L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
— Pourtant, reprit-elle, je dois vous dire que je suis affligée de par sa faute du mal cruel dont il a défuncté.
— Je sais, murmura Béruron.
Le regard de son interlocutrice vint fouiller ses yeux.
— Et vous êtes prêt néanmoins à assurer la mission qu'en songe il vous a confiée ?
— Je suis prêt ! répondit hardiment Béruron en priant le ciel pour que « l'Intendance suive ».
— Mon devoir m'oblige de vous décrire la façon dont Pinuchette est mort. Il n'avait plus ce que vous pensez, la chose étant partie morceau après morceau comme une pomme qu'on croque…
Béruron prit une profonde inspiration. L'image était dure à encaisser.
— Naturellement, poursuivit-elle, ses dents avaient été effeuillées bien avant le reste. Ses cheveux restaient dans la main, la fièvre le faisait trembler, il…
— Arrêtez, arrêtez, ma commère, bredouilla Béruron. J'ai ouï déjà tout ce qu'il y avait à ouïr sur le mal de Naples.
Il sourit à ses projets.
— Mais pour moi, la chose importe peu. Et si vous voulez bien de moi pour échauffer vos sens, eh bien, par Saint-Éloi, patron des orfèvres, je suis votre homme !
Et il le fut !
En regagnant sa boutique, Béruron était la proie d'une grande inquiétude. Non pas qu'il redoutât les conséquences de son acte, au contraire il les espérait très fort, mais parce que dame Pinuchette s'était montrée terriblement ardente au jeu et qu'elle avait mis notre homme sur les genoux.
« Du diable si après une telle séance, je suis encore capable d'honorer mon Adeline », pensait-il.
Mais lorsqu'il fut chez lui et qu'il vit son épouse attifée comme une reine, (déjà) avec de l'eau de senteur par tout le corps et ses cheveux bien arrangés, ses craintes se volatilisèrent.
Jamais Adeline ne lui avait paru plus désirable. Ah ! ce cochon de François Ier n'allait pas s'embêter. Avec un rien d'orgueil il se dit que sa femme était bien digne de figurer dans la couche d'un roi. Il lui fit part de ses intentions, mais Adeline qui se soumettait ordinairement de bon gré regimba.
— Mon ami, fit-elle, voyez comme je suis apprêtée, vos élans déferaient le bel ouvrage.
Béruron rétorqua aigrement qu'il n'en avait rien à f…
— Je suis encore le mari ! déclara-t-il ; et j'ai le droit de m'emparer de ma femme quand bon me semble, non ?
Bien qu'en cédant au Roy, Adeline ne fît que se soumettre à une volonté supérieure, elle ressentait dans son intimité un sentiment de culpabilité. Il n'était point l'heure d'irriter un bon mari victime d'une bien cruelle aventure.
La notion de devoir doit toujours prévaloir dans le cœur d'une honnête épouse, surtout lorsqu'elle est sur le point de coucher avec un autre homme. Elle s'abandonna donc.
Béruron était en verve ce jour-là.
Les nerfs sans doute ?
Il donna à sa chère Adeline les mêmes satisfactions qu'à la veuve Pinuchette. Son ardeur était celle du coureur grec qui porte la flamme de gloire depuis sa source sacrée jusqu'à l'urne (non moins sacrée) qui l'attend !
François Ier fut pleinement satisfait par sa nouvelle conquête qu'il honora souventes fois par nuit et ce pendant beaucoup de nuits.
Il surnomma Adeline « La Belle Bérurière » et lui prouva par mille cadeaux son attachement.
La Belle Bérurière n'en fit qu'un au souverain. Mais de taille, puisqu'il devait en mourir l'année suivante.
Ainsi se perpétra, de galante façon, le régicide le plus délicat de l'Histoire.