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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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« Il y a une chose toute simple, que nous avons oublié de vérifier, Péné : qui, parmi les suspects, est membre du Cercle ?

— Thomas Wallenstein, puisqu’il y avait donné rendez-vous à la pauvre Mrs. Square.

— Oui bien sûr, il ne l’a jamais caché. Mais son avion n’avait pas encore atterri à l’heure où elle est morte. Qui pouvait entrer boulevard Saint-Germain, descendre en saluant le gardien à l’entrée d’un air complice, égorger la malheureuse Américaine, et ressortir sans éveiller l’attention ? C’est par là qu’il fallait commencer, ce ne pouvait être qu’un habitué… La police a interrogé tous ceux qui se trouvaient là, vingt-quatre suspects, tous innocents, elle n’a pas regardé qui était sorti dans les vingt minutes qui précédaient la découverte du meurtre… Je ne sais pas si le gardien est capable de le dire, mais si nous regardons parmi nos suspects…

— Mets donc une culotte. Il suffit de consulter la liste de ceux qui cotisent au Cercle. Vous êtes nombreux ?

— Moins de trois cents, je pense… On aurait dû commencer par là, c’est vérifiable immédiatement. Je connais la secrétaire qui tient les registres. Allons-y. À mon avis…

— Maître Vernochet, c’est le seul qui ait le style “membre de club”, non ?

— Je ne crois pas, je ne l’ai jamais vu. Non, j’ai un autre soupçon… On court vérifier ! Zut zut zut zut, c’était évident… »

*

Wandrille, sur place, a monté quatre à quatre l’escalier à double révolution — toujours la forme circulaire chère à Charles Garnier — et est entré dans le bureau de la secrétaire avec l’aisance de James Bond jetant son chapeau sur le portemanteau de Mrs. Moneypenny. Le registre était accessible… Il savait à quelle lettre chercher.

À la lettre D, ce n’est pas Antonin Dechaume qu’il a trouvé, mais un autre prénom : Paprika, qu’il se souvenait d’avoir en effet croisée de temps à autre avec ses ballerines bleues, telle que Pénélope la lui a décrite, cette femme en pleine forme qui prenait soin de son dos, de ses genoux, de son bronzage…

Il ne savait pas qu’elle était la femme du directeur du musée Marmottan. Il venait de le déduire… Une recherche internet sur son téléphone lui montra son visage, aucun doute. Il la voyait en général le mercredi, il l’appelait « la vieille danseuse », et l’admirait même un peu pour son allure.

Paprika Dechaume, toujours à l’affût de ce qui pouvait être « jeune et branché » dans Paris, avait été une des premières à cotiser au Cercle. Dans la liste des trois cents noms, on ne trouvait ni Fujiwara, ni son mari Antonin, à qui la sculpture tenait lieu de culture physique, ni maître Vernochet, ni sœur Marie-Jo…

Il n’y avait que Paprika.

Elle seule pouvait entrer et sortir, se faufiler dans le club comme un chat, passer devant le portier avec l’aisance d’une habituée. Elle seule pouvait savoir que Carolyne Square y viendrait à ce moment-là, Carolyne avec laquelle elle faisait semblant d’entretenir de bons rapports, à laquelle elle avait pu téléphoner, ne serait-ce que pour lui demander où elle était passée à la fin du dîner… Et Pénélope rappela alors à haute voix le précepte fondamental de Sherlock Holmes : quand toutes les hypothèses vraisemblables ont été écartées, et quand il ne reste qu’une solution, si invraisemblable soit-elle, alors cette idée folle s’appelle la vérité.

Toutes les pièces s’assemblaient, le Rubik’s Cube se reformait en une seconde. Paprika avait fait alliance avec l’homme au blouson de daim, elle l’avait manipulé. Paul Preston allait l’aider à se venger de Carolyne, il la renseignerait sur les séjours à Paris de sa rivale — et comme il avait accès au laboratoire, elle avait compris que ce brave Preston, qui avait fini par haïr sa femme, pouvait servir aussi à faire entrer des Monet dans le catalogue raisonné.

L’idée d’éliminer Carolyne s’était doublée d’une envie plus forte encore peut-être : s’enrichir en vendant un faux Monet qui disposerait d’un vrai passeport, une belle notice dans la mise à jour du catalogue. Il fallait donc obtenir aussi la bénédiction de la petite sœur de Picpus.

Paprika en collant noir et ballerines avait payé de sa personne, en s’introduisant de nuit à Giverny — les cours de gymnastique et d’aïkido du Cercle avaient été bien utiles. Elle avait fait la photo — bonne idée, pas assez bien réalisée. Elle avait obtenu de Paul Preston qu’il truque les analyses. Ensuite elle avait tué la femme de Paul, qui n’avait pas assez de cran pour agir lui-même. Elle avait égorgé cette Carolyne si intelligente, qui était en train de lui prendre son mari, et qui n’avait pas du tout eu peur, au moment ultime, en reconnaissant ce joli visage à cheveux blancs en train de se pencher sur elle.

*

Wandrille et Pénélope sont arrivés de nuit à Marmottan, avec une voiture de la police. Antonin Dechaume n’était pas là. Il dormait parfois dans son atelier. Il n’apprendrait la vérité que le lendemain matin par un appel du commissariat du XVIe arrondissement.

Ils ont filé directement au pavillon du fond de jardin, l’élégant logis du directeur. La porte d’entrée n’était pas fermée, la maîtresse des lieux dormait, dans sa chambre. Quand ils sont tous entrés, en force, cela a fait pas mal de bruit. Paprika a beaucoup crié. Puis elle s’est rendue. Enfin, elle a parlé.

Elle haïssait Carolyne Square — parce que Carolyne voulait épouser son mari, mais aussi, dit-elle, parce que Carolyne n’attendait qu’une chose, qu’elle débarrasse le plancher pour prendre sa place, pour être la première dame de Marmottan.

Pénélope, dans la petite pièce sans fenêtre du commissariat, où s’est déroulée la fin de cette nuit, se dit que cette femme est folle, mais continue à l’écouter. Elle veut comprendre pourquoi on en arrive à tuer. Pourquoi aussi Carolyne Square était animée de ce désir si fort mais totalement absurde de conquérir une place dans ce joli musée — même si Antonin Dechaume a du charme… Même si on peut avoir envie de vivre dans la plus belle collection d’impressionnistes qui soit… Pénélope ne comprend pas tout. Le mystère est du côté de l’assassin, mais aussi du côté de sa victime.

Carolyne Square avait une fascination pour Claude Monet qui dépassait l’admiration qu’on peut avoir pour un artiste. Elle semblait savoir, depuis toujours, ce que Wandrille venait de découvrir en lisant les lettres. C’est ce que son mari, l’Américain en blouson de daim devenu résident monégasque, a expliqué à la police du Rocher. Il a donné l’explication en peu de mots.

Wandrille s’est frappé la tête avec ses mains quand il a compris. Là encore, c’était simple, il aurait pu trouver lui-même — Archimède, Lupin, Maigret auraient trouvé. De quoi enrager.

Carolyne Square était victime de ses ancêtres. Elle portait un secret depuis son enfance, qu’elle avait confié à son mari. Née aux états-Unis, dans une famille qui prospérait depuis deux générations dans le Connecticut, elle était d’origine française. Elle avait grandi dans le culte de Monet. Elle avait séduit et convaincu Thomas Wallenstein en lui faisant visiter son laboratoire d’analyses unique au monde mais surtout en lui parlant du peintre avec une connaissance très précise de sa vie et de ses toiles. Elle semblait en savoir sur lui plus que les historiens officiels.

Son arrière-grand-mère avait simplement fait traduire leur nom de famille quand ils étaient arrivés à New York, avec des émigrants venus de Pologne et du Portugal. Elle aurait dû s’appeler Carolyne Carré, comme son arrière-grand-père. Elle avait pour ancêtre direct le majordome de M. et Mme Rémy-Raingo, à Paris, rue de la Pépinière. Elle héritait de ce drame et du souvenir de cette maison où les hommes du Tigre avaient organisé, avec Monet, avec les Rémy, le dispositif qui allait servir, quelques années après, à sauver la France en guerre. Pierre Carré avait été un héros, un adjoint hors pair pour Monet et pour Clemenceau, qui n’avaient pas pu le défendre quand une espionne du Kaiser était venue éliminer Rémy et transformer le meurtre en une histoire sordide. Il était resté muet devant le tribunal.

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