La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Un télégramme, dit-il.
— Donnez, fit Cabassol, en abandonnant son patient et en fourrant tout de suite dans sa poche l'instrument de torture improvisé.
Pendant que Cabassol déchirait l'enveloppe du télégramme, M. Colbuche poussait des soupirs de soulagement et se frottait la joue du côté attaqué.
— C'est de M e Taparel! se dit Cabassol en courant à la signature; voyons, que dit-il
Cabassol rue Saint-Georges, Paris.
Arrêtez! Colbuche est pas Jocko. Ai preuves. Jocko est pseudonyme à Roque-bal, auteur dramatique connu.
Taparel
— Mille cartouches, pensa Cabassol, voilà une tuile!toute une campagne si adroitemenl conduite, aboutissant à un pareil impair ! Et mes peines, mes sonnets, mes galanteries, mes deux mille francs de mirlitons, tout cela en pure perte! tout cela pour arrivera travailler les molaires de M. Colbuchc... Fatale erreur!
— Ouf! lit M. Colbuche, en voyant Cabassol se retourner vers lui.
— Oui, ouf! répondit Cabassol, trois fois ouf I
— Eh bien?
— Eh bien..., elle est moins malade que je ne pensais, votre dent; avec des soins, elle ira encore quelques années..., gardez-la puisque vous y tenez !
— Mais c'est qu'elle remue, maintenant..., qu'est-ce que je dois faire?
— Vous éviterez de vous en servir; avec un peu de tranquillité, elle reprendra racine.
M. Colbuche fit la grimace.
— Je suis bien puni de mon absurde jalousie! se dit-il, cet infernal dentiste m'a fait un mal..., J'avais l'air de danser la carmagnole quand il tirait sur ma pauvre dent... Et ces cris, et ces hurlements des autres victimes !... Quel drame ! on mettrait ça au théâtre... Oh! quelle idée ! quelle idée!
Oubliant ses douleurs M. Colbuche était retombé dans le fauteul de la torture et réfléchissait...
En face de lui, Cabassol s'était assis et, les bras croisés, les sourcils froncés, songeait à sa malechance, et aux moyens de tomber sur M. Roquebal avec la rapidité du vautour quand, du haut des airs, il fond sur sa proie dans la plaine !
Les deux hommes, la victime et le bourreau, se regardèrent sans mot dire pendant quelques minutes.
— J'y suis! s'écria enfin M. Colbuche, une poignée de main, monsieur, vous m'avez donné un clou superbe, ce qui peut s'appeler un vrai clou !
— Un clou? répéta Cabassol.
— Un clou merveilleux ! le roi des clous !... jugez-en : un ballet intitulé le Mal de dents, ballet de dentistes et de petites femmes ayant mal aux dents. Une fête à Grenade sous Boabdil, gitanos, gitanas, maures et mauresques ; baraque de gitanos, dentistes et tondeurs de mules ; divertissement, tambours de basque, etc.. — Le premier sujet, chef des dentistes; les petites femmes viennent en consultation ; le dentiste et ses aides, après un pas gracieux, font asseoir les petites femmes et commencent à arracher des dents. Alors, cris de douleur aigus sur les petites flûtes, plaintes sur les violoncelles. Les petites femmes supplient les dentistes de ne pas leur faire de mal, les dentistes extirpent, les petites femmes dansent des pas désespérés au milieu des gémissements de l'orchestre. Puis cris de triomphe des dentistes, les dents sont arrachées, les petites femmes et les dentistes se livrent à un pas joyeux;
les dentistes se montrent galants; mouvement de valse accentué à l'orchestre..., les dentistes se jettent aux genoux des belles et leur offrent leur cœur... tenez, comme ceci...
Et M. Golbuche, esquissant un mouvement de valse, fait quelques grimaces gracieuses, met la main sur son cœur et tombe un genou en terre aux pieds de Ca bassol.
— Voilà le clou ! dit-il, avec ça, deux cents représentations ! Merci encore une fois, mon cher docteur, de m'avoir suggéré aussi merveilleuse idée... Vous m'avez rudement fait sauter, mais je v
Une fluxion.
une,
ou s
Le ballet du mal de dents
remercie tout de même... C'est Roquebal qui va jubiler, sa pièce ne marchait pas, il nous manquait ce fameux clou, je flairais un four... Et voilà que je trouve l'idée, au péril de ma mâchoire, et que je lui apporte un ballet tout prêt
— Roquebal ? fit Cabassol dressant l'oreille à ce nom.
— Oui, Albert Roquebal le vaudevilliste, mon collaborateur, mon librettiste ordinaire ; je suis M. Golbuche, le compositeur de musique, Roquebal et moi nous travaillons à une féerie-opérette, la Petite favorite. Ça n'allait pas, mon idée de ballet va lancer notre pièce comme sur des roulettes. — Cet animal de Iloquebal a-t-il do la chance, il n'a pas eu besoin de se faire arracher de dent, lui, et il a son ballet tout de même!... A propos, mon cher docteur, réglons notre compte, combien vous dois-je pour ma petite opération?
— Rien du tout ! je ne travaille que pour la gloire
— Pardon, je ne l'entends pas ainsi.
— N'insistez pas, je me trouve suffisamment payé par le plaisir d'avoir fait la connaissance du célèbre maestro Golbuche, par l'honneur d'avoir travaillé sur une mâchoire illustre, destinée, sans nul doute, à s'asseoir bientôt dans un des fauteuils de l'Institut!
— Mon cher docteur, vous êtes un homme charmant... Voyons, soyez assez aimable pour venir dîner un de ces jours avec nous..., je vous présenterai à madame Golbuche..., que vous connaissez déjà d'ailleurs.
— Vraiment?
— Oui, c'est une de vos clientes Me promettez-vous de venir ? Elle sera enchantée... Tenez, venez ce soir, Roquebal y sera, vous ferez connaissance, un charmant garçon, vous verrez!
— Maestro, vous me comblez, j'accepte !
— Mon cher docteur, je suis ravi!... J'ai une fluxion qui commence, mais je suis ravi !
M. Colbuche partit en chantonnant quelques motifs qui venaient de lui venir pour son ballet du Mal de dents. Dès qu'il fut parti, Cabassol prit une plume et adressa le télégramme suivant à M 0 Taparel :
M e Taparel, notaire, rue du Bac. Était temps. Allais faire malheur irréparable. Lance sur un autre Jocko. Dîne c«
Consultation dans les coulisses.
soir avec Roquebal.
Cabassol.
III
L'illustre docteur Cabassol. — Consultations dans les coulisses Siège de M"' Criquetta, étoile des Folies Musicales.
M me Colbuche rentrée chez elle, encore un peu effrayée, vit revenir M. Colbuche, très guilleret, très aimable, mais avec une joue ornée d'une
Dans les coulisse».
fluxion énorme. Son cœur battit joyeusement. Elle était sauvée; son mari devait être convaincu maintenant d'avoir eu affaire à un vrai dentiste, ses soupçons; sans doute, étaient complètement dissipés.
— Quelle figure vous avez ! s'éeria-t-elle. que vous est-il arrivé? une chute, un accident ?...
— Non. lit M. Golbuche d'un air dégagé, le mal de dents se gagne, sans doute : tu lavai ce matin, je l'ai cette après-midi... mais ce ne sera rien. A propos, ma bonne amie, tu -ai» que nous avons du monde à dîner ce soir, Roquebal d'abord, puis Griquetta, l'étoile des Folies-Musicales et peut-être un ami ou deux! Donne des ordres en conséquence, tu sais, il nous faut quelque chose de gentil, Griquetta est gourmande et..,
— Et quoi?
— Et je veux une vraie fête, j'ai quelque chose à célébrer.
— Votre fluxion ?
— Non, mais le clou de la Petite Favorite, un vrai clou que j'ai trouvé et que je te raconterai ce soir, tu verras! Avec mon clou, la Petite Favorite a ses deux cents représentations dans les jambes!
— Ce n'est pas malheureux! j'espère, monsieur, que vous ne serez plus aussi ridiculement liardeur avec les dépenses du ménage... j'ai la facture de M mo Sigal, je suppose que vous ne me ferez plus de chagrin pour cette malheureuse facture?