Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
— Je ne veux pas visionner quoi que ce soit. Je veux voir de mes yeux et en étant présent, en chair et en os.
La femme pencha la tête de côté et son regard incisif révélait un certain intérêt professionnel :
— Vous êtes détraqué ou quoi ? Y a-t-il longtemps qu’on ne vous a fait d’analyse chromosomique ?
— Jehoshaphat ! gronda Baley. Ecoutez donc. Je m’appelle Elijah Baley. Je viens de la Terre.
— De la Terre ! s’écria-t-elle avec véhémence. Cieux éternels ! Qu’est-ce que vous venez fabriquer ici ? Ou bien, est-ce une farce un peu trop poussée ?
— Je ne plaisante pas. On a fait appel à moi pour enquêter sur la mort de Delmarre. Je suis un inspecteur de police en civil, un détective, si vous préférez.
— Pour cette histoire-là ! Mais je pensais que tout le monde savait que c’était sa femme qui avait fait le coup.
— Non, madame. J’ai dans l’esprit pas mal de doutes là-dessus. Puis-je maintenant avoir l’autorisation de vous rendre visite et d’inspecter la ferme. Je suis un Terrien, voyez-vous, et je n’ai pas l’habitude de mener mes enquêtes par stéréovision. Je ne suis arrivé à rien de bon de cette façon-là. J’ai l’autorisation du Chef de la Sûreté en personne de voir les gens qui peuvent m’avancer dans cette enquête. Je puis vous montrer le papier officiel, si vous voulez.
— Voyons un peu.
Baley déploya le document officiel devant l’image des yeux de la femme…
Elle hocha la tête :
— Ouais. De voir ! Quelle saleté. Enfin, qu’est-ce qu’un peu plus de saleté dans ce boulot répugnant ? Mais écoutez-moi bien, vous : ne vous approchez pas trop de moi. Restez à bonne distance. Nous pourrons nous causer en gueulant, ou en nous adressant des messages par robot, si c’est nécessaire. C’est bien compris ?
— C’est entendu, répondit Baley.
Elle ouvrait la fermeture de son vêtement de nuit juste au moment où la liaison fut coupée et le dernier mot qu’il entendit prononcer fut un « Terrien » marmonné.
— Vous êtes assez près comme ça, dit Klorissa.
Baley, qui se tenait à sept ou huit mètres d’elle, dit :
— La distance me convient, mais j’aimerais me trouver à l’intérieur aussi rapidement que possible.
Pourtant, cette fois, le voyage ne s’était pas si mal passé. Il avait à peine fait attention au trajet par avion, mais ce n’était pas nécessaire de jouer trop longtemps avec le feu. Il devait d’ailleurs s’empêcher de dégrafer son col tant il éprouvait le besoin de respirer plus librement.
— Qu’est-ce que vous avez ? lui demanda Klorissa d’un ton sec. Vous n’avez pas l’air dans votre assiette.
— Je n’ai pas l’habitude de me trouver à l’extérieur, répondit Baley.
— Ah ! C’est vrai ! Ces Terriens ! Il vous faut vous sentir enfermés ou cloîtrés pour vous sentir tranquilles ! Cieux éternels ! (Elle se passa la langue sur les lèvres, comme si elle venait de goûter quelque chose de déplaisant.) Bon, alors, entrez, mais laissez-moi tout d’abord me tirer du chemin. Ca va, entrez maintenant.
Ses cheveux étaient tressés en deux grosses nattes enroulées autour de sa tête suivant le dessin d’une géométrie compliquée. Baley se demanda combien de temps il lui fallait pour se coiffer d’une telle façon puis se souvint que, selon toute probabilité, c’étaient les doigts agiles et précis d’un robot qui étaient responsables de la coiffure.
Les cheveux ainsi peignés mettaient en valeur l’ovale de son visage et en accentuaient la symétrie qui le rendait agréable, sinon joli. Elle ne portait pas du tout de maquillage et, dans le même ordre d’idées, ses vêtements n’avaient d’autre but que de l’habiller d’une manière pratique, sans souci d’élégance. Dans l’ensemble, ils étaient d’un bleu marine plutôt terne, à l’exception de ses gants, qui lui montaient jusqu’à mi-bras et étaient d’une couleur lilas qui jurait avec tout le reste. On voyait bien qu’ils ne faisaient pas partie de sa tenue habituelle. Baley remarqua l’épaisseur d’un des doigts de gant due à la présence sous-jacente de la bague.
Ils restèrent aux deux bouts de la pièce, se regardant en chiens de faïence.
— Cela ne vous plaît pas, n’est-ce pas, madame ? dit Baley.
Klorissa haussa les épaules.
— Pourquoi cela me plairait-il ? Je ne suis pas un animal. Mais je puis le supporter. Vous devenez à peu près imperméable à tout, lorsque vous vous occupez de… de… (Elle s’arrêta, puis releva agressivement le menton, comme décidée à dire ce qu’elle avait à dire, sans mâcher ses mots :) Des enfants, et elle prononça ce mot avec une précision bien marquée.
— A vous entendre, on dirait que vous n’aimez pas le travail que vous faites ici.
— C’est un travail qui a son importance, qu’il est essentiel de faire. Néanmoins, en effet, je ne l’aime pas.
— Et Rikaine Delmarre l’aimait-il, lui ?
— Je suppose que non, mais il ne l’a jamais montré. C’était un bon Solarien.
— Et il était vétilleux en diable.
Klorissa parut étonnée.
— C’est vous qui l’avez dit, continua Baley. Lors de notre conversation antérieure, par stéréovision, je vous ai dit que vous pourriez vous habiller dans votre privé et vous m’avez répondu que j’étais aussi vétilleux que votre patron.
— Oui ? Bah, c’est vrai : il était vétilleux en diable. Même par stéréovision, il ne se permettait absolument rien. Toujours d’une correction exemplaire.
— Un tel comportement est-il inusité ?
— Il ne devrait pas l’être. En théorie, vous êtes tenu à une correction de tous les instants. Mais personne ne se casse jamais la tête. Pas avec la stéréovision. Il n’y a pas de risque de présence effective, alors pourquoi se fatiguer ? Vous comprenez ? Même moi, quand je parle à quelqu’un par stéréovision, je ne me soucie guère de ma tenue, sauf avec le patron. Il fallait être impeccable avec lui.
— Admiriez-vous le Dr Delmarre ?
— C’était un bon Solarien.
— Vous avez appelé cet endroit une ferme, dit Baley en changeant de sujet, et vous venez de faire allusion à des enfants. Vous élevez des enfants ici ?
— Dès l’âge d’un mois. Tous les fœtus de Solaria arrivent ici.
— Des fœtus ?
— Oui. (Elle fronça les sourcils :) Nous les recevons un mois après leur conception. Ca vous gêne ?
— Pas du tout, coupa Baley. Pouvez-vous me piloter dans la ferme ?
— Je veux bien, mais restez à bonne distance.
Le visage chevalin de Baley se figea dans une immobilité marmoréenne lorsqu’il abaissa son regard sur la longue pièce qui s’étendait en dessous d’eux, protégée par une cloison de verre. De l’autre côté, il en était sûr, il régnait une température parfaitement réglée, une humidité parfaitement entretenue, une aseptie parfaitement réalisée. Ces cuves, qui s’étendaient sur plusieurs rangées étagées, contenaient chacune un petit être flottant dans un liquide aqueux, de composition chimique connue, qui contenait en suspension un mélange nutritif exactement dosé. Là, la vie et la croissance continuaient.
De petits êtres, certains encore moins grands que la moitié de son poing, enroulés sur eux-mêmes, avec des crânes proéminents, des bourgeons de membres, et des queues en voie de disparition, s’y développaient.
Klorissa, placée toujours à sept ou huit mètres de Baley, lui demanda :
— Qu’en pensez-vous, inspecteur ? Cela vous plaît-il ?
— Combien en avez-vous ?
— A la date d’aujourd’hui, cent cinquante-deux. Nous en recevons entre quinze et vingt par mois, et nous en libérons le même nombre arrivés à l’âge adulte.