Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Le téléphone sonna. Je jetai un coup d’œil à l’horloge murale : il était 6 h 45. Ça ne pouvait être que Deborah.
« J’ai le journal entre les mains, dis-je dans le combiné.
— Tu avais dit plus grand, attaqua Deborah. Plus tape-à-l’œil.
— Et ce n’est pas le cas ? lui demandai-je de mon air le plus innocent.
— Ce n’est même pas une prostituée. Un gardien de collège découpé en morceaux sur un chantier près d’Old Cutler Road. C’est quoi ce bordel, Dexter ?
— Tu sais bien que je ne suis pas parfait, Deborah.
— Ça ne cadre pas du tout avec le reste. Où est le froid que tu avais annoncé ? Et ton fameux endroit exigu ?
— C’est Miami, Deb. Les gens volent tout et n’importe quoi.
— Ce n’est même pas un crime calqué sur les autres, dit-elle. Rien à voir avec les précédents. Même LaGuerta n’a pu s’y tromper. Elle l’a déjà déclaré à la presse. Putain, Dexter ! Je suis complètement grillée dans cette affaire ; il s’agit juste d’un crime isolé, ou d’une histoire de drogue.
— C’est un peu injuste de tout me mettre sur le dos.
— Merde, Dexter ! » lança-t-elle avant de raccrocher.
Les premières émissions du jour à la télé consacrèrent près de quatre-vingt-dix secondes à la découverte macabre du corps disloqué - Channel 7 se distinguait par le choix de ses adjectifs. Mais personne n’en savait plus que le journal. Il se dégageait de ces bulletins d’information une intense indignation et un sinistre sentiment de désastre, qui se communiquèrent même aux prévisions météo, mais je suis sûr que c’était en grande partie dû au manque d’images…
Encore une belle journée en perspective. Quelques cadavres mutilés avec un risque d’averses dans l’après-midi. Je m’habillai et partis au travail.
J’avoue que j’avais un motif secret pour me rendre aussi tôt au bureau et, afin d’être plus crédible, je m’arrêtai en chemin à la boutique de doughnuts. Je pris deux beignets nature, un beignet aux pommes et un feuilleté à la cannelle de la taille de ma roue de secours. Je mangeai deux beignets, dont celui aux pommes, tout en traçant joyeusement ma route au milieu de la circulation meurtrière. Je ne sais pas comment je peux manger autant de beignets sans avoir à le payer cher ensuite. Je ne grossis pas et n’ai jamais de boutons, et j’ai beau me dire que c’est un peu injuste, je ne vais tout de même pas me plaindre. J’ai été plutôt avantagé par la loterie génétique : j’ai un métabolisme rapide, je suis grand et fort – ce qui m’a rendu service pour mon hobby –, et je me suis aussi laissé dire que je n’étais pas déplaisant à regarder, ce qui, je crois, est un compliment.
De plus, je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil : une bonne chose ce matin-là. J’avais espéré arriver suffisamment tôt au travail pour devancer Vince Masuoka ; j’étais effectivement là le premier. Son bureau était éteint lorsque j’y pénétrai, mon sachet de doughnuts à la main en guise de camouflage ; mais ma visite avait un tout autre objet que les beignets. J’examinai rapidement sa table de travail à la recherche de la boîte de preuves révélatrice, étiquetée au nom de Jaworski et portant la date de la veille.
Je la trouvai et en retirai aussitôt quelques prélèvements de tissus. Ce serait certainement suffisant. J’enfilai une paire de gants en latex et en un rien de temps j’avais apposé les prélèvements sur ma plaquette de verre propre. Je me rends bien compte à quel point c’était stupide de prendre à nouveau des risques, mais je devais à tout prix me procurer ce petit souvenir.
Je venais à peine de glisser la bande de verre dans une pochette en plastique quand j’entendis Vince arriver. Je remis aussitôt tout en place et pivotai sur moi-même pour faire face à la porte juste au moment où il entrait.
« Mon Dieu ! dis-je. Tu es drôlement silencieux quand tu marches. C’est pas des conneries, alors : t’as vraiment suivi un entraînement de ninja…
— J’ai deux frères plus âgés, dit Vince, c’est pareil pour eux. »
J’agitai le sachet en papier et inclinai le buste.
« Maître, j’ai un présent pour vous. »
Il regarda le sachet avec curiosité.
« Que Bouddha te bénisse, cher petit disciple. Qu’est-ce donc ? »
Je lui lançai le sac. Il l’atteignit en plein torse avant de tomber à terre.
« Je retire ce que j’ai dit sur l’entraînement ninja, commentai-je.
— Mon corps parfaitement réglé a besoin de café pour pouvoir fonctionner, m’expliqua Vince, se penchant afin de ramasser le sachet. Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? Ça fait mal. » Il regarda à l’intérieur, les sourcils froncés. « Ça n’a pas intérêt à être des bouts de corps. » Il retira l’énorme feuilleté à la cannelle et le contempla. « ¡ Ay, caramba ! Mon village ne mourra pas de faim cette année. Nous te sommes très reconnaissants, cher petit disciple. » Il inclina le buste à son tour, tout en tenant le gâteau en l’air. « Une dette remboursée est une bénédiction pour nous tous, mon enfant.
— Dans ce cas, dis-je, aurais-tu le dossier de l’affaire d’hier soir, le type qu’on a retrouvé près d’Old Cutler Road ? »
Vince prit une grosse bouchée du feuilleté. Ses lèvres, couvertes de glaçage, luisaient tandis qu’il mâchait lentement.
« Mmmff, fit-il avant d’avaler. On se sent exclu ?
— Si “on” désigne Deborah, la réponse est oui, répondis-je. Je lui ai promis que je jetterais un coup d’œil au dossier pour elle.
— Ouaif, dit-il, la bouche pleine. Afé pin fan fette foi.
— Pardonne-moi, maître, ton langage est obscur. » Il finit de mâcher et avala.
« J’ai dit : ‘‘Au moins il y a plein de sang cette fois.’’ Mais tu vas encore faire tapisserie : c’est Bradley qu’on a appelé.
— Je peux voir le dossier ? »
Il reprit une bouchée.
« I édé fifan…
— Très juste, c’est certain. Et ça veut dire quoi ? »
Vince avala.
« J’ai dit : ‘‘Il était encore vivant quand sa jambe est partie’’, expliqua-t-il.
— Les êtres humains ont une résistance prodigieuse, n’est-ce pas ? »
Vince coinça le gâteau dans sa bouche et attrapa le dossier ; il me le tendit avant d’engouffrer une énorme bouchée du feuilleté. Je le saisis.
« Il faut que j’y aille, dis-je. Avant que tu essayes de parler à nouveau. »
Il retira le gâteau de sa bouche.
« Trop tard », dit-il.
Je regagnai d’un pas lent mon bureau-placard, tout en étudiant le contenu du classeur. C’était Gervasio César Martez qui avait découvert le corps. Sa déclaration était la première pièce du dossier. Il était agent de sécurité, employé par la firme Sago Security Systems. Il travaillait pour eux depuis quatorze mois et son casier judiciaire était vierge. Martez avait trouvé le corps à 22 h 17 et il avait immédiatement inspecté les lieux avant d’appeler la police. Il voulait attraper le pendejo qui avait fait ça parce qu’on n’avait pas le droit de faire ces choses-là, et en plus ça s’était produit quand lui, Gervasio, était de garde. C’était comme si on s’était attaqué à lui, vous comprenez ? Alors il voulait attraper le monstre lui-même. Mais il n’en avait pas eu la possibilité : il n’y avait aucun signe du coupable nulle part, et donc il avait appelé la police.
Le pauvre bougre l’avait pris personnellement. Je partageais son indignation. Une telle sauvagerie devrait être interdite. Bien sûr, je me félicitais aussi du fait que son sens de l’honneur m’avait donné le temps de m’enfuir. De ce point de vue-là, j’ai toujours pensé que la moralité était inutile.