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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Le lendemain, après une maigre collation de bière légère et de pain sec aux céréales, il descendit dans la cour où le palefrenier l’attendait, la pelle à la main.

Mikael leva les yeux vers la fenêtre où la princesse brodait la veille. Il tomba sur le regard glacial d’Ojsternig, cruel et inexpressif comme celui d’un rapace. Un vautour.

Mikael cracha dans ses mains, glissa la pelle sous les excréments, la vida dans le trou à détritus. Quand il releva les yeux vers la fenêtre, Ojsternig n’était plus là. Mikael souleva une pelletée malodorante qu’il déchargea dans le trou.

« Dieu te maudisse ! », entendit-il aussitôt.

Il aperçut le vieil aveugle par le trou : « Désolé ».

Le vieillard tourna vers lui ses yeux laiteux.

Le palefrenier ricana doucement.

À la troisième pelletée, le vieux se mit à pleurer et s’éloigna du tas de détritus.

L’autre rit plus fort.

« T’es idiot ou quoi ? », lui dit Mikael, agacé.

Le palefrenier cessa de rire et s’assombrit, sans répondre. Il regarda en direction des écuries, mais resta à côté de Mikael jusqu’à la cloche du déjeuner. Il se mit dans la file pour recevoir sa portion d’avoine trop cuite et disparut dans les écuries. Il en ressortit bientôt, suivi d’une femme laide et flétrie, au visage marqué de cicatrices de variole. Elle désigna la porte branlante d’une baraque et lui caressa tendrement la tête. Content, il sourit et se dirigea vers la baraque.

La cloche annonça la fin de la pause, et le travail reprit.

Mikael plongea la pelle à quelques pas du trou, où il jeta son fardeau à grand-peine. La moitié de son chargement s’était perdu en route. Au retour, il trouva le palefrenier qui l’attendait, et qui lui montra une brouette.

Mikael commença à remplir la brouette de fumier.

Dès qu’elle fut pleine, l’autre la poussa jusqu’au trou et la vida. Il lança un regard rapide à la femme, qui observait la scène sur le seuil de l’écurie, puis il se tourna vers Mikael et dit : « Moi pas i-diot. »

Mikael vit la femme rentrer dans l’écurie en se grattant une cicatrice de variole rougeâtre. « Non, t’es pas idiot », lui répondit-il.

Quand ce fut l’heure d’arrêter, Ojsternig le convoqua, renifla avec satisfaction la puanteur qui émanait de lui et lui ordonna de nettoyer ce qu’il avait sali.

Harro, le molosse, s’était tourné vers Mikael et remuait doucement la queue. Il posa son énorme tête entre ses pattes, avec un coup d’œil oblique à son maître. Aussitôt cependant, ses grands yeux dorés revinrent sur Mikael.

Mikael se mit à genoux et nettoya à reculons le carrelage de la salle. Avant de sortir, il leva les yeux sur la princesse, mais elle ne le regarda pas.

Toute la semaine, Mikael pelleta.

Un matin, juste avant qu’il ne descende dans la cour, un serf l’arrêta. « Aujourd’hui, tu dois accompagner le seigneur au village. »

Mikael attendit dans la salle.

Ojsternig finit par apparaître, suivi d’Agomar et d’une vingtaine de soldats armés de pied en cap. Il se planta devant Mikael et le fixa.

Mikael ne baissa pas les yeux. Depuis qu’il s’était souvenu de l’avoir vu au château de son père, il craignait d’être reconnu. Mais il n’arrivait pas à détacher ses yeux de cette figure odieuse.

« Je ne connais pas ton nom, et je ne veux pas le connaître, dit Ojsternig. Tu sais pourquoi ? »

Mikael le fixait, immobile.

« Parce que tu n’es rien. Tu ne comptes pas. Tu es comme un pou », dit-il. Il le dépassa et quitta la salle à grands pas.

« Bouge », dit Agomar à Mikael en le poussant.

Il suivit les soldats jusqu’aux écuries, où les chevaux de guerre étaient déjà sellés.

« Cours, chien, lui dit Ojsternig. Et si tu traînes, je te ferai arracher la peau du cul à coups de fouet. » Il éperonna violemment son cheval pour le faire se cabrer, et le lança vers la grande porte du château.

« Cours, chien », répétèrent les soldats en riant, talonnant eux aussi leur monture.

Mikael se mit à courir.

Le palefrenier était au milieu de la cour, la pelle à fumier dans la main, à le regarder de son expression éteinte. « Sou-le-ver sabots ! », cria-t-il quand Mikael passa près de lui.

Mikael courut péniblement jusqu’à la grande porte. Là, il s’arrêta, se tourna vers le palefrenier et se dit qu’il ne connaissait pas son nom. Il souleva ses sabots et recommença à courir.

Ojsternig et ses hommes étaient à la moitié de la première colline. Mikael courut comme il n’avait jamais couru. La terre était souple sous ses pieds, ses muscles entraînés par Raphael rendaient ses pas sûrs et puissants. Il sentait le vent dans ses cheveux courts. Et plus il courait, plus il éprouvait une sensation libératrice. Ce n’était pas de la joie mais plutôt l’impression d’être en vie. Haletant, il sentit resurgir cette émotion qu’il avait récemment découverte, et qui voulait s’exprimer. Il cria. Comme ce jour-là. Il cria même quand il n’eut plus de souffle. Encore et encore. Il courait de plus en plus vite, comme si la haine le rendait plus fort, insensible à la fatigue et à la douleur. Si vite qu’il ne s’aperçut pas qu’il avait dépassé les derniers cavaliers de l’escorte, qui avançaient au trot. Mikael courut et cria, cria encore. Il les dépassa tous, l’un après l’autre.

Jusqu’au moment où il rejoignit la tête de la procession. Ojsternig lui donna un coup de pied et le fit tomber.

Mikael se releva.

Ojsternig le fixait. « Tu cours comme un lièvre, pas comme un chien », dit-il avec un sourire. Puis il lança : « Au galop ! »

Mikael faillit les perdre dans les ruelles étroites et tortueuses du village minier. Quand il les rattrapa et les vit arrêtés, ses jambes l’abandonnèrent et il tomba en avant dans la boue.

Ojsternig le fixa de nouveau, avec une sorte de plaisir hautain dans le regard. Comme le maître qui évalue les qualités d’une de ses bêtes.

Mikael vit en face de lui l’énorme estrade à trois gibets. Et dessus, deux hommes et une femme. Les deux hommes étaient habillés, la femme était nue. À leur cou, un nœud coulant fait d’une corde épaisse d’un bon pouce.

Une foule muette, en haillons, se pressait autour d’eux.

« Annonce le nom des rebelles, ordonna Ojsternig au bourreau.

— Stanislas, fils d’Amos, dit celui-ci en désignant le premier homme. Cecco de Malborghetto, poursuivit-il en indiquant le second.

— En tant que rebelles, vous êtes condamnés à mourir par la corde jusqu’à étouffement », annonça Ojsternig. Puis, tourné vers le bourreau : « Dis le nom de la femme. »

Le bourreau s’approcha de la femme nue, qui tremblait et avait le corps rougi. « Alenka Aaltie, dit-il.

— Toi, tu mourras parce que tu as forniqué avec un rebelle », dit Ojsternig en tendant le doigt.

La femme, honteuse de sa nudité, se tenait courbée. Ses mains attachées dans le dos l’empêchaient de se couvrir. Mais elle triompha de la honte et se redressa, exhibant son visage pathétique. « C’est mon mari, bâtard ! cria-t-elle.

— Je te couperais volontiers la langue », dit Ojsternig en approchant son cheval du gibet. Il pencha la tête, sans la quitter des yeux, et sourit. « Sauf que je ne pourrais pas t’entendre hurler. » Regardant le bourreau, il lui dit : « Accroche-la la tête en bas et allume un feu dessous. »

Le bourreau resta pétrifié. Mais avant que son seigneur ne le condamne à subir la même fin, il ôta le nœud coulant de la gorge de la femme et le lui passa aux pieds. Il commença à la hisser. Puis, au bout d’un temps qui parut à tous infini, il prit des roseaux et des branchages et y mit le feu.

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