Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Un robot fut à côté de Baley moins de trente secondes après que l’image de Quemot eût disparu. Une fois de plus Baley se demanda : comment faisait-on pour diriger ces créatures. Il avait vu les doigts de Quemot se poser sur un bouton avant de le quitter, et c’était tout.
Peut-être, après tout, le signal d’appel était-il très général, signifiant seulement : « Faites votre devoir. » Peut-être les robots écoutaient-ils tout ce qui se passait et étaient-ils au courant de ce qu’un humain pouvait désirer à un moment donné. Et si le robot nécessaire n’était pas appelé personnellement pour la tâche en question, le réseau radio, qui reliait entre eux tous les robots, entrait en action, convoquant aussitôt le robot voulu à pied d’œuvre.
Pendant un instant, Baley se figura Solaria comme une espèce de réseau de robots, avec de petits trous qui se rétrécissaient de plus en plus, avec dans chacun, bien ficelé par son entourage, un humain. Il imagina les Mondes dont avait parlé Quemot en train de se transformer en autant de Solaria ; des réseaux se déployant et se resserrant jusque sur la Terre, jusqu’à…
Le fil de ses pensées fut interrompu lorsque le robot qui était entré lui parla du ton uni et respectueux des machines.
— Je suis prêt à vous servir, maître.
— Savez-vous comment entrer en liaison avec l’endroit où feu Rikaine Delmarre travaillait ? demanda Baley.
— Oui, maître.
Baley haussa les épaules. Il n’arriverait jamais à s’empêcher de poser des questions inutiles. Les robots étaient omniscients un point c’est tout. Il lui vint à l’esprit que, pour manier les robots d’une manière vraiment efficace, il fallait être orfèvre en la matière, une espèce de roboticien. Comment diable se débrouille le Solarien moyen ? pensa-t-il. Probablement, comme-ci, comme-ça, sans plus.
— Bon, dit-il. Appelez-moi l’endroit où travaillait Delmarre et mettez-moi en liaison avec son assistant. Si celui-ci n’y est pas, trouvez-le-moi où qu’il soit.
— Oui, maître.
Comme le robot se détournait pour s’en aller, Baley le rappela :
— Un moment. Quelle heure est-il à l’endroit où il travaillait ?
— Environ six heures trente, maître.
— Du matin ?
— Oui, maître.
De nouveau, Baley se sentit agacé par ce monde qui se rendait esclave du lever et du coucher du soleil. Voilà à quoi menait de vivre sur la surface de la planète sans protection.
Il eut une pensée fugitive pour la Terre, mais se morigéna aussitôt. Tant qu’il se concentrait uniquement sur les questions immédiates, il se débrouillait bien… Mais s’il se laissait aller au cafard et à la nostalgie, c’en était fait de lui.
— Appelez-moi cet assistant, de toute façon, mon garçon, dit-il, et dites-lui que c’est pour raison d’Etat. Qu’un autre de vos congénères m’apporte un peu à manger ; un sandwich et un verre de lait feront l’affaire.
Il mâcha pensivement son sandwich, qui contenait une tranche d’un genre de jambon fumé, tout en se disant avec quelque ironie que Daneel Olivaw aurait certainement considéré comme suspecte toute espèce de nourriture après ce qui était arrivé à Gruer. Peut-être, après tout, était-ce Daneel qui avait raison.
Il acheva son sandwich sans en éprouver de fâcheuses conséquences (tout au moins sans fâcheuses conséquences immédiates) et but le lait. Il n’avait pas appris de Quemot ce qu’il était venu chercher, mais tout de même il avait appris quelque chose.
Et comme il se remémorait leur conversation, il lui parut que ce qu’il avait appris n’était pas négligeable.
Certes, il n’en savait guère plus sur le meurtre, mais sur l’autre question, beaucoup plus importante celle-là, il n’en était pas de même.
Le robot revint :
— L’assistant accepte la communication, maître.
— Bon. Il n’y a pas eu de difficultés ?
— L’assistant dormait, maître.
Et soudain l’assistant lui apparut, assis dans son lit, l’air maussade et vindicatif.
Baley sauta en arrière comme si une barrière à haute tension s’était brusquement dressée devant lui : encore une fois on lui avait caché un renseignement d’importance vitale. Ou plutôt, une fois encore, il n’avait pas su poser les questions qu’il fallait.
Car personne n’avait songé à lui dire que l’assistant de Rikaine Delmarre était une femme.
Ses cheveux étaient légèrement plus foncés que le blond habituel des Spaciens et elle en avait toute une masse qui, pour l’instant, partait dans tous les sens. Elle avait un visage ovale, le nez légèrement retroussé et le menton bien marqué. Elle était en train de se gratter doucement le flanc juste au-dessus de la taille, et Baley fit des vœux pour que le drap ne glisse pas ; il ne se souvenait que trop bien de l’attitude si légère de Gladïa, estimant que tout était correct du moment qu’il ne s’agissait que de stéréovision.
Il éprouva un amusement sardonique de se voir aussi vite dépouillé de ses illusions. Les Terriens croyaient, en règle générale, que toutes les Spaciennes étaient belles comme des déesses. Et Gladïa n’avait fait que confirmer cette idée. Mais cette femme-ci, même d’après les canons terrestres, était vraiment quelconque.
Et Baley n’en fut que plus surpris de l’agréable contralto de sa voix lorsqu’elle lui dit :
— Eh ! Vous ! Vous avez une idée de l’heure qu’il est ?
— Oui, parfaitement, répondit Baley, du tac au tac, mais puisque je dois venir vous voir, j’ai pensé qu’il valait mieux vous prévenir.
— Venir me voir ? Cieux éternels !… (Ses yeux s’agrandirent et elle porta la main à son menton. Elle avait une bague au doigt, le premier bijou personnel que Baley avait vu jusqu’à présent sur Solaria.) Eh, au fait, vous ne seriez pas mon nouvel assistant par hasard ?
— Non. Ni rien qui y ressemble. Je suis ici pour enquêter sur la mort de Rikaine Delmarre.
— Ah ? Bon. Enquêtez alors !
— Comment vous appelez-vous ?
— Klorissa Cantoro.
— Et vous travaillez avec le Dr Delmarre depuis ?…
— Trois ans.
— Je présume que vous êtes actuellement à votre lieu de travail. (Baley n’aimait pas employer ce genre de phrase imprécise, mais il ignorait comment on appelait l’endroit où travaillait un fœtologue.)
— Vous voulez savoir si je suis à la ferme, dit Klorissa, revêche. Oui, j’y suis hélas ! Je n’en ai pas bougé depuis que le patron s’est fait tuer et je ne suis pas prête d’en sortir, à ce qu’il paraît, tant qu’on ne m’aura pas attribué un assistant. Oh ! Au fait, vous ne pourriez pas faire quelque chose pour ça ?
— Je suis désolé, madame, mais ici, je n’ai pas la moindre influence.
— Bah ! On peut toujours demander.
Klorissa repoussa le drap et sortit du lit sans la moindre gêne. Elle portait un vêtement de nuit d’une seule pièce et sa main se porta à l’agrafe diamagnétique de la fermeture, juste au cou.
Baley dit précipitamment :
— Un instant, je vous prie. Si vous êtes d’accord pour me recevoir en personne, cela mettra un point final à notre entrevue présente et vous pourrez vous habiller dans votre privé.
— Dans mon privé ? (Elle avança la lèvre inférieure et dévisagea Baley avec curiosité.) Vous êtes vétilleux, vous aussi ? Comme le patron ?
— Acceptez-vous de me voir ? J’aimerais inspecter la ferme.
— Je ne comprends rien à cette histoire de me voir. Si vous voulez visionner la ferme, je vous guiderai. Laissez-moi seulement le temps de me laver, de ranger quelques affaires et de me réveiller un peu. C’est avec plaisir que j’accepterai cette interruption du train-train habituel.