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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— Pourtant, reprit-elle, je dois vous dire que je suis affligée de par sa faute du mal cruel dont il a défuncté.

— Je sais, murmura Béruron.

Le regard de son interlocutrice vint fouiller ses yeux.

— Et vous êtes prêt néanmoins à assurer la mission qu'en songe il vous a confiée ?

— Je suis prêt ! répondit hardiment Béruron en priant le ciel pour que « l'Intendance suive ».

— Mon devoir m'oblige de vous décrire la façon dont Pinuchette est mort. Il n'avait plus ce que vous pensez, la chose étant partie morceau après morceau comme une pomme qu'on croque…

Béruron prit une profonde inspiration. L'image était dure à encaisser.

— Naturellement, poursuivit-elle, ses dents avaient été effeuillées bien avant le reste. Ses cheveux restaient dans la main, la fièvre le faisait trembler, il…

— Arrêtez, arrêtez, ma commère, bredouilla Béruron. J'ai ouï déjà tout ce qu'il y avait à ouïr sur le mal de Naples.

Il sourit à ses projets.

— Mais pour moi, la chose importe peu. Et si vous voulez bien de moi pour échauffer vos sens, eh bien, par Saint-Éloi, patron des orfèvres, je suis votre homme !

Et il le fut !

En regagnant sa boutique, Béruron était la proie d'une grande inquiétude. Non pas qu'il redoutât les conséquences de son acte, au contraire il les espérait très fort, mais parce que dame Pinuchette s'était montrée terriblement ardente au jeu et qu'elle avait mis notre homme sur les genoux.

« Du diable si après une telle séance, je suis encore capable d'honorer mon Adeline », pensait-il.

Mais lorsqu'il fut chez lui et qu'il vit son épouse attifée comme une reine, (déjà) avec de l'eau de senteur par tout le corps et ses cheveux bien arrangés, ses craintes se volatilisèrent.

Jamais Adeline ne lui avait paru plus désirable. Ah ! ce cochon de François Ier n'allait pas s'embêter. Avec un rien d'orgueil il se dit que sa femme était bien digne de figurer dans la couche d'un roi. Il lui fit part de ses intentions, mais Adeline qui se soumettait ordinairement de bon gré regimba.

— Mon ami, fit-elle, voyez comme je suis apprêtée, vos élans déferaient le bel ouvrage.

Béruron rétorqua aigrement qu'il n'en avait rien à f…

— Je suis encore le mari ! déclara-t-il ; et j'ai le droit de m'emparer de ma femme quand bon me semble, non ?

Bien qu'en cédant au Roy, Adeline ne fît que se soumettre à une volonté supérieure, elle ressentait dans son intimité un sentiment de culpabilité. Il n'était point l'heure d'irriter un bon mari victime d'une bien cruelle aventure.

La notion de devoir doit toujours prévaloir dans le cœur d'une honnête épouse, surtout lorsqu'elle est sur le point de coucher avec un autre homme. Elle s'abandonna donc.

Béruron était en verve ce jour-là.

Les nerfs sans doute ?

Il donna à sa chère Adeline les mêmes satisfactions qu'à la veuve Pinuchette. Son ardeur était celle du coureur grec qui porte la flamme de gloire depuis sa source sacrée jusqu'à l'urne (non moins sacrée) qui l'attend !

* * *

François Ier fut pleinement satisfait par sa nouvelle conquête qu'il honora souventes fois par nuit et ce pendant beaucoup de nuits.

Il surnomma Adeline « La Belle Bérurière » et lui prouva par mille cadeaux son attachement.

La Belle Bérurière n'en fit qu'un au souverain. Mais de taille, puisqu'il devait en mourir l'année suivante.

Ainsi se perpétra, de galante façon, le régicide le plus délicat de l'Histoire.

(Textes retrouvés attribués au Maître François Rabelais)

Neuvième Leçon :

HENRI II — CATHERINE DE MÉDICIS — FRANÇOIS II — CHARLES IX — ET HENRI III

(Reine de France)

La mémée Scatolovitch se pointe avec des cris de petite souris qui roulerait les « r ».

Elle désire connaître l'objet de cet attroupement dans l'aile gauche du grand salon. Anne lui explique qu'à la faveur du bal costumé, le très illustre San-Antonio donne un cours d'Histoire de France. La petite vioque répond que c'est une trrrrrès bonne idée et qu'elle veut en êtrrrre.

On lui offre un fauteuil Louis XIII repensé par Voltaire et retapissé par Napoléon III. Les musicos, vexés de voir la défection de la piste, rouscaillent sur leur estrade et parlent de se mettre en grève. Ils tentent de secouer l'apathie de la salle en jouant du twist mais ça ne produit aucun effet. Alors ils risquent le paquet, le fin des fins : « La Marseillaise ». Là encore gros bide ! « La Marseillaise », maintenant, sans son interprète officiel, ça ne veut plus rien dire. La « Petite Tonkinoise » ou bien « Elle me fait poète-poète » capteraient davantage l'attention. Il y a des interprètes qui marquent trop une œuvre pour qu'elle demeure efficace lorsqu'elle est jouée par d'autres.

— Je connais trrrrrès mal l'Histoirrrre de notre bien chèrrrrre Frrrrrance, fait la surdaronne d'Anne. Expliquez-moi cherrrr ami !

Béru, toujours obligeant, la rancarde.

— Il vient de me finir François Ier et il va m'attaquer le chapitre de son garçon qu'a épousé Catherine de mes Dix-six ! Ça promet, pas vrai, Mémé ? J'ai entendu causer de cette moukère et il m'en reste des frissons dans le recteur[32].

La petite vieille fossilisée se trémousse.

— J'ai entendu aussi parler. Magnifique ! J'écoute !

Les demoiselles se sont assises en rond sur le Téhéran. Les boutonneux les cernent, à califourchon sur des chaises. Bath tableautin, mes fils : une image pour la postérité. Votre San-Antonio bien-aimé discourant, debout devant cet éventail de personnages en costars d'époque ! C'est pas du tout venant, admettez ! Je frappe dans mes mains pour requérir l'attention.

— Mes amis, fais-je, ceux d'entre vous qui porteraient les costumes des personnages que je vais appeler sont priés de venir à mes côtés !

J'annonce :

— Henri II ! Catherine de Médicis ! François II ! Charles IX et Henri III !

Il se fait du remue-ménage dans les coursives. Cinq personnes se présentent. Mais mon affure se goupille mal, because j'ai droit à deux Catherine de Médicis et à trois Henri III.

— Les grands esprits se rencontrent ? gouaille Béru, à l'adresse des Henri.

L'un d'eux se fâche.

— Oh ! vous, la vilaine, pas de sarcasmes, ça me donne sur les nerfs ! zozote-t-il.

Mon Béru fronce les sourcils.

— Mais cette pauv'guêpe a ses vapes ! tonitrue-t-il pour la plus grande joie des assistants.

— Comme le vrai Henri III ! le renseigné-je.

— Pas d'insultes, parce que je griffe ! fait la belliqueuse Henri III.

Ils se ressemblent, tous les trois. D'aimables blondinets, pâles, aux yeux de biches fiévreuses et à la lèvre humide. Béru qui n'est pas un enfant de Sodome ne leur fait pas de cadeau.

— Des boucles d'oreilles ! brame-t-il, je vous demande un peu ! Et aussi des bagouses ! Ah ! si j'aurais vécu à cette époque, t'aurais vu ce boulot, San-A ! La Maison Chochotte, j'allais te la remettre dans le droit chemin ! Enfin, brèfle, passons. Tu disais donc ?

Je désigne les trois Henri III confuses, et les deux Catherine de Médicis hostiles.

— Les personnages que voilà vous donnent sans le vouloir une notion valable de l'importance qu'eurent les vrais. Ils constituent une mesure de célébrité. Parmi l'honorable société qui a rivalisé d'imagination : pas un Henri II, pas un François II, pas un Charles IX, mais deux Catherine de Médicis, trois Henri III (dont un avec bilboquet) et j'ai déjà dénombré, discrètement, huit Napoléon, cinq Louis XIV et une demi-douzaine de Marie-Antoinette. L'Histoire a jugé. Le temps a situé à jamais les héros qui l'ont constituée. Ce n'est pas sur l'instant qu'on peut réaliser les véritables dimensions des rois, des généraux ou des présidents ; lorsqu'on est au pied de la montagne, il est impossible d'avoir conscience de sa hauteur, pour cela il faut du recul. Ainsi, la gloire de notre empereur Charles XI n'est pas mesurable présentement. Certes il est grand, mais ses mensurations réelles, ce sont nos petits-enfants qui les connaîtront. Lorsqu'ils se rendront, dans quarante ou cinquante ans, à une soirée comme celle-ci, il conviendra de compter ceux qui se déguiseront en Charles XI pour savoir exactement ce que ce bon monarque aura été. Le vrai bilan, ils le feront inconsciemment, en choisissant de lui ressembler, fût-ce pour s'amuser un soir. Car la gloire d'un homme, mieux que les historiens, c'est le musée Grévin qui en rend compte !

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32

Béru intervertit très souvent les mots. Ici il a employé recteur pour rectum, c'est du moins ce que nous a affirmé son traducteur officiel, le Commissaire San-A.

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