Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
— Est-ce le seul endroit de ce genre sur la planète ?
— Le seul, oui. Il suffit pour maintenir une population régulière, en se fondant sur une espérance de vie de trois cents ans, pour vingt mille habitants. Ce bâtiment est tout neuf. Le Dr Delmarre en a surveillé la construction et s’est livré à de nombreuses modifications dans notre manière d’élever les enfants. Aussi, avons-nous maintenant un pourcentage de mortalité fœtale pour ainsi dire nul.
Des robots déambulaient parmi les cuves, s’arrêtant à chacune, relevant les indications des compteurs, regardant les minuscules embryons à l’intérieur, d’une façon méticuleuse et inlassable.
— Qui opère les parturientes ? demanda Baley, je veux dire qui extrait ces petits êtres ?
— Des docteurs, répondit Klorissa.
— Le Dr Delmarre ?
— Non, bien sûr. Des docteurs en médecine. Vous ne pensez pas que le Dr Delmarre se serait jamais abaissé à… Bon, glissons.
— Pourquoi n’utilise-t-on pas des robots ?
— Des robots en chirurgie ? La Première Loi rend une telle chose particulièrement difficile, inspecteur. Un robot pourrait peut-être effectuer l’ablation d’un appendice pour sauver une vie humaine, s’il savait comment s’y prendre, mais je doute fort qu’après une telle expérience il serait encore bon à quelque chose sans de grosses réparations. Tailler dans de la chair humaine causerait un tel traumatisme à son cerveau positronique ! Des docteurs de chair et d’os peuvent réussir à s’y faire, à force de répétitions, et en arrivent même à supporter la présence effective obligée.
— Néanmoins, reprit Baley, je vois que ce sont des robots qui s’occupent des fœtus. Vous arrive-t-il à vous, ou avant au Dr Delmarre, de devoir intervenir ?
— Quelquefois, il le faut bien, quand tout va de travers : si, par exemple, un fœtus se met à avoir des troubles de croissance. On ne peut faire confiance aux robots pour agir avec bon sens quand une vie humaine est en jeu.
Baley hocha la tête :
— Oui, le risque d’une bévue est trop grand et ne peut que se solder par une vie de perdue, je pense.
— C’est tout le contraire ! C’est le risque de les voir prendre trop à cœur la survie d’une existence au point de la sauver envers et contre tout.
La sévérité du visage de la femme s’accentua :
— En tant que fœtologues, Baley, nous devons nous préoccuper de créer des enfants sains. Je répète sains. Même l’analyse la plus poussée des chromosomes du père et de la mère ne peut assurer une combinaison spécifiquement favorable de tous les gènes, sans parler des risques de mutations imprévisibles. C’est d’ailleurs là notre préoccupation majeure : les mutations inattendues ; nous en avons abaissé le taux à un peu moins d’un sur mille, mais cela signifie toujours, grosso modo, que nous avons des ennuis certains de ce côté une fois tous les dix ans.
Elle lui fit signe de la suivre le long de la galerie supérieure.
— Je m’en vais vous montrer la crèche du premier âge et les dortoirs des enfants, dit-elle. Ils nous posent beaucoup plus de problèmes que les fœtus. Avec eux, nous ne pouvons compter sur l’aide des robots que dans une mesure très limitée.
— Pourquoi cela ?
— Vous ne le sauriez que trop, Baley, si vous aviez jamais essayé de faire entrer dans le cerveau d’un robot l’importance de la discipline. La Première Loi les rend, pour ainsi dire, totalement obtus sur ce chapitre. Et figurez-vous que les jeunes drôles s’en rendent compte à peine savent-ils parler. J’ai vu un moutard de trois ans mettre une dizaine de robots dans les transes en gueulant : « J’ai bobo, tu m’as fait bobo ! » Il faut des robots très spéciaux et perfectionnés pour se rendre compte qu’un gosse est capable de mentir délibérément.
— Delmarre arrivait-il à se faire obéir des enfants ?
— Oui, en règle générale.
— Comment s’y prenait-il ? Est-ce qu’il sortait les secouer pour leur faire prendre un peu de plomb dans la tête ?
— Le Dr Delmarre ? Les toucher ? Cieux éternels ! Bien sûr que non. Mais il savait leur parler. Et il savait donner aux robots des ordres bien précis. Je me souviens l’avoir vu s’occuper d’un gosse par stéréovision un quart d’heure durant : il l’avait fait mettre sur les genoux du robot, en position pour la fessée, et a obligé le robot à administrer au gamin une solide raclée, pan, pan. Quelques expériences du même ordre et le gaillard ne se risquait plus à braver le patron. Et le Dr Delmarre avait suffisamment de connaissances dans ce domaine pour qu’après cela le robot fouettard n’ait à subir qu’une révision habituelle, sans plus.
— Et vous ? Allez-vous tancer vous-même les enfants ?
— Hélas, il le faut bien, de temps en temps. Je ne suis pas comme le patron. Peut-être un jour serai-je capable de les faire obéir à distance, mais si actuellement j’essayais ce genre de châtiment, je ne ferais que démolir les robots. C’est un art, croyez-moi, de savoir manier les robots. Pourtant, quand j’y songe… Aller secouer ces garnements moi-même. Les sales bêtes !
Elle regarda brusquement Baley :
— Je suppose que, vous, cela ne vous gênerait pas de les voir en personne.
— Pas le moins du monde.
Elle haussa les épaules et le considéra avec étonnement :
— Ah ! Ces Terriens ! (Elle se remit à marcher :) Et pourquoi diable je vous le demande ! Vous finirez bien par retomber sur Gladïa comme meurtrière. Vous ne pouvez pas faire autrement.
— Je n’en suis pas si sûr que vous, dit Baley.
— Mais c’est invraisemblable. C’est plus que du sûr, c’est du certain. Qui d’autre pourrait-ce matériellement être ?
— Les suspects ne manquent pas, madame.
— Qui, par exemple ?
— Eh bien, disons, vous, pour commencer.
La réaction de Klorissa à cette accusation stupéfia littéralement Baley.
12
Baley l’échappe belle
Elle éclata de rire.
Son rire grandit, se développa en une sorte de hoquet qui lui coupa le souffle, laissant son visage potelé empourpré et presque violacé. Elle s’appuya au mur pour reprendre haleine.
— Non. Ne vous approchez pas plus, implora-telle. Je vais très bien.
— Cette éventualité vous paraît donc si amusante ? demanda Baley avec sévérité.
Elle essaya de répondre et de nouveau s’étouffa de rire. Puis, dans un chuchotement, elle réussit à dire :
— Oui, vous êtes un Terrien pour de vrai. Comment serait-il jamais possible que j’aie commis un tel acte ?
— Vous le connaissiez bien, reprit Baley. Vous étiez au courant de ses habitudes. Vous pourriez avoir prémédité ce crime.
— Et vous croyez que j’aurais pu le voir, lui. M’approcher suffisamment de lui pour lui fracasser la caboche avec quelque chose. Vous n’y connaissez rien, je vous assure, Baley !
Baley se sentit rougir :
— Pourquoi n’auriez-vous pu vous approcher, madame ? Vous aviez l’habitude de vous voir – euh – de près.
— Avec les enfants.
— Oui, mais de fil en aiguille ! Vous semblez supporter fort bien ma présence.
— Oui ! A dix mètres.
— Je viens juste de rendre visite à quelqu’un qui a manqué se trouver mal d’avoir dû supporter ma présence un court moment.
Klorissa se calma et dit :
— Bah ! ce n’est qu’une question de degré !
— Je n’en demande pas plus. Une différence de degré suffit. L’habitude de voir les enfants vous rend capable de supporter la présence de Delmarre juste le temps nécessaire.
— J’aimerais vous faire remarquer, monsieur Baley, dit Klorissa, qui ne semblait plus du tout s’amuser, que ce que je peux supporter, moi, n’importe pas du tout. C’est le Dr Delmarre qui était vétilleux. Il était presque aussi impossible que Leebig lui-même. Même si j’avais pu supporter de le voir, lui n’aurait jamais pu le souffrir. Mme Delmarre est la seule et unique personne qu’il ait jamais pu autoriser à le voir de près.