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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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On m'applaudit. Quelqu'un m'assure que je devrais faire de la politique, vu que je sais causer aux foules. J'ai du mordant. Les harangues terribles, dirait Breffort.

Une nana travestie en Manon me réclame un autographe et, pendant que je le lui signe, me demande si je ne pourrais pas lui accorder un entretien privé demain. Je lui réponds que c'est à envisager. Puis, comme l'auditoire fervent continue d'attendre et d'espérer des mots de moi, comme en particulier l'Avantageux qui me roule des gobilles suppliantes, je reprends.

— Donc François Ier suit dans la tombe son compère Henri VIII. Après le Drap d'or de la foirinette, le drap blanc du suaire. Son fiston Henri lui succède et prend le titre d'Henri II. Je le plains rétrospectivement. Ça ne doit pas être commode de succéder à François Ier. Avant toute chose, il y a un écueil à éviter : ne pas essayer de ressembler à papa. Henri II qui est un timoré tombe dans le piège et poursuit dare-dare la politique paternelle. Quand on est le fils de Lucien Guitry, on n'a qu'une ressource : devenir Sacha Guitry. Henri II, lui, oublie de devenir Henri II. Il a passé à côté de son règne et c'est pourquoi, pas un seul d'entre vous n'a, ce soir, eu envie de devenir Henri II. Tout ce qui en reste de ce roi, c'est un vilain style de buffet. Et pourtant Henri II, lui, n'avait rien dans le buffet, si je puis me permettre ce mot approximatif…

Je claque des doigts en direction du buffet. Douze loufiats gantés de blanc et qui boivent mes paroles en croquant des amandes salées s'empressent. Je vide une coupe de champ' et je continue.

— Au début, ça ne se passe pas trop mal pour Riton. Il continue la lutte contre Charles Quint puis contre Philippe II, le fils de celui-ci, et remporte la victoire. Le traité de Cateau-Cambrésis nous vaut les trois évêchés qui sont présents à toutes les mémoires : Metz, Toul et Verdun.

— Pour ce qui est de Verdun, grommelle le Gros, y aurait peut-être mieux valu pas la récupérer, on aurait pas eu tant de gars bousillés en 14–18 pour la conserver !

J'opine pour lui être agréable.

— Par contre, par ce même traité, nous abandonnons toute prétention sur l'Italie.

— C't'aussi bien, tranche le Gros. Si l'Italie aurait été française, où est-ce qu'on serait allé en vacances ?

— L'armée française se permet en outre de filer une rouste aux Anglais et de reprendre Calais !

— Eh ben, explose Béru, où que t'as vu que c'était une patate, l'Henri II ? Son vieux avait pas fait mieux !

— Il a été patate sur le plan des guerres de religion, Gros !

Le dadais boutonneux qui nous avait luthiné avec Luther pousse un très joli bêlement.

— Repos ! lui lance le Gros qui, visiblement, ne peut pas l'encadrer.

— Une partie de la France s'était convertie au protestantisme, rappelé-je. Sous l'impulsion de Calvin, la religion nouvelle s'était développée chez nous. De grandes familles comme les Condé s'étaient faites les champions de la Réforme. Aussi le pays fut-il terriblement divisé.

« Henri II avait la prestance et l'élégance de son vieux, mais il n'en possédait ni le panache ni l'intelligence. C'était un type austère qui se laissait mener par le bout du nez. Sa femme Catherine de Médicis et surtout sa maîtresse, Diane de Poitiers, eurent une grande influence sur lui.

« Il avait connu Diane tout môme et il était tombé amoureux d'elle. Elle avait vingt piges de plus que lui. Mais, chose extraordinaire à une époque où les femmes de trente-cinq berges étaient considérées comme des vieillardes, à quarante, Diane jouait encore les Dianes au bain. Les ans n'avaient pas prise sur sa beauté. Elle fut la favorite du roi pendant toute la vie de ce dernier. »

— Et ta Catherine, elle acceptait ? s'étonne Berthe. Moi, à sa place, j'aurais mis le holà !

— Quand on est issue des milieux financiers de Florence et qu'on épouse le roi de France, ma brave B.B., on s'accroche aux draps du lit royal ! Catherine a fait le poing dans son escarcelle en attendant son heure.

— Et elle a sonné, son heure ? demande timidement Anne.

— Elle a sonné quand on a sonné la dernière heure de son Jules. Car, ce qu'il y a de plus pittoresque dans la vie de Henri II, c'est sa mort. Si vous en avez le goût, le temps et l'occasion, feuilletez des manuels scolaires ou voire même le dictionnaire. On vous résume en quelques lignes le règne de Henri II. On vous dit qu'il était le fils de François Ier et qu'il est mort dans un tournoi !

— Ah ! c'est lui, font en chœur une vingtaine de voix.

— Vous voyez ! dis-je. Vous saviez qu'un roi était mort dans un tournoi et vous ignoriez son blase. On sait aussi qu'un roi est devenu fou, mais pas moyen de mettre un nom dessus. Ces pauvres bougres étaient promis à l'oubli.

— Qu'est-ce c'était un sournois ? n'a pas honte de demander Béru.

— Pas un sournois : un tournoi, Gros, avec « T », comme tarte ! Tu as bien vu des gravures, que diable ! Les chevaliers en armure, se chargeant à cheval dans un champ clos, la lance en avant.

— Oh ! oui, je mords le circus : une espèce de corrida sans taureau, quoi !

Sa définition lui vaut des sourires dont il n'a cure.

— Voilà ! approuvé-je. C'était le gros passe-temps des seigneurs à l'époque. Henri II en raffolait. Il rompait souvent des lances pour les beaux yeux de sa Diane.

— Ça devait être une belle bête, admet Sa Majesté. Nous, on a eu une chienne qui s'appelait Diane ; pour le garenne elle craignait personne. Une vraie Diane chasseresse ! c'était une espagnole-bretonne.

— Merci du renseignement, dis-je sèchement, agacé par ces interruptions continuelles, je le verse au dossier.

— Fais pas ta sucrée ! proteste Béru, je disais pour causer.

Il prend la Comtesse de Scatolovitch à témoin.

— Vous parlez d'un apôtre ! fait-il en me désignant. Ah ! ma pauvre Mémé, si vous sauriez comment il est mélomane dans son genre.

L'honorable daronne m'invite à poursuivre et je m'exécute.

— Henri II, qui voulait affermir la paix avec l'Espagne venait d'accorder la main de sa fille Elisabeth au fils de Charles Quint. Tout au long de l'histoire on se rend compte que les filles de roi ont servi de monnaie d'échange. Leur virginité scellait des traités. Quand on s'était bien entre-tué et qu'on voulait reprendre souffle, on mariait les enfants pour se donner un prétexte de se faire la grosse bibise fraternelle. Donc, Henri II virgule sa fillette à Philippe également II. Pour fêter l'événement, il a organisé de grandes réjouissances. Or, qui disait réjouissances disait tournois.

— Dans ces cas-là, le roi passait en fin de première partie ou en vedette ? demande Bérurier.

— En vedette, bien entendu.

— Et les autres pommes devaient se laisser culbuter exprès, non ? Moi quand je jouais aux dominos avec grand-père, il me filait une avoinée lorsque je gagnais. Alors, à la fin, je faisais exprès de paumer ! C'est humain, non ?

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