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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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C’est lui qui, après l’exposition de 1874, alors qu’il connaît des revers financiers, acquiert pour 800 francs Impression, soleil levant. Il était devenu un des propriétaires de la Gazette des Beaux-Arts, avec le brillant Charles Ephrussi et Édouard André, l’homme du futur musée Jacquemart-André. Mais l’achat de la toile majeure de la période lui a porté malheur. En 1875, il abandonne son entreprise. Il cède ses parts de la Gazette. Il avait acheté cinquante-deux Monet, avant sa faillite en 1877. L’année où sa femme lui donne un Monet de plus, mais qui n’est plus un tableau puisque c’est un enfant, Jean-Pierre — et peut-être la petite Germaine était-elle déjà la fille de l’artiste. L’été suivant, Alice s’installe avec sa famille à Vétheuil, chez Camille et Claude Monet. Ernest Hoschedé n’est mort qu’en 1891. Un an plus tard, Alice Hoschedé, discrètement, épouse Claude Monet. Tout le monde aujourd’hui est à Giverny, dans le même tombeau.

De la splendeur Hoschedé, après la vente du château de Rottembourg, il ne restait que ce bureau. Il résumait toute cette aventure, toutes ces passions, toute cette folie.

De deux choses l’une : soit Fujiwara a trouvé les documents, les a étudiés, et les y a selon toute probabilité cachés à nouveau — et alors il a de bonnes chances d’être aussi au cœur du crime, avec Paul Preston, selon l’hypothèse de Pénélope. Soit les documents n’ont jamais été trouvés. Dans les deux cas, ils sont là — ils ne peuvent pas se trouver ailleurs.

« Je suis monté dans la chambre en courant quand j’ai compris, j’ai laissé Fujiwara dans la cuisine qui m’a pris pour un fou.

— Et tu as constaté que la pièce maîtresse avait disparu.

— Comment sais-tu ?

— Que tu es stupide parfois, Wandrille. On a vu mon directeur du Mobilier national qui le déménageait, ce bureau… Reviens sur terre, suis un peu, tu es plus qu’endormi. Et c’est à la suite d’un caprice de ton père qui a voulu qu’on restaure à toute allure son frère jumeau que ce bureau est parti pour mes ateliers des Gobelins… Il est en sûreté. Tu sais qui il faut appeler pour pousser la bobinette et faire choir la chevillette ? L’officier de sécurité de monsieur ton ministre de père. Il m’a fait une démonstration. Il est plus que doué. C’est Robert, je crois, son prénom… »

12

Comment Monet a gagné la Grande Guerre

Paris, mardi 28 juin 2011

Dans l’immense hangar où dorment les meubles de la France, le bureau de M. Monet est debout sur une palette en bois blanc, comme une caisse de légumes dans un grand magasin. À côté de lui brille son frère ou son cousin, que les restaurateurs sont en train de revernir au tampon, après avoir mesuré toutes les cotes qui permettent d’affirmer que ces deux meubles ont été fabriqués à l’aide des mêmes gabarits et qu’ils sont sortis du même atelier probablement à la même date. On a démonté les bronzes, on les a nettoyés, ils sont en train d’être refixés.

Wandrille a appelé l’officier de sécurité de son père, qui somnolait dans sa voiture. Le ministre est à l’Assemblée, il n’en sortira que très tard, l’idée d’aller aux Gobelins expertiser un bureau séduit Robert plus que la perspective de lire une seconde fois le dernier numéro de Jardins Jardins qui traîne sur la banquette : un spécial boutures avec un grand dossier central « Réussir votre bouquet ». Le ministre en a acheté une pile pour doper les ventes.

Robert rejoint Wandrille en vingt minutes. Pénélope a appelé sa collègue de bureau, qui, sans avertir l’administrateur général, les a tout de suite conduits dans l’entrepôt.

Le mécanisme se trouve être exactement le même que pour le premier bureau. Robert ralentit ses mouvements comme un prestidigitateur s’apprêtant à réussir le numéro de la femme dans le coffre. La porte secrète se déclenche. Wandrille se hisse sur la pointe des pieds pour apercevoir le trésor.

Le tiroir est vide.

Wandrille est blême : « Évidemment, ce maniaque d’art floral, Kintô Fujiwara, a dû tout vider ! »

Le Japonais avait été prévenu du transfert du bureau « pour étude » au Mobilier national, il avait eu le temps de sortir les papiers de la cachette, peut-être même cela s’était-il fait cinq minutes avant qu’il n’accueille, en s’inclinant, Pénélope et Wandrille sur le perron de la maison…

« Attendez », dit Robert.

L’officier déboîte le tiroir, le fait sortir de son logement avec un air de fierté qui surprend Wandrille.

Des liasses de lettres apparaissent. Elles n’étaient pas à l’intérieur du tiroir secret, elles étaient dessous, dans la coque même du meuble.

Monet n’a rien trié, il les jetait là pour les cacher — et il y en a des centaines ; toute la correspondance qu’il avait promis au Tigre de brûler ce fameux jour de novembre 1918.

Wandrille a pris avec lui le grand sac de sport qu’il utilise au Cercle et qui traîne toujours à l’arrière de sa voiture, il explique à la collègue de Pénélope que c’est à la demande expresse du directeur de Giverny qu’il faut mettre à l’abri ces papiers. Il sort, triomphant. Pénélope, ne doutant pas du succès, a appelé Vernochet à l’heure dite pour lui demander de geler la transaction.

Wandrille a une soirée devant lui pour étudier, seul, ces documents que tous les fous de Monet rêvent de voir un jour publiés.

Au piano, le voisin de Wandrille — Sophie s’est disculpée — se lance. Wandrille qui n’y tient plus monte à l’étage et tambourine. Il trouve un maigrichon en caleçon, une partition à la main.

« Vous progressez dans la Pathétique

— Ben, c’est la Pastorale.

— Vous voyez que vous feriez mieux d’arrêter Beethoven.

— Il n’est que huit heures, les nuisances ça ne commence…

— C’est vous qui êtes une nuisance ! Vous n’avez pas plutôt une petite amie ? Un ordinateur ? Vous connaissez Internet ?

— Vous voudriez que je branche le casque ? Il y en a un avec ce clavier, c’est tout simple. Vous auriez dû monter me le dire, je suis confus… »

Wandrille aura mis un mois à oser faire cela. Il se sent un homme, un héros. Il redescend. Il met un disque de tango. Il respire. Il va comprendre, dans le silence, ce que la France doit à Claude Oscar Monet, peintre impressionniste.

Il a une soirée à passer en tête à tête avec son principal rival — en ce moment — dans le cœur de Pénélope : c’est pour elle qu’il va percer les secrets du maître de Giverny.

Les documents sont nombreux, certains sont illisibles car entièrement chiffrés, mais beaucoup d’autres ne sont pas codés. Wandrille va d’instinct à ce qui lui semble important — vivre avec une conservatrice, c’est utile. Une série de liasses sont numérotées de 1 à 25 et se suivent. Un mot est collé sur la première :

« Mon vieux Monet,

« Je te renvoie en les confiant à Alice qui ignore ce qu’elle t’apporte — elle croit que ce sont des livres — ces documents qui ne sont plus en sûreté rue de la Pépinière. Ce sont toutes nos négociations à propos de Monaco, de l’Italie, les dossiers chiffrés des Américains et des Anglais.

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