre eux n’étaient que des rouleaux afin d’éviter au lecteur la peine d’appeler un esclave dès qu’il voulait tourner une page. Mais chacun reposait dans son propre casier.
Il ne faut pas conserver les livres trop près les uns des autres, sinon ils déclenchent entre eux des réactions étranges et imprévisibles.
Des rayons de soleil transperçaient les ombres comme des lances, aussi palpables que des piliers dans l’atmosphère empoussiérée.
Bien que ce fût la moindre des merveilles de la bibliothèque, Frangin ne put s’empêcher de remarquer une construction étrange dans les allées. On avait fixé des lattes de bois entre les rangées d’étagères en pierre à deux mètres environ de hauteur, des lattes qui supportaient une planche plus large sans utilité apparente. Sa face inférieure était décorée de formes grossières en relief.
« La bibliothèque », annonça Honorbrachios.
Il leva la main. Ses doigts caressèrent délicatement la planche au-dessus de sa tête.
Frangin comprit. « Vous êtes aveugle, hein ?
— C’est ça.
— Mais vous portez une lanterne.
— C’est vrai. Mais je mets pas d’huile dedans.
— Une lanterne qui n’éclaire pas pour un homme qui ne voit pas.
— Voueille. Ça marche au poil. Et c’est très philosophique, évidemment.
— Et vous vivez dans un tonneau ?
— Très à la mode, de vivre dans un tonneau, fit Honorbrachios qui s’élança d’un bon pas, ses doigts ne touchant que de temps en temps les motifs en relief sur la planche. La plupart des philosophes s’y sont mis. C’est une marque de mépris pour les choses de ce monde. Remarquez, Légibus, il a un sauna dans le sien. C’est pas croyable tous les trucs auxquels on pense là-dedans, qu’il dit. »
Frangin regarda autour de lui. Des rouleaux dépassaient de leurs casiers comme des coucous chantant l’heure.
« C’est tellement… Je n’avais encore jamais vu de philosophe avant de venir ici, dit-il. Hier soir, ils étaient tous…
— Faut vous rappeler, y a trois grandes façons d’aborder la philosophie dans notre pays, fit Honorbrachios. Dis-lui, Tefervoir.
— Il y a les xénoïstes, s’empressa d’expliquer Tefervoir. Ils soutiennent que le monde est fondamentalement complexe et aléatoire. Et il y a les ibidiens. Eux soutiennent que le monde est fondamentalement simple et qu’il suit certaines règles élémentaires.
— Et puis y a moi, termina Honorbrachios en tirant un rouleau de son logement.
— Le maître soutient que c’est fondamentalement un drôle de monde, fit Tefervoir.
— Et qu’on y trouve pas assez à boire, ajouta Honorbrachios.
— Et qu’on n’y trouve pas assez à boire.
— Les dieux… » fit Honorbrachios comme pour lui seul. Il sortit un autre rouleau. « Vous voulez vous renseigner sur les dieux ? Voici les Réflexions de Xénon, les Platitudes de ce brave Aristocrate, les Discours de ce fada fini d’Ibid, les Géométries de Légibus, les Théologies de Hiérarche… »
Les doigts d’Honorbrachios dansaient sur les casiers. L’atmosphère s’épaississait de poussière.
« Ce sont tous des livres ? demanda Frangin.
— Hé voueille. Tout le monde en écrit par ici. Impossible de les retenir, ces couillons-là.