À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Hresh avait maintenant assez de bon sens pour savoir quand il était inutile de s’opposer aux décisions de Koshmar et il préféra ne pas insister.
Le lendemain matin, il faisait très doux, et dans le ciel lumineux flottaient seulement quelques traînées de brume qui ne tarderaient pas à se dissiper.
— Dans quelle direction veux-tu aller ? demanda Konya à Hresh qui se tenait à ses côtés sur l’esplanade de la tour.
Mais Hresh n’en avait aucune idée. De son air le plus sérieux, il regarda à gauche et à droite, comme s’il réfléchissait intensément. Puis il tendit l’index droit devant lui, en montrant un large et imposant boulevard qui semblait mener à l’un des plus beaux quartiers de la cité.
— Par là, dit-il.
Au début, Konya marcha devant lui, tapant du pied sur la chaussée pour s’assurer qu’elle ne risquait pas de s’effondrer, fouillant les portes et les ruelles du regard en quête d’ennemis invisibles, appuyant la hampe de sa lance sur les murs des bâtiments qu’ils longeaient afín de vérifier leur solidité. Mais au bout d’un certain temps, quand il fut manifeste qu’aucun animal féroce ne les guettait pour bondir sur eux et que chaussée et murs ne risquaient pas de les ensevelir, Hresh passa devant lui et s’abandonna à sa curiosité sans que Konya élève la moindre objection.
Hresh avait l’impression de vivre un véritable conte de fées. Il était en proie à une agitation fébrile et il y avait partout tant de choses à regarder qu’il avait des élancements dans la tête. Il aurait voulu tout embrasser d’un seul coup d’oeil vorace.
De tous côtés Hresh découvrait des bâtiments d’une beauté à couper le souffle. La Grande Planète semblait presque encore grouiller de vie. Il s’attendait à chaque instant à voir apparaître des yeux de saphir, des végétaux ou des seigneurs des mers, sortant de telle élégante construction dont les arches fragiles s’élevaient en filigrane comme autant de notes de musique en suspens ou de tel bâtiment composé de tours jaunes flanquées d’ailes en saillie.
— Celui-ci ! cria-t-il à Konya. Non, l’autre là-bas ! Oh ! celui-ci a l’air encore mieux ! Qu’en penses-tu, Konya ?
— Choisis celui que tu veux, répondit le guerrier avec flegme. Pour moi, ils se valent tous.
— Nous allons découvrir toutes sortes de merveilles, poursuivit Hresh avec un sourire épanoui. C’est ce que disent les chroniques. Toutes les machines miraculeuses de la Grande Planète ont été préservées. Nous allons les trouver à l’endroit où les yeux de saphir les ont laissées quand les premières étoiles de mort sont tombées.
Mais il ne fallut pas longtemps à Hresh pour se rendre compte que ce ne serait pas aussi facile.
La majorité de ces bâtiments qui, vus de l’extérieur, semblaient en parfait état n’étaient que ruines à l’intérieur. Il ne subsistait de certains qu’une carcasse vide renfermant en tout et pour tout la poussière d’un passé lointain. D’autres s’étaient effondrés de l’intérieur et tous les étages s’étaient empilés les uns sur les autres, de sorte qu’il eût fallu une armée de terrassiers pour dégager le phénoménal amas de décombres. Les façades et les murs d’autres bâtiments, intacts en apparence, se désagrégeaient au moindre contact et tombaient en poussière dès que Hresh y posait la main.
— Je pense qu’il est temps de rentrer maintenant, dit Konya quand les ombres pourpres du soir commencèrent à s’allonger.
— Mais nous n’avons rien trouvé !
— Nous avons tout le temps, répliqua Konya.
Il était profondément embarrassant de revenir de l’expédition les mains vides et Hresh osa à peine regarder Koshmar dans les yeux pendant qu’il faisait son rapport.
— Alors, rien ? dit-elle.
— Rien, marmonna-t-il, l’air penaud.
— Nous avons tout le temps, dit Koshmar.
Hresh partait tous les jours, sauf quand il pleuvait. C’était en général Konya qui l’accompagnait, parfois Staip, mais jamais Harruel. Harruel était trop grand, trop fort, trop autoritaire et Hresh avait dit à Koshmar sans mâcher ses mots qu’il ne pourrait jamais rien accomplir d’utile s’il avait Harruel sur le dos. Le chroniqueur se fût également volontiers passé de la présence des autres guerriers, mais Koshmar était demeurée intransigeante et Hresh avait dû reconnaître à contrecœur qu’elle avait raison de ne pas le laisser partir seul dans l’immense cité. Aucun autre membre de la tribu ne savait lire ni n’était capable d’interpréter les chroniques et, s’il lui arrivait malheur, le Peuple se retrouverait coupé de son passé et impuissant à comprendre ce que lui réservait l’avenir.
Mais au bout d’un certain temps, quand les craintes de Koshmar se furent apaisées, Hresh commença de partir en expédition dans la seule compagnie d’Orbin. Bien qu’il ne fût pas plus âgé que Hresh, Orbin lui avait toujours été supérieur par la taille et le poids, et sa croissance était si rapide qu’on pouvait imaginer qu’en quelques années il deviendrait aussi grand et aussi fort qu’Harruel. Encore un peu plus tard, Hresh prit Haniman comme compagnon et garde du corps. A la surprise générale, Haniman était lui aussi en train de se transformer en un grand et robuste jeune homme. Il ne ressemblait plus du tout à celui que Hresh avait connu dans le cocon, au gros garçon pataud d’une lourdeur irritante. La traversée du continent semblait avoir fait d’Haniman un individu totalement différent. Mais peut-être Hresh n’avait-il voulu depuis le début voir en Haniman que ce qui lui convenait.
Qu’il soit accompagné par Konya ou par Staip, par Orbin ou par Haniman, qu’il choisisse n’importe quelle direction, cela ne changeait absolument rien : à sa grande honte, Hresh revenait bredouille. Il ne mettait jamais la main sur un quelconque objet de valeur. Il devait se contenter de loin en loin d’un fragment de métal tordu ou d’un morceau de verre terni.
— Tu as l’air triste, lui dit un jour Taniane. Ce doit être très décevant, non ?
— Il y a partout des trésors à découvrir. Je ne vais certainement pas tarder à rapporter quelque chose.
— Je te fais confiance.
Taniane semblait très intéressée par ses explorations et il se demandait bien pourquoi. Peut-être l’avait-il un peu sous-estimée, elle aussi. Taniane était maintenant plus grande que lui et elle continuait de grandir. Mais son esprit aussi se développait ; il gagnait en ampleur et en profondeur. Il y avait maintenant dans ses yeux une expression insolite, une lueur pénétrante qui semblait révéler la complexité cachée de sa personnalité. Comme si sa jeunesse n’était qu’un masque destiné à cacher de troubles mystères. Et un beau jour, elle demanda à Hresh de lui apprendre à lire. Il commença à lui donner quelques leçons et il éprouvait un grand plaisir à se réfugier avec elle dans un endroit tranquille et à lui dévoiler les mystères de son art sacré. Mais peu après, Haniman manifesta à son tour le désir d’apprendre à lire et tout fut gâché. Hresh n’ayant pas osé refuser, cela marqua la fin de ses moments d’intimité avec Taniane, car le temps lui manquait pour donner des leçons particulières. Hresh finit par se demander si ce n’était pas précisément pour cette raison qu’Haniman avait manifesté le désir d’apprendre à lire.
Et la ronde des saisons se poursuivait. A l’hiver doux et pluvieux succéda une longue période plus sèche et plus chaude, puis l’arrivée des vents d’est qui rafraîchissaient les journées annonça le retour de l’hiver. Hresh continuait de fouiller la cité en ruine avec la même obstination. Il passait au peigne fin toutes les carcasses vides et poussiéreuses des bâtiments délabrés, mais sans jamais rien trouver. L’impatience bouillonnait en lui, mais il commençait à se demander s’il pourrait jamais mettre la main sur quelque chose d’utile.