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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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Elle avait juré de venger la mémoire de son grand-père, mort innocent, au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni. Elle voulait le réhabiliter. Retrouver les documents secrets qui montreraient au monde quel vrai rôle il avait joué. Elle y serait parvenue si elle n’avait pas été assassinée.

*

Le 5 décembre 1926, Monet est mort à Giverny. Il n’avait sans doute pas oublié les Rémy, il avait de quoi être fier de ce qu’il avait fait pour la France : grâce à lui, les Américains étaient arrivés au bon moment dans cette fichue guerre — et ils avaient pu dire « La Fayette, nous voici ». Les Anglais avaient su que Clemenceau était prêt à jouer leur jeu, le prince de Suède ne soutiendrait pas un obscur prince allemand pour monter sur le trône de Monaco, le prince Albert Ier avait pu jouer pleinement son rôle sur l’échiquier politique européen et défendre les belles idées qui feraient triompher la cause des innocents, des opprimés, et des poissons de toutes les mers du globe — et lui, Monet, avait pu peindre jusqu’à ce que sa main ne soit plus capable de tenir le pinceau, seul dans sa nuit, avec ses lunettes opaques, scaphandrier perdu dans la peinture.

Il n’avait bien sûr pas détruit les lettres, et Clemenceau se doutait bien qu’il ne l’avait pas fait. Clemenceau savait que les documents les plus importants, ceux qui avaient contribué à la Victoire, ceux qui concernaient l’entrée en guerre des Américains en 1917, les liens avec les ministres britanniques, étaient écrits en code, indéchiffrables. L’affaire monégasque, les comptes rendus de réunions à Bordighera, nécessitaient moins de précautions, ces affaires-là, il aurait compris que Monet en garde quelques traces. Mais les documents chiffrés, eux, il aurait vraiment fallu les détruire, qu’on ne sache jamais combien d’argent on avait dépensé pour mener cette politique de l’ombre. Aux yeux de l’Histoire, quelle importance !

Le code secret, Monet et lui l’avaient utilisé ensemble, pour la dernière fois, ce fameux 18 novembre 1918. Monet riait toujours de la cachette qu’il lui avait trouvée : Alice avait brodé, le long de l’ourlet de la nappe en cretonne de la cuisine, deux séries de lettres qu’il suffisait de superposer en pliant le tissu en diagonale.

Le jour de l’enterrement de Monet, le Tigre avait vu, au premier coup d’œil, cette nappe avec ses petites fleurs sur la table en bois peinte en jaune.

Il avait alors eu ce geste historique et ce mot devenu fameux : « Pas de noir pour Monet », et le cercueil était parti drapé dans la nappe en cretonne.

Les vingt-deux panneaux des Nymphéas, assemblés comme une tapisserie, ont pris place peu de temps après la mort du peintre dans le bâtiment de l’Orangerie, au bord du jardin des Tuileries. George Clemenceau présida bien sûr en personne à l’inauguration. Les invités des premiers jours eurent l’impression d’entrer dans un aquarium avec des fenêtres découpées ouvrant sur un monde sous-marin inconnu et nouveau, comme s’ils voyaient l’invisible. Le cercle de toiles peintes s’était refermé.

14

Un hôtel au bord des pistes

Dans la neige, le 2 juillet 2011

La matinée de ski a été épuisante. Pénélope a des courbatures, Wandrille est en nage. Ils sont heureux. Une belle poudreuse en juillet, c’est une surprise. Leur suite donne sur les pistes, ils se déshabillent devant la grande fenêtre, en plein soleil. Leurs caresses sont tendres, sans paroles, ils se regardent. Cela fait des années qu’ils ne sont pas allés skier. Ils se sont roulés sur la peau de mouton sur le parquet en larges planches de bois en poussant des cris de sauvages.

Wandrille a décidé de partir sur un coup de tête. Trop d’émotion, trop de cavalcade, il a senti que, pour la première fois depuis qu’ils se connaissent, Pénélope avait besoin d’un peu de calme et de repos. Il n’a rien dit. Il a écrit son article sur le mariage du prince et de la princesse de Monaco la veille de l’événement, et il a pris deux billets d’avion. Ils allaient manquer la fête, tant mieux, ils la verraient en même temps que le monde entier. Wandrille s’est dit qu’il pouvait toujours improviser un voyage de noces sans noces. C’est lui qui a eu cette idée de ski et il ne regrette pas. Leur mariage attendra encore un peu : ils n’ont jamais été plus amoureux.

Pénélope a sympathisé avec le moniteur, en blouson rouge, toute surprise de découvrir qu’il s’agit d’un Français, ils ont parlé de l’école de ski de La Clusaz, où il a fait ses classes — certaine de l’effet que tous ces échanges de sourires produiraient, au retour, sur Wandrille. Lui faisait des photos d’une petite famille en luge, des émiratis avec leurs nannies philippines riant très fort. Le bellâtre de La Clusaz s’est amusé, il a passé un coup de téléphone et ça a déclenché une tempête de neige qui a duré dix minutes, puis le soleil est revenu. Dommage, se dit Pénélope, qu’il y ait cette odeur de plastique chauffé, mais on l’oublie vite. Ce soir fondue et raclette, au restaurant de l’hôtel, mais pas de vin chaud, c’est interdit. Le mall est réputé parce qu’il y a un restaurant où on sert le meilleur chocolat fumant de tous les émirats, à ces hommes en longues tuniques blanches et doudounes noires, des pingouins dans un orchestre.

Les pistes sont abritées par une immense coque de plexiglas, un œuf posé sur le désert, et leur hôtel est le plus beau chalet du Moyen-Orient. À l’extérieur il fait cinquante degrés, dans la bulle, c’est le vrai froid alpin. Wandrille n’a pas lésiné, il avait un mois de salaire d’économies, Pénélope méritait un cadeau princier.

Un message du ministre des Affaires étrangères de la France — que Wandrille n’aurait sollicité pour rien au monde, il vient encore de perdre trois points de sondage et de sortir du « baromètre Figaro-Sofres », c’est la honte — a gentiment adressé un télégramme diplomatique à son homologue à Barjah : parmi les voyageurs qui partaient ce jour-là se trouvait une jeune conservatrice de musée qui avait su éviter, cette semaine, à Sa Grâce l’émir de Barjah l’acquisition très coûteuse d’un faux tableau de Claude Monet. Dès l’aéroport, on leur signalait qu’ils seraient finalement en première classe, invités personnels de l’émir ; à leur arrivée au Barjah Palace, la meilleure suite les attendait, avec les grandes fenêtres sur la fausse neige, au sommet du building.

Wandrille n’a pas tout compris, il lui manque un élément du puzzle : pourquoi au cours du fameux dîner de Marmottan, l’électricité a-t-elle été coupée ? Comment, pour fuir ensemble, ces deux partenaires qui venaient de se découvrir ont-elles réussi, par la seule force de la pensée, à faire sauter le disjoncteur ? L’histoire a commencé comme ça, c’est le premier mystère de cette aventure, le seul qu’ils n’aient pas résolu.

Pénélope le regarde, bat des cils, l’embrasse : elle a la réponse, d’une logique parfaite. C’est même la première question qu’elle a posée à Marie-Jo, quand elle est venue la rechercher et la faire libérer au poste de police de Monaco. Elle a oublié d’en faire le récit à Wandrille, tellement il y avait de choses à faire dans cette première classe d’avion : un dîner délicieux, de la musique, des films…

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