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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Mais les innombrables statues ne représentaient pas toutes des yeux de saphir. Dans cette inimaginable profusion de sculptures, dans ce prodigieux entassement d’êtres de toutes sortes et de toutes origines, il y avait toute une planète et même tout un univers.

Au milieu de toutes les statues des yeux de saphir, Hresh reconnaissait de-ci de-là un hjjk ou bien un de ces mécaniques à la tête en forme de dôme, dont la tribu avait vu au pied des montagnes écarlates toute une armée mangée par la rouille. Mais il y avait également d’autres créatures ressemblant à des arbustes, dont le visage était constitué de pétales et les membres de branches feuillues.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Haniman.

— Je pense que ce sont des végétaux, répondit Hresh. Une ancienne race de la Grande Planète qui a péri durant le Long Hiver.

— Et ceux-là ? poursuivit Haniman en montrant un groupe d’êtres pâles et allongés qui rappelaient énormément à Hresh le Faiseur de Rêves, cette étrange créature dépourvue de poils qui, à ce que l’on racontait, avait passé des centaines de milliers d’années à dormir dans le cocon. Ceux qu’il avait devant les yeux se tenaient debout sur deux longues et minces jambes et ils ressemblaient un peu au Peuple, avec cette différence qu’ils étaient dépourvus de fourrure et d’organe sensoriel. Bien qu’ils fussent taillés dans la pierre, il se dégageait de leurs corps une impression de fragilité et de mollesse.

— Je ne sais pas, dit Hresh après les avoir longuement contemplés.

— Tu ne trouves pas qu’ils ressemblent au Faiseur de Rêves ?

— C’est aussi ce que j’ai pensé.

— Toute une race de Faiseurs de Rêves ?

— Pourquoi pas ? dit Hresh après quelques instants de réflexion. Toutes sortes d’êtres vivaient peut-être sur la Terre avant le Long Hiver.

— Les Faiseurs de Rêves étaient donc l’un des Six Peuples de la Grande Planète dont parlent les chroniques ? demanda Haniman en commençant à compter sur ses doigts. Il y avait les yeux de saphir, les seigneurs des mers, les hjjk, les végétaux, les humains… j’en suis à cinq…

— Tu as oublié les mécaniques, dit Hresh.

— C’est vrai. Eh bien, nous en avons six. Alors, qui étaient les Faiseurs de Rêves ?

— Ils venaient peut-être d’une autre planète. A cette époque, il y avait toutes sortes de gens venus d’autres planètes.

— Et qu’est-ce qu’un être venu d’une autre planète aurait fait pendant si longtemps dans notre cocon ?

— Je n’en sais rien non plus.

— Il semble y avoir des tas de choses que tu ne sais pas.

— Tu poses trop de questions ! lança Hresh avec agacement.

— Tu ne t’appelles donc pas Hresh-qui-a-les-réponses ?

— Nous reparlerons de tout cela un autre jour, si tu veux bien !

Hresh lui tourna le dos et entreprit de descendre prudemment de la dalle de pierre. Puis il fit quelques pas hésitants sur le sol de la grande salle souterraine. A mesure qu’il avançait, la lumière ambrée le précédait et éclairait devant lui. Elle semblait provenir de sources invisibles, échelonnées tous les quinze ou vingt pas, et qui se déclenchaient automatiquement à son passage.

A l’exception de l’invraisemblable entassement de statues sur les murs, la vaste salle souterraine semblait totalement vide. Mais Hresh, qui continuait d’avancer, commença à distinguer dans la pénombre la forme massive d’un objet aussi haut que large. En se rapprochant, il vit qu’il s’agissait d’un objet fabriqué complexe, sans doute une machine, munie de boutons et de leviers façonnés dans une substance fauve et brillante qui ressemblait à de l’os.

— Qu’est-ce que cela peut bien être ? demanda Haniman.

— On devrait t’appeler Haniman-le-questionneur ! répondit Hresh en riant.

— Tu crois que c’est dangereux ?

— Peut-être. Je ne sais pas. Je n’ai jamais vu ce genre d’objet mentionné dans tout ce que j’ai lu.

Hresh leva les deux mains et les avança vers la rangée de boutons la plus proche, mais sans oser les toucher. Il eut la brusque intuition que cette machine était le poste de commande principal auquel étaient reliées toutes les armatures métalliques occupant les trois douzaines de tours. Les tubulures et les poutrelles devaient servir à recueillir et à canaliser l’énergie nécessaire à son fonctionnement.

Et si je touchais les boutons ? se demanda Hresh. Toute cette énergie s’engouffrerait-elle dans mon corps pour me consumer ?

— Recule, ordonna-t-il à Haniman.

— Qu’as-tu l’intention de faire ?

— Juste une expérience. Mais elle peut être dangereuse.

— Tu ne crois pas qu’il vaudrait mieux prendre le temps de savoir comment fonctionne cette machine ?

— Ce que je vais faire est le meilleur moyen de le savoir.

— Hresh !

— Recule ! Plus loin ! Encore plus loin !

— C’est de la folie, Hresh ! Tu dis des bêtises et tu as des yeux de fou ! Éloigne-toi de cette machine !

— Il faut que j’essaie, dit Hresh.

Il posa les mains sur deux boutons et appuya de toutes ses forces.

Il était prêt à tout ; à voir un éclair traverser la caverne comme une épée de feu, à un coup de tonnerre terrifiant, à des rugissements de vents déchaînés, à des hurlements d’âmes mortes, à être transformé en cendres en un instant. Mais tout ce qu’il éprouva fut une légère sensation de chaleur et de vagues picotements. Une image stupéfiante, étourdissante, traversa son esprit l’espace d’une seconde. Il eut l’impression que les myriades de statues recouvrant les murs s’étaient animées, qu’elles se déplaçaient, qu’elles parlaient, qu’elles riaient. Comme s’il s’était trouvé brutalement plongé dans un fleuve tumultueux et qu’il était entraîné par un tourbillon frénétique de vie.

Cela ne dura qu’un instant, mais pendant cet instant si bref Hresh eut le sentiment d’être devenu un habitant de la Grande Planète, à l’apogée de sa grandeur et de sa puissance. Il se vit déambulant dans les artères animées de Vengiboneeza, traversant la foule grouillante du grand marché où des représentants des Six Peuples se bousculaient par milliers, seigneurs des mers, végétaux, hjjk et yeux de saphir coude à coude. Il sentait sur ses joues la caresse de l’air chaud et humide. Des arbres frêles étaient courbés sous le poids de leurs lourdes feuilles turquoise vernissées. D’étranges musiques tintaient dans ses oreilles et ses narines étaient assaillies par les centaines de fragrances d’épices inconnues. Le ciel était une explosion de couleurs vives, azur, turquoise et pourpre. Tout était réel, totalement réel…

Et Hresh en fut ébloui, mais aussi humilié, mortifié.

Il comprit en cet instant ce qu’était véritablement une civilisation dans son inimaginable et grouillante complexité, l’infinie variété des contacts, les échanges d’idées, les marchandages sur la grande place du marché, les projets et les combines, les conflits et les ambitions, la multitude d’individus réunis mais suivant chacun sa propre direction. Tout cela était si profondément différent de l’existence que Hresh connaissait, de la vie du Peuple dans le cocon, qu’il se sentait éperdu d’admiration.

Nous ne sommes rien, songea-t-il. Rien du tout. Nous sommes des créatures très simples qui se sont terrées pendant des millénaires, se contentant d’accomplir quotidiennement leurs petites tâches répétitives et monotones, sans rien bâtir, sans rien changer, sans rien créer.

Les larmes lui brûlaient les yeux. Il se sentait tout petit, très humble, un zéro issu d’une tribu de zéros qui se berçaient d’illusions. Puis sa déception s’estompa pour faire place à une réaction d’orgueil. Nous étions très peu nombreux, se dit-il. Nous avons vécu comme nous devions le faire. Nous avons su perpétuer la vie et les traditions dans notre cocon. Nous avons fait de notre mieux. Oui, nous avons fait de notre mieux et quand est venu le Temps du Départ, nous sommes sortis pour prendre possession de la planète qui nous a été léguée. Qu’on nous laisse un peu de temps et nous saurons lui rendre sa grandeur passée.

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